[Tribune] Et après les quotas ?Fncl : « Une opportunité à maîtriser pour les coopératives laitières »

| par Dominique Chargé, président de la Fncl. | Terre-net Média

Le régime des quotas est clos depuis ce 1er avril 2015. Web-agri.fr poursuit la publication d'une série de tribunes de syndicats et d'experts sur la nouvelle organisation de la production laitière française et européenne et l'avenir de ses éleveurs. Voici la contribution de la Fncl, la Fédération nationale des coopératives laitières.

« O uverture des marchés, émergence des nouveaux bassins de consommation, renforcement de nos entreprises, gestion des effets de la volatilité et sécurisation de la collecte dans les zones difficiles : voilà un beau programme pour les années qui viennent, entre opportunités renouvelées et contraintes à maîtriser.

Alors que le contexte de dérégulation totale modifie sensiblement les équilibres dans la filière laitière française, notre enjeu, au sein de la Fédération Nationale des Coopératives Laitières (Fncl), est d’accompagner les coopératives et les associés-coopérateurs dans ce changement, notamment sur la réappropriation des stratégies par les entreprises, pour maîtriser l’équation volume-prix. Il faut notamment réussir à faire entendre que les entreprises coopératives sont à la fois soumises aux mêmes lois du marché que toute autre entreprise, mais avec une finalité différente.

Dominique Chargé, président de la Fncl. Dominique Chargé, président de la Fncl. (©Fncl)  

Par son fondement même, sa mission de répondre aux attentes de leurs actionnaires, producteurs de lait, sa maîtrise de l’ensemble de la chaîne avec le lien unique entre l’amont et l’aval, entre la production, la transformation et la commercialisation, le modèle coopératif est le plus pertinent pour répondre aux enjeux d’aujourd’hui : des entreprises ancrées sur le territoire, avec des emplois non délocalisables, et qui travaillent toujours dans une logique de long terme, en valorisant au mieux la production de ses adhérents. Nous sommes convaincus que c’est bien ce cadre qui permettra aux producteurs, associés-coopérateurs, d’envisager leur activité de façon pérenne et de la transmettre aux futures générations. Le caractère démocratique en fait toute sa force dans la mesure où l’exercice de gouvernance collective est opérationnel et efficace. C’est ce que les coopératives laitières s’appliquent à redynamiser depuis plusieurs années, afin d’être en capacité de prendre toute leur place économique et commerciale dans le nouveau contexte globalisé.

Un des points cruciaux pour la Fncl est bien de veiller à ce que de nouvelles dispositions juridiques applicables à la filière laitière ne créent pas de contraintes pour les coopératives, ni nouvelles ni incompatibles avec leur cadre réglementaire actuel. Le contrat coopératif, qui va bien au-delà du seul aspect commercial, est fait d’obligations mutuelles, de responsabilités partagées, et d’engagements réciproques entre les entreprises coopératives et leurs adhérents. Nous nous attachons, au quotidien, à le préserver et le soutenir, pour éviter toute approche trop simpliste au niveau législatif.

Avant de parler des risques liés à la dérégulation totale des marchés, précisons au préalable que l’approche des coopératives laitières est bien de saisir les opportunités pour développer leur activité et celle de leurs associés-coopérateurs. Une croissance de consommation estimée à + 2.5 % par an dans les dix prochaines années offre de belles perspectives ! En Asie du Sud-Est, bien sûr, avec la Chine mais aussi l’Indonésie ; mais également en envisageant le deuxième grand bassin de consommation en développement : l’Afrique, et notamment le bassin méditerranéen.

Pour être en capacité de profiter de ces éléments de croissance, il faut, bien sûr, relever certains défis. Deux d’entre eux sont majeurs pour l’ensemble de la filière.

En premier lieu, nous entendons : gérer les effets de la volatilité.

Si celle-ci doit se gérer au niveau de l’entreprise, notamment par la consolidation économique des coopératives, ainsi qu’au niveau de l’exploitation, où les producteurs doivent être en maîtrise de leur atelier lait, la gestion de la volatilité ne pourra se passer de l’intervention des pouvoirs publics en cas d’amplitude extrême sur les marchés. Pour la Fncl, les outils indispensables se déclinent en trois points :

  • avoir des indicateurs européens réactifs et efficaces, la Fncl soutient la mise en place de l’observatoire européen du secteur laitier ;
  • disposer d’un système de gestion de crise au niveau européen, obligatoire et équitable, dans lequel les outils d’intervention existants doivent pouvoir être mobiles et réactifs pour s’adapter aux différentes situations de marché ;
  • s’inspirer des expériences d’autres pays pour la Pac post 2020 avec notamment le mécanisme de sécurisation de la marge des éleveurs laitiers du Farm Bill américain mis en place en 2015.

Il est de la responsabilité des pouvoirs publics français de soutenir cette dynamique globale, tant économique que politique, au niveau national comme au niveau communautaire.

En second lieu, nous continuons d’alerter ces mêmes pouvoirs publics sur la collecte dans les zones difficiles (type montagne), enjeu majeur dans ce contexte de sortie des quotas, qui pourrait aussi conduire à un abandon de la production laitière française dans certaines zones et/ou la fermeture de centres de collecte et d’usines de transformation. Or l’activité laitière dans son ensemble est génératrice d’activité économique en termes d’emploi direct et indirect. La volonté des coopératives laitières est bien de maintenir une dynamique qui permette de conserver une certaine compétitivité à ces zones. Il est donc indispensable de sécuriser ces zones de collecte par l’introduction soit d’une aide à la collecte versée à l’entreprise, soit d’une aide à l’acheminement versée aux producteurs.

La sortie des quotas est là. Notre monde administré est désormais révolu : voilà un fait. Tout en gérant les risques évoqués, faisons en sorte, chacun dans nos exploitations, nos coopératives et collectivement, au niveau de la filière, que ce nouveau contexte représente avant tout des leviers de croissance pour l’activité laitière française. »


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