Collecte laitière européenne L'UE crache du lait à flot, la France contient sa production

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La production laitière européenne est relancée de plus belle, pesant sur le prix du lait. Même en travaillant à perte, les éleveurs des Pays-Bas (+ 17 %) préfèrent produire plus. Tout comme l'Irlande qui a augmenté sa production de 33 % ! Avec l'Allemagne, ces trois pays réalisent 60 % de la collecte européenne supplémentaire au 4e trimestre 2015. La France contient sa collecte à + 1 % en 2015. Le prix du lait payé aux éleveurs français poursuit sa baisse et se rapproche petit à petit du prix allemand désormais stabilisé. L'analyse de la lettre Tendances n°265 de l'Institut de l'élevage.

robot de traiteAux Pays-Bas, la situation est critique. Les éleveurs ont massivement investi et produisent au maximum afin de perdre le moins d'argent possible. La principale coopérative du pays donne des primes pour limiter l'augmentation de production. (©Terre-net Média)

Le dynamisme de la collecte européenne s’est accentué au 4e trimestre 2015. Elle a littéralement bondi de + 5 %/2014 d’un automne à l’autre (+ 1,7 million de tonnes de lait), d’après nos estimations. Ainsi, après avoir fléchi au 1er trimestre 2015 (effet de la dernière campagne laitière), la collecte annuelle a progressé de 2,5 %/2014, à 152,2 millions de tonnes. Début 2016, la production européenne ne mollit pas, d’autant moins que les éleveurs nord-européens ne sont plus contraints. Début 2015, ils avaient momentanément levé le pied pour limiter les pénalités laitières, ce qui avait provoqué un net fléchissement (- 1,2%/2014) de la collecte hivernale.

Croissance débridée en Europe du Nord

Sans être spectaculaire (+ 4 %/2014 au 4e trimestre), la croissance de la production ne faiblit pas en Allemagne. Au même niveau en janvier 2016, elle ne devrait pas mollir dans les prochains mois. Le cheptel laitier, stabilisé à 4,3 millions de vaches laitières d’après l’inventaire de novembre, semble adapté à la conduite des éleveurs. Et le prix du lait stabilisé, au-dessus de 280 €/t (lait standard 3,4 % MA et 4,0 % MG), n’est pas dissuasif. Même si de nombreux éleveurs produisent désormais à perte, ils estiment moins perdre en produisant plus.

Aux Pays-Bas, la production a littéralement explosé : + 17 %/2014 en décembre, + 14 % au 2nd semestre 2015. Les éleveurs ont investi massivement dans des capacités de logement qu’ils saturent. Le cheptel de vaches laitières a ainsi bondi de 3,5 % en un an (d’après l’inventaire de juin 2015) et de 11 % en cinq ans. De plus, ils disposent d’aliments concentrés redevenus plus abordables et perçoivent un prix du lait toujours mieux payé qu’ailleurs grâce à l’efficacité de la transformation. A 327 €/t au dernier trimestre, le prix lait standard a reculé moitié moins (- 8 %/2014) qu’en Allemagne. Cet afflux de lait a cependant obligé FrieslandCampina à contenir momentanément les livraisons de ses adhérents, dans l’attente de l’ouverture d’un outil supplémentaire de transformation. Du 1er janvier au 11 février, la coopérative a versé 20 € supplémentaires/t de lait à ceux dont les livraisons n’excèdent pas le niveau hebdomadaire de la seconde moitié de décembre 2015.

A 278 €/1 000 l, les irlandais gagnent de l’argent

L’Irlande fait encore plus fort. Sa collecte automnale a bondi de 33 % sous l’effet d’un cheptel laitier très étoffé, en hausse de 6 % en un an, d’après l’inventaire de juin 2015, et de lactations prolongées. Sur le seul mois de novembre 2015, la production irlandaise a explosé de 48 % par rapport à novembre 2014 ! De nombreux éleveurs ont prolongé les lactations des vaches non gestantes normalement réformées avant la période d’hivernage, et probablement réduit la période de tarissement des gestantes. De plus, les éleveurs ont valorisé une pousse de l’herbe quasiment ininterrompue grâce à un hiver exceptionnellement doux. Sauf année climatique désastreuse, la croissance devrait se poursuivre à un rythme moins soutenu en 2016. De plus, le prix du lait demeure stimulant : à 278 €/1 000 l pour le prix de base en décembre, il est bien supérieur au point mort moyen (prix du lait nécessaire pour couvrir toutes les charges avant rémunération du travail familial) estimé à 230 €/1 000 l en 2014.

Au sud et à l’est de l’UE, la collecte devrait marquer le pas dans les prochains mois en raison de la cherté des coûts de production et de la concurrence des laits liquides vracs en provenance de pays d’Europe du Nord. Au total l’afflux de lait européen pèse sur les marchés, malgré le fléchissement de la production océanienne (- 3 %/2014 en Nouvelle-Zélande et Australie) et la stabilisation de la collecte états-unienne.

Collecte contenue en France

La collecte française fait pâle figure comparée à celle des pays voisins. En janvier, elle a progressé tout au plus de + 1 %/2015 d’après nos estimations, retrouvant ainsi le très bon niveau de 2014. En 2015, elle a évolué de façon chaotique : recul au 1er trimestre, croissance marginale d’avril à septembre (+ 0,5 %), puis léger rebond au 4e trimestre (2,4 %/2014). Les éleveurs ont bénéficié d’une très bonne arrière-saison climatique propice à la pousse de l’herbe et au pâturage. Ils ont disposé d’effectifs conséquents de génisses qui sont entrées depuis en lactation. Ils ont pu ainsi renouveler et rajeunir leur troupeau ce qui a entraîné une reprise des réformes laitières au 4e trimestre. L’important renouvellement du troupeau laitier n’a pas affecté l'effectif national. À 3,7 millions de têtes au 1er janvier 2016, il est stabilisé 1,0 % sous l’effectif de l’an dernier à pareille époque.

La croissance hésitante de la collecte nationale résulte pour une part d’évolutions contrastées selon les bassins laitiers. La production a crû modérément dans le Grand-ouest, en Normandie, dans le Nord-Picardie, s’est maintenue en Auvergne et en Rhône-Alpes. En revanche, elle reflue dans les régions de faible densité laitière : Aquitaine, Midi-Pyrénées, PACA, Poitou-Charentes.

La timide croissance en 2015 découle aussi de l’encadrement serré par les transformateurs laitiers, en particulier les collecteurs "non coopératifs". Faute de débouchés, ils incitent leurs livreurs à respecter strictement leur référence contractuelle.

La collecte laitière française augmente d'année en annéeLa collecte laitière française augmente d'année en année. (©GEB/Idele)

- 15 % de recettes par rapport à 2014

Avec une collecte annuelle à peine supérieure à celle de 2014, la ferme France a perdu 15 % de recettes en 2015 du seul fait de la baisse du prix du lait, tombé à 309 €/1 000 l (lait standard). En Allemagne, la baisse de recettes est bien supérieure (- 23 %/2014) alors qu’aux Pays-Bas, elle est moindre grâce à la forte croissance de la collecte annuelle (+ 7 % /2014) qui a atténué la baisse du prix du lait (- 17 %).

Le prix du lait payé aux éleveurs français poursuit son érosion. A 301 €/1 000 l au 4e trimestre 2015, le prix du lait standard se situe en moyenne nationale aux alentours de 290 €/1 000 l début 2016 (janvier et février), soit 8 à 10 % sous non niveau de 2015. Cette baisse modérée cache des écarts croissants entre laiteries, entre 260 et 310 euros, fonction de leur mix produit.


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DÉJÀ 4 RÉACTIONS


FRANCOIS DUMONT
Il y a 98 jours
on va comme les usa plus le pris baisse au 1000/litres plus il faut produire sytesme milcobel l usine peu tranformet 1millars 400millons de litres de lait
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pat
Il y a 95 jours
Moins de producteurs, oui, mais toujours plus de lait produit. A quoi bon soutenir les éleveurs lorsque l'on fait la course à toujours plus donc pour les politiques, il n'est pas utile de soutenir les élevages en difficultés car d'autres sont la pour faire plus. Le système économique français ne serait'il pas dans une impasse, avoir favorisé les 500 plus grosses entreprises de la France pendant 10 ans, pour que les actionnaires gagnent toujours plus. Plus l'entreprise est importante, moins elle utilise de MO et moins elle a besoins de matériels donc du chômage et la boucle est bouclée.
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Ugolin
Il y a 96 jours
Votre commentaire...Et oui la fin des quotas était bien prévu pour cela - de 20000 producteurs de lait en 2020 cette fois on y va , tout ça graçe a notre syndicat et nos politiques qui manipulent très bien le poker menteur il faut reprendre les commandes très vite
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vik
Il y a 98 jours
2015 + 8 pour cent l'Europe Notre laiterie nous a dit de produire - on aient vraiment manipulés
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