[Interview] Affouragement en vertChoisir des prairies multi-espèces et des dérobées adaptées à la fauche

| par | Terre-net Média

Interview de Fabien Olivier, conseiller agronomie à la Chambre d'agriculture de la Manche.

Affouragement en vertCliquez pour voir différentes solutions matériels pour affourager en vert (©Terre-net Média) Fabien Olivier de la chambre d'agricuture de la MancheFabien Olivier de la Chambre d'agriculture
de la Manche (©Tnm)
 

Web-agri : Pour quelles raisons valoriser l’herbe par de l’affouragement en vert ?

Fabien Olivier : Malgré des contraintes fortes en termes de temps de travail et de coût de mécanisation, de nombreux éleveurs se tournent vers l’affouragement en vert faute de pouvoir faire pâturer suffisamment leur troupeau. On ne peut pas cultiver du maïs partout et le climat normand est propice à l’herbe. A chaque tonne de maïs économisée, c’est 40 kg de colza en moins à distribuer aux vaches. Avec l’apport de fourrage vert, les éleveurs peuvent espérer réaliser quelques économies sur le coût alimentaire et la santé des animaux.

L’idéal pour affourager sur une longue période dans l’année est d’allier des prairies pluriannuelles et des dérobées, dans la limite du raisonnable vis-à-vis de l’éloignement des parcelles. Par ailleurs, les prairies temporaires allongent les rotations, avec un intérêt certain sur les maïs ou les céréales à suivre qui profiteront alors de la propreté et de la bonne structure du sol.

WA : Quelles graminées et légumineuses choisir pour les prairies multi-espèces ?

F.Olivier : Il est possible d’obtenir des prairies de fauche avec de bonnes valeurs alimentaires, proches de 0,9 Ufl. L’objectif avec une prairie multi-espèces, c’est d’allonger au maximum les périodes de récolte : de commencer tôt au printemps et de continuer à affourrager en été. Les mélanges complexes de type suisses associent près d’une dizaine d'espèces assez complémentaires avec par exemple :

  • Ray-grass anglais (Rga) diploïde pour le rendement,
  • Fétuque élevée et dactyle, leur rusticité allonge les périodes de production,
  • Deux trèfles : un nain et un agressif,
  • Trèfle violet ou de la luzerne pour apporter des protéines,
  • Trèfle d’Alexandrie qui disparaitra au bout d’un an,
  • Lotier et du pâturin pour leur pouvoir couvrant.

Les espèces de fauche sont à privilégier, même si certaines ont une pérennité limitée dans le temps. Le mélange ray-grass anglais – trèfle blanc (Rga-tb) est plutôt destiné au pâturage. Il est très gazonnant et contient beaucoup d’eau. Les ray-grass hybride (Rgh) ou d’Italie (Rgi) sont plus hauts et mieux adaptés à l’affouragement en vert. Autre graminée intéressante : le festulolium, issu d’un croisement entre du ray-grass et de la fétuque, offre une bonne complémentarité en termes de production et de valeur alimentaire.

WA : Peut-on affourager avec des prairies naturelles ?

F.Olivier : Les prairies naturelles peuvent être un peu plus difficiles à faucher, avec le risque de prendre de la terre si la prairie est mal roulée. Pour éviter de faucher trop bas, une hauteur de coupe de 7 cm semble un bon compromis.

WA : Est-il compliqué de faucher au bon stade en affouragement en vert ?

F.Olivier : Bien sûr avec des prairies multi-espèces il est difficile d’arriver à faucher au stade optimal de chaque plante, d’autant que l’affouragement en vert se fait généralement en continu. Le rapport gaine/feuille est le plus important, notamment sur des mélanges simples de type ray-grass hybride – trèfle violet. Si les graminées commencent à épier et le trèfle à fleurir, mieux vaut faucher l’ensemble de la parcelle puis enrubanner.

WA : Quelles espèces semer en dérobé à l’automne ?

F.Olivier : Les couverts végétaux sont devenus quasi systématiques, même en zones non vulnérables. Ces intercultures sont généralement plus faciles à exploiter en fauche qu’au pâturage. Les dérobées à base de légumineuses ont pour objectif d’apporter de la protéine en complément du maïs fourrage. Nous avons fait des essais avec des trèfles annuels (d’Alexandrie, incarnat, de Perse, de Micheli,…) associés à un fond de graminées (1/3). La plupart sont des espèces mono-coupe, peu météorisantes et très digestibles. De plus, elles sont autonomes en azote. Nous avons également réalisé quelques essais avec de la luzerne sur certaines zones de Manche. Cette culture se prête plutôt bien à l’affouragement en vert en prenant garde aux risques de météorisation. On pourrait en cultiver davantage car les variétés supportent de mieux en mieux les sols à pH acide.

L’avoine brésilienne ou les ray-grass d’Italie en pure ou en mélange avec du trèfle violet ou hybride sont également valorisables en affouragement en vert. Ils poussent vite et offrent des valeurs alimentaires correctes en mélange si la fauche est réalisée au bon stade.

WA : Et les dérobées de type choux et colza fourrager ?

F.Olivier : Les colzas et choux fourragers sont guidés par les périodes de semis, après une moisson d’orge par exemple. Ces plantes riches en matières azotées piègent les nitrates. Apporter à raison de 3 à 4 kg MS/VL, soit 20 % de la ration, ces fourrages permettent d’augmenter le taux protéique du lait d’environ un point. Ils poussent rapidement et permettent d’allonger la période d’affouragement en vert jusqu’en novembre, voire en fin d’hiver pour le chou. On peut espérer récolter 4 à 5 tonnes de MS/ha au bout de 60 à 80 jours avec un colza fourrager et un chou fourrager peut dépasser les 7 tonnes de MS au bout de quatre à cinq mois.


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