Filière laitière bioDe l'ambition mais une visibilité limitée, faut-il franchir le cap ?

| par | Terre-net Média

Le marché du lait bio ne cesse de croître. Pour y faire face, l'aval s'adapte et diversifie ses fabrications (innovations produits, segmentation). Les collecteurs tentent tout de même de gérer la ressource de l'amont en gardant la main sur les conversions ou encore les modalités d'accompagnement. Alors, faut-il franchir le cap ? Et si la question à se poser était plutôt : « Est-ce que moi, dans mon système, je peux franchir le cap ? ».

La filière laitière bio accueille de plus en plus de producteurs et de volumes mais les opérateurs de l'aval arriveront-ils à suivre le rythme encore longtemps ?La filière laitière bio accueille de plus en plus de producteurs et de volumes mais les opérateurs de l'aval arriveront-ils à suivre le rythme encore longtemps ? (©Terre-net Média)

« On connait actuellement une vague de conversion sans précédent, tirée par un marché croissant d'un côté et poussée par les crises de la filière laitière conventionnelle de l'autre », témoigne Benoît Baron de l'Institut de l'élevage. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : le nombre de livreurs a été multiplié par deux depuis 2001 et ne cesse d'augmenter (environ 3 500 producteurs de lait bio en 2018, soit près de 7 % des éleveurs). Le volume national de lait bio s'élève à 840 millions de litres sur l'année 2018 (200 millions de plus qu'en 2017) et on était déjà à 940 millions de litres en juillet 2019.

De gros volumes à gérer pour l'aval : opportunité ou menace ?

La Bretagne est le premier producteur de lait bio et fournit 21 % de la quantité totale, devant les Pays de la Loire (20 %) et la région Auvergne-Rhône-Alpes (15 %). Concernant les collecteurs, Biolait est en tête de classement avec 30 % des volumes, suivi de Lactalis et Sodiaal. À eux trois, ils ont collecté en 2018 environ 70 % du lait bio français.

En 2018, moins de 10 entités assuraient 90 % de la collecte française de lait biologique.En 2018, moins de 10 entités assuraient 90 % de la collecte française de lait biologique. (©Idele)

Pour faire face à l'augmentation des volumes, les laiteries ont développé des marques, élargi leurs gammes et lancé des démarches de certification intégrant par exemple des notions de bien-être animal, l'aspect local, etc.

Benoît Baron ajoute : « Le marché est dynamique et ne semble pas s'étouffer. De plus, les opérateurs gèrent les volumes. Sodiaal a par exemple mis le bouton "pause" sur les conversions, ce qui laisse penser que les objectifs 2020 sont en passe d'être atteints. Lactalis et Agrial font de leur côté des annonces chiffrées pour 2023. Quant à Biolait, il régule ses volumes et revoit ses modalités d'accompagnement à la conversion. »

Pour l'expert, la visibilité à cinq ans est encore limitée : « Et si l'un des maillons de la chaîne ne jouait pas le jeu et déséquilibrerait le marché ? Est-ce que la segmentation de l'offre ne nuirait pas à la crédibilité du label AB ? » Les questions affluent aussi quant à la ressource : « Si les volumes deviennent réellement excédentaires, les opérateurs seraient-ils fragilisés ? Ou à l'inverse, peut-on aller vers un épuisement du réservoir de producteurs "convertissables" ? »

Être en capacité (ou pas) de passer à la bio

Ce sont surtout les crises du lait qui ont entraîné les conversions vers l'agriculture biologique. « On note trois vagues distinctes : fin 95/début 2000 avec la mise en place des CTE et la vache folle, 2009 avec la crise laitière puis 2015/2016 pour la même raison. L'écart de prix peut alors grimper jusqu'à 200 €/1 000 litres entre le lait bio et le conventionnel lorsque ce dernier est au plus bas sur des marchés encombrés face à un lait bio très recherché à l'automne. Ça a par exemple été le cas en octobre 2010 avec un écart de 199,30 € sur le prix du lait en 38/32. »

« Le marché semble également pousser à la conversion des fermes, on le voit avec la demande des consommateurs et les aides publiques. » L'expert rappelle néanmoins : « Ce sont bien les opérateurs qui décident d'ouvrir ou non les vannes à leurs producteurs. »

Autre élément clé, trop souvent oublié : il faut que les producteurs en question puissent produire du lait bio. Et la réponse n'est pas toujours à l'affirmatif car les coûts de production dépassent ceux du conventionnel (mécanisation importante liée au travail du sol, aliments plus chers...). C'est ce qu'explique Antoine Thibault, qui, après avoir réalisé un diagnostic de conversion, ne franchira pas le cap pour des raisons économiques mais pas que...


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DÉJÀ 8 RÉACTIONS


vendangesso
Il y a 7 jours
le bio c'est bien mais peut être point n'en faudrait il pas plus que la demande
en fait c'est un peu une forme de quota par laiterie qu'il faudrait..............
j'ai besoin de 1000 litres j'achète 1000 litres et non 2000...
et je crois que tout les bios s'en porteraient bien................salut
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Moty
Il y a 38 jours
Merci pour la correction en terme de volume.
Je pense que la filière Lait bio est intéressante. Biolait a décidé pour 2019 de limiter un peu les volumes pour ne pas déreguler le marché ( dans un contexte de trés forte croissante de la production ). Avec cette volonté de réguler + les secheresses 2018 et 2019 , on peut dire que maintenant , tout est revenu dans l'ordre.
Je pense que tous les producteurs laitiers bio peuvent remercier Biolait, pour maintenir un revenu intéressant.
En conventionnelle, on peut imaginer que les grosses coopératives françaises Auraient pu faire la même chose !! Elles ont toujours fait le contraire et entrainé les éleveurs vers des revenus toujours plus bas
Pour d'autres filières y compris bio,quand à la tête des groupements ou dans certaines régions des politiques irresponsables foncent tête baissée
( ex poules pondeuses , tomate chauffée ) , la sur-production arrive trés vite.
24000 poules c'est vraiment de l'industriel avec le label Bio ( la Honte )
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Petite précision
Il y a 38 jours
Pour information, en cumul de janvier à juillet 2019, le volume collecté atteint 585 millions de litres, soit +15% par rapport à 2018 sur la même période.
Les 940 millions de litres évoqués fin juillet correspondent à du cumul glissant de la collecte sur un an, soit de août 2018 à juillet 2018. Et d'après l'enquête mensuelle laitière de FranceAgriMer, il serait plutôt de 920 millions de litres (+17% par rapport à la période équivalente un an auparavant).
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Professeur tournesol
Il y a 39 jours
Le bio .... le bio tout le monde en rêve ! Les consommateurs le demandent( mais n’ont pas les moyens de le payer car il y’a des choses plus importantes dans la vie de tous les jours : multimédia, loisirs ect) les gms veulent le vendre au prix du conventionnel et nous on voudrait tous l être mais des fois la situation économique ou pédoclimatique ne le permettent pas Donc il va falloir à mon avis trouver une solution qui plaise à tout le monde comme l agriculture de conservation qui a mon avis ressemble au bio en respectant mieux la vie du sol et en utilisant de façon judicieuse un peu les pesticides et comme cela on ne verra pas les soucis du datura et autre mauvaise herbe dangereuse pour l homme
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terminé
Il y a 39 jours
Oui Tintin, je serai BIOLAIT je serai inquiet des ogres qui sont derrière moi Lactalis sodial agrial...Ceux qui ont détruits l'agriculture conventionnelle avec la grande distribution qui leur achète sous pression et du toujours du moins chère possible,cela sera donc et deviendra une vérité pour le bio dans exactement le même système que le conventionnel avec des subventions.
Tant que l'on a ou on ne va pas prendre la décision de payer les produits agricole à leur vraie valeur les agriculteurs vont continuer de disparaître :l'élevage en premier.
Nous sommes dans un déséquilibre abyssale entre la province et les villes avec un véritable drame social économique étouffé par la complicité des médias qui cherche du buzz pour vivre ,donc toujours sur des faits divers les uns derrière les autres ,celui d'aujourd'hui annule celui d'hier et ainsi de suite que cela devient banalité et tue la vraie information et arrange tout le monde celle que l'on ne veut pas voir Le déclin de la FRANCE. (avec son agriculture qui en fait partie)
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hautot nicolas
Il y a 39 jours
comment sa se passe pour éleveur de lait bio avec la sécheresse que on le vient de connaitre ?
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Maec
Il y a 39 jours
Il faut surtout que la filière Bio se dote de critères réaffirmant les vertues de la bio.
Ceci pour éviter les conversions pour opportunistes. Atelier de poules pondeuses bio sur 3 hectares et 150 ha de céréales conventionnel à côté.
Serre chauffée et desaisonalitee des fruits et légumes.
Conversion laitière avec accès limité au pâturage
Il faut une véritable éthique ! !
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tintin
Il y a 39 jours
avant tout la première question est de s avoir combien de surface axe-cible par vache a t on au tour des batiments?c est difficile en dessous de 30 ares vl pâturable de maîtriser les coûts.
Ensuite attention aux AL!!!:sodiaal agrial eurial...le passage au BIO est peut etre l occasion de sortir
de leurs griffes.ils ne payent pas le conventionnel pourquoi paieront ils le bio?
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