[Tribune] Regard sur la crise laitière Michel Hénin (Québec) : « Eleveurs français, ne vous laissez pas faire ! »

| par MIchel Henin | Terre-net Média

Eleveur au Québec, Michel Hénin participe activement à la défense d'un système de quotas laitiers. Depuis la fin des quotas européens fin mars 2015, le Canada est devenu l'irréductible pays laitier qui résiste encore à la spirale libérale. Membre du mouvement d'éleveurs « Lait'quitable », qui dénombre plus de 3 000 membres sur Facebook, il appelle les producteurs français à « ne pas baisser les bras » pour une meilleure régulation de la production européenne.

Michel Henin, éleveur laitier au QuébecMichel Hénin est producteur de lait à Sainte-Elisabeth, au nord de Montréal au Québec. Il y est installé depuis 20 ans après avoir vendu sa ferme laitière dans les Ardennes belges.(©Michel Henin) 

« Agriculteurs français, ne vous laissez pas faire ! Je suis très régulièrement ce qui se passe en Europe et plus particulièrement en France. Et je vois un certain défaitisme. Il ne faut pas baisser les bras, car il y a des solutions. Au Canada, notre système de quotas laitiers et notre politique centrée sur notre marché intérieur ne sont pas parfaits, mais ils ont fait leurs preuves pour que nous, éleveurs, vivions dignement de notre métier.

La gestion de l’offre de lait est une vraie logique économique. Aucun autre secteur d’activité ne peut se permettre de produire davantage que la demande. Prenez le secteur automobile : je vois mal Renault ou Peugeot produire des milliers de voitures en trop par rapport au marché. Pourquoi faudrait-il laisser le secteur laitier sans aucune régulation ? Provoquer le surplus n’est jamais profitable au producteur. La surproduction amène inévitablement la chute des prix . A ce jeu, ce sont toujours les intermédiaires qui en bénéficient. De nombreux acteurs de la transformation ont visiblement intérêt à ce que le prix du lait diminue. Car, regardez dans les rayons de vos supermarchés, le prix du lait payé par le consommateur ne baisse jamais.

Croyez-vous encore à l’exportation ? Présentée comme un eldorado durable, la Chine a réduit de 6 % sa consommation de lait ces deux dernières années. La logique libérale et exportatrice n’est qu’un rêve et la demande chinoise n’est qu’un leurre. C’est une erreur de défendre une politique agricole – et les soutiens publics qui vont avec – essentiellement tournée vers l’exportation. Il faut au contraire revenir à une gestion des volumes pour stopper la surproduction.

Des profits pour les uns, mais pas pour les producteurs

Le mouvement lait'quitable

« Tout en restant indépendant, lait'quitable se fait  une fierté de travailler en symbiose avec le syndicat officiel dont nous sommes tous membres, le PLQ (Producteurs de lait du Québec). Notre but commun reste de faire avancer les choses et d'obtenir des résultats collectifs  pour le bien de tous les producteurs. »

Retrouvez le mouvement Lait’quitable sur Facebook .

Logo du mouvement québecois Lait'quitable

Dans un contexte d’hyper-mondialisation où nous voyons apparaître de plus en plus de multinationales surdimensionnées avec pour seul credo l'augmentation des profits, il nous appartient d’être vigilants et combatifs. Oui, nous avons des outils, oui nous avons des solutions ! Au Canada, cela fait des décennies que nous avons compris que la réussite personnelle passe d'abord et avant tout par la réussite collective. Nous sommes en 2016 et maintenant ce collectif n'est plus seulement régional, ni même national. Il est mondial !

Producteurs de lait au Québec , nous suivons avec grande attention ce qui se passe en Europe. Comme en France, le prix du lait a fortement baissé au Canada à partir de l’été 2015. Pour alerter et dénoncer cette situation, un groupe de producteurs a créé une page Facebook « Lait’quitable » qui a rassemblé plus de 2 000 membres en seulement quelques semaines. Le groupe est rapidement devenu un mouvement de défense de notre système de gestion de l’offre. Car notre dispositif est menacé par le traité transpacifique récemment conclu – mais pas encore signé – et par les négociations pour le « TTIP » transatlantique. Ces traités aboutiront à des importations plus importantes de lait, venant concurrencer notre production. Suite à plusieurs manifestations durant la campagne électorale fédérale, nous avons réussi à faire de notre cause un enjeu important de la campagne et amener nos élus et candidats à se prononcer unanimement en faveur de notre système canadien de gestion de l’offre et de commercialisation du lait.

Notre système apporte un équilibre dans le marché. Il permet aux producteurs laitiers de négocier collectivement les prix et planifier la production de lait selon la demande des consommateurs. Cela nous procure un prix stable et surtout équitable.

Les trois piliers de la gestion de l’offre canadienne

Notre système de régulation canadien repose sur trois piliers. D’abord, pour gérer la production, les éleveurs s’engagent à approvisionner le marché canadien en produits de qualité, en quantité suffisante et en évitant les surplus. De son côté, le gouvernement s’engage à limiter l’entrée de produits importés pour que les besoins du marché canadien soient comblés principalement par la production du pays.

« Lait’quitable » contre le lait « diafiltré »

« Depuis plusieurs mois, notre marché laitier est malmené par des importations de protéines laitières concentrées, appelées "lait diafiltré". Certains transformateurs ont trouvé la faille en important de plus en plus de lait diafiltré, considéré comme un ingrédient lorsqu’il arrive à nos frontières, et donc à ce titre non soumis aux surtaxes à l’importation. Une fois importé, le lait diafiltré est transformé en lait répondant aux normes fromagères pour être utilisé dans différents produits. Ces importations massives ébranlent l’équilibre de notre marché. Très actif, Lait’quitable a été parmi les premiers à mettre au jour et dénoncer cette pratique. Notre mouvement a largement contribué à l'annonce d’un règlement imminent qui vient d’être faite par notre ministre fédéral de l'agriculture. »

Ensuite, en matière de politique de prix, nous bénéficions de mécanismes permettant de tenir compte des coûts de production. L’objectif est d’avoir un revenu décent nous permettant de vivre de notre production sans subventions.

La commission canadienne du lait (CCL) révise régulièrement les coûts de production et ajuste les prix en fonction de ceux-ci tout en tenant compte de l'indice des prix à la consommation. L'objectif cible étant de permettre à un minimum de 50 % des producteurs de couvrir leurs coûts de production.

Cette politique offre une juste rémunération aux producteurs et l’assurance d’un approvisionnement régulier et de qualité aux transformateurs.

Par ailleurs, la mise en marché du lait est organisée selon des plans conjoints. Ces derniers permettent de négocier collectivement les conditions de mise en marché du lait et d'en réglementer les modalités : offre et demande, mise en vente en commun, paiements, frais de transports et de commercialisation. Au Québec, les plans conjoints sont administrés par le syndicat des producteurs de lait du Québec, sous la surveillance du législateur. Ils imposent une négociation avec les acheteurs. De ce fait, ils ne peuvent être considérés comme des monopoles économiques. 

Nous sommes persuadés que notre système, juste et équitable, permet à tout le monde de vivre dignement de son travail. Lait'quitable est un regroupement d'hommes et de femmes faisant partie d'un village gaulois, qui ont pris conscience qu'ils sont les derniers au monde à bénéficier d’une telle gestion de l'offre. Nous comptons bien la conserver et... l'exporter ! »

Michel Hénin est producteur de lait à Sainte-Elisabeth, au nord de Montréal au Québec. Il y est installé depuis 20 ans après avoir vendu sa ferme laitière dans les Ardennes belges.  (©Michel Henin)  


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DÉJÀ 5 RÉACTIONS


neuneu
Il y a 93 jours
euh ... dom61, c'est vous qui ne comprenez rien, à mon idée. Pourquoi adhérer à un syndicat qui est contre votre position ? Relisez, ça ira mieux peut être.
c'était le neuneu ...
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dom61
Il y a 93 jours
si vraiment la FNSEA est capable d'imposer alors pourquoi vous n'y adherez pas ...vous etes pas tres coherent
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vache a lait
Il y a 94 jours
en 2009 l'apli a expliquer le systeme Canadien par des reunions avec des intervenants Canadiens : ce systeme est tellement bon pour les producteurs que les Fnsea ont tout fait pour prouver qu'il n'etait pas transposable et que la France avait vocation a produir pour l'exportation (le mirage Chinois)on voie bien ou on en est aujourd'hui.
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real briere
Il y a 94 jours
Bien que pas parfait, notre système permet à toute la filière de vivre de la production laitière, (les transformateurs qui sont dans plus d'un pays tirent d,avantages de profits ici que dans n'importe quel autres pays car c'est nous les producteurs qui supportons les surplus, d'ou l'avantage à respecter la demande). Le plus grand malheur que nous vivons en agriculture (toute productions confondus et ce dans tout les pays du monde), c'est que les économistes se basent sur de fausses prémisses afin de faire accepter la libéralisation des marchés agricole en nous vendant l'idée qu'une augmentation de la production fera baisser nos charges fixes. Ce qui est faux car dans une économie de besoin la demande est inélastique face à la demande ou au prix, donc à chaque fois qu'il y a augmentation de production il y a création de surplus qui résulte en une baisse de prix pour les agriculteurs et la baisse de prix est plus rapide que la baisse des charges fixes il en résulte donc une baisse de profits (il n'en reste plus). On se doit de revenir à la base même de l'économie, soit l'agriculture. De tout les pauvres aucun n'ont une agriculture solides, de tout les pays riches aucun n'avaient pas d'agriculture solide (via soutient de l'état par des subventions ou par Gestion de l'Offre GO) et tout les pays que l'on dit émergeant sont à développer leur agriculture. On ne doit plus se fermer les yeux et mettre toute notre confiance dans les mains des politiciens car ils ne connaissent que très peu l'agriculture et encore moins l'économie de base, alors imaginé si on leur demande de poser des actions pour du long termes. Si nous voulons vivre de notre passion et voir les jeunes continuer d'exercer un si beau métier, nous devons et ce de manière mondiale, pas locale, régionale ou nationale mais bien mondiale rester TOUS ENSEMBLE FORTS ET UNIS.

Réal Brière producteur de lait région de Mirabel, Québec, Canada
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fromage qui pue
Il y a 94 jours
la fnsea devrait imposer ce système au lieu de reclamer des miettes
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