Conversion à la bioAgriskippy : « Après réflexion, je ne passerai pas en AB, c'est trop risqué ! »

| par | Terre-net Média

Convertir son exploitation à la bio : beaucoup y réfléchissent. Éleveur laitier de l'Eure, Antoine Thibault (allias Agriskippy), a mené un diagnostic de conversion sur sa ferme. Il explique que les résultats sont plutôt mitigés : un EBE qui chute durant la période de conversion mais qui se stabilise ensuite, un risque de manquer de fourrages et des marchés incertains. Finalement, l'éleveur se ravise : « la conversion à la bio est trop risquée pour mon système. »

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Antoine Thibault, aussi connu sous le pseudo Agriskippy, revient dans une nouvelle vidéo sur sa chaîne Youtube. Il y a quelques mois, l'éleveur laitier normand nous faisait part de sa réflexion sur le passage à l'agriculture biologique. De juin à septembre, il a mené un diagnostic à la conversion, accompagné par la chambre d'agriculture de son département.

Aujourd'hui, il se confie : « Je ne passerai pas en bio, du moins pas maintenant. C'est trop risqué pour mon exploitation et je perdrais de l'argent en changeant de système. Pour l'an prochain, je continuerai comme je le fais actuellement, tout en m'inspirant de nombreuses pratiques de l'agriculture bio comme la gestion de l'herbe ou les désherbages mécaniques car ce sont pour moi des techniques d'avenir. En revanche, lorsque les consommateurs nous prouveront qu'ils sont réellement prêts à acheter du bio, je serai là ! »

Un EBE équivalent en bio mais une conversion difficile

Pour la simulation de conversion, l'éleveur a été clair : « Je ne voulais pas agrandir le troupeau. Un agrandissement me demanderait beaucoup d'investissements et de travaux : bâtiment des vaches à agrandir, celui des génisses, la nurserie, le stockage des effluents, des fourrages... Ça n'était vraiment pas mon but. »

En revanche, en gardant le même nombre de vaches, sa production serait passée de 500 000 l à 360 000 l/an. Le prix du lait, quant à lui, aurait grimpé à 450 € contre 330 €/1000 l en moyenne sur les cinq dernières années. Malgré cette constance du cheptel, l'éleveur aurait dû acheter de l'aliment bio à l'extérieur (concentré et maïs grain) puisqu'il lui fallait respecter le cahier des charges bio dès les deux premières années de conversion.

Ainsi, le prévisionnel affichait une perte de 19 000 € d'EBE la première année de conversion, 10 000 € la deuxième année puis un retour à l'EBE actuel en rythme de croisière.

Des stocks de fourrages à assurer

Concernant l'alimentation du troupeau, Antoine explique : « L'année 2018 a été catastrophique au niveau du stock fourrager, à cause de la sécheresse. Je n'aurai pas assez de maïs pour aller jusqu'à la prochaine récolte. Je vais devoir acheter du foin, de la paille et de l'aliment liquide pour nourrir mes génisses. Heureusement, étant en conventionnel, j'arrive à en trouver. S'il avait fallu trouver du fourrage bio, ça aurait été compliqué car la demande est importante et les prix flambent. »

Il remarque également : « Je suis dans une région où les sols sont superficiels, ils sont donc encore moins adaptés pour faire du bio. »

Produire du bio à prix cassé : hors de question

« Ma coopérative Sodiaal acceptait toutes les demandes de conversion en 2017 car il y avait une forte demande des marchés. En revanche, il y a eu trop de conversions d'un coup et on est arrivé à saturation dès décembre 2017. Aujourd'hui, elle étudie un peu plus les demandes. » Antoine n'était donc même pas certain d'avoir l'autorisation de son collecteur pour passer en filière bio.

De plus, l'éleveur s'interroge : « Les grandes surfaces, comme Carrefour et Leclerc, ont massivement investi dans le bio. En revanche, elles le proposent à des prix cassés. Quand je vois du lait bio à 87 centimes le litre, je me demande comment le producteur peut être correctement rémunéré. »

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« Depuis quelques temps, on constate une vague de dénigrement de l'agriculture conventionnelle et des pesticides. Elle est orchestrée par les grandes surfaces et les journalistes grand public qui tentent de salir l'agriculture conventionnelle au profit du bio. Des études prouvent que les volumes de bio vendus augmentent et pourtant le nombre de consommateurs bio diminue. En fait, quand on les interroge, tous les consommateurs veulent du bio mais leurs actes d'achat ne vont pas dans le même sens ! »


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DÉJÀ 9 RÉACTIONS


Nico
Il y a 131 jours
C'est dommage de faire une analyse aussi simpliste ou de se raccrocher aux branches pour trouver des arguments pour ne pas prendre de décision.
La démarche bio est beaucoup plus profonde qu' une simple analyse faite avec une calculette.
Le passage en bio demande une capacité à remettre son système d'exploitation en question.
Il ne faut pas hésiter a se former, sur le pâturage, les soins aux animaux, l'agronomie...
Il ne faut pas projeter un système conventionnel et dire je vais faire pareil en bio.

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Debacker Frédéric
Il y a 134 jours
Je partage votre analyse, le problème des phénomènes de mode, c'est qu'ils ne durent pas. Les consommateurs , ont certe des exigences, auxquels nous devons rester à l'écoute, mais nous devons nous préoccuper avant tout, comme vous l'expliquer très clairement dans votre video, de leurs actes d'achats. Le bio est en train de s'industrialiser, afin de devenir abordable pour le porte monnaie, d'un plus grand nombre. Ce qui est un contre sens d'un point de vue éthique, mais c'est le seul moyen d'en sortir une rentabilité, il n'est viable qu'avec un soutien financier de l'Europe et de la France encore plus important que le conventionnel, mais quand on voit les budgets agricoles réduire d'année en année, il y a de quoi être inquiet. Et surtout il n'est possible que dans les meilleurs terres. Ne nous laissons pas influencer, gardons notre bon sens paysan, renvoyons certaines de nos pratiques agricoles, mais ne prenons pas le risque de nous rendre vulnérable. Merci pour vos vidéos, très pédagogique
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La chouette
Il y a 137 jours
Patrice, la bio qui n’est pas « stérile «  est produite sous le logo rond et vert en circuit court -BIO COHÉRENCE -c’est la seule ,elle est ultra protégée et malheureusement les consommateurs l’ignore. Ce logo là la Gr.Distribution n’as pas d’agrément pour y accéder, et elle est la source de la réussite et d’éthique. Le reste sous les logos carré vert et eurofeuille vert sont fragiles car les industriels y ont accès.De plus on y fourre tout suivant le certificateur que l’on désire : ce n’est donc pas sérieux.
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Patrice Brachet
Il y a 137 jours
Entièrement d’accord avec Taxi !malgré tous les beaux discours cela ne fonctionne pas comme cela devrait ! Il y’a quelques temps de cela j avait écrit sur cette page que je venait de voir du lait bio à 1,69 chez Leclerc et je pense que toute la problématique est la ! La bio est le nouvel eldorado des gms ! Et je pense que les producteurs ne sont pas assez bien structuré pour se défendre premièrement et de deux peut-être un peu trop solitaires ( excusez moi)
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Taxi
Il y a 138 jours
Tout en restant en conventionnel il est préférable de passer par la phase acs-tcs et faire un bilan des économies dégagées et résultats agronomiques concluants. Ensuite le passage à la bio se fera si et seulement si le baromètre est prometteur côté résultats,choix de vie et demande de la part de la société. Pour info biolait pour 2018 limite ses producteurs en prix et en volume : les deux sont revus à la baisse...
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remy
Il y a 138 jours
la bio = ce preocuper de tes vers de terre aux paniers des consomateurs ci ta coop decide pour toi restes en conventionnel
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hub
Il y a 139 jours
Antoine ,la seule chose que tu risques c'est de regretter de ne pas y etre passé plus tot ! ;p)
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Massol
Il y a 139 jours
Ta prairie c’est une plaisanterie ?? Quand je t’ecoute ,j’ai envie de te dire ,reste en conventionnel .ton analyse est faite par un conventionnel pour un conventionnel .c’est dans ta tête que ça coince .bon courage quand même
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Patrice Brachet
Il y a 140 jours
Antoine je partage à 100% ton point de vue ! Les journalistes, les gms et les Conso veulent mais sans débourser donc il faut y aller qu avec des garanties ce qui n est pas le cas aujourd’hui !
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