Bilan de la loi EGA sur le prix du lait« Un retour de valeur aux producteurs autour de 11 ¤/1 000 l », estime la FNPL

| par | Terre-net Média

Alors que, avec leurs tracteurs, les agriculteurs des réseaux FNSEA et Jeunes agriculteurs manifestent à Paris et dans d'autres villes, la FNPL a dressé un premier bilan chiffré des mesures de la loi Égalim. Selon le syndicat, le retour de rémunération aux producteurs de lait a été en moyenne de 11 ¤/1 000 l sur les 9 premiers mois de 2019. Un chiffre moyen tenant compte du mix-produit des industriels qui cache une réalité très hétérogène selon les entreprises. C'est « presque la moitié de l'objectif initial », mais surtout « en-deça des objectifs de couverture des coûts de production ».

Rayon supermarché produit laitier Selon la FNPL, le retour de rémunération aux producteurs de lait lié à la loi Égalim a été en moyenne de 11 €/1 000 l sur les 9 premiers mois de 2019. (©Terre-net Média)

Pendant que plus d’un millier d’agriculteurs manifestaient mercredi 27 novembre sur leur tracteur à l’arrêt sur le périphérique parisien, face aux forces de l’ordre à proximité de l’avenue des Champs-Elysées, ou ailleurs en France, la FNPL, la branche laitière de la FNSEA, a dressé en détail son bilan chiffré des effets de la loi Égalim dans la filière laitière.

« On suit les effets de la loi comme le lait sur le feu », a d’abord commenté André Bonnard, secrétaire général du syndicat. Ce qui était valable fin juin ne l’est plus forcément à fin septembre ».

À fin septembre 2019 donc, la FNPL estime que, en moyenne, et en tenant compte du mix-produit variable des entreprises, la loi a eu un effet positif (sur le prix de base 38/42, ndlr) d’environ 11 €/1 000 l pour les producteurs de lait.

Pour mesurer les effets de la loi, censée faire revenir de la valeur ajoutée – et donc une meilleure rémunération – aux agriculteurs en général et aux producteurs de lait en particulier, la FNPL s’est tenue à deux méthodes de calcul.

À fin septembre, l'évolution du marché extérieur quasiment sans impact sur le prix payé au producteur

Dans une première approche macro-économique du prix payé aux producteurs, le syndicat a d’abord isolé le marché beurre-poudre et celui des produits de grande consommation à l’export (PCG export). Pour rappel, ces deux marchés ne sont pas concernés par la loi, seuls les produits commercialisés en France le sont.

Sur le marché beurre-poudre, le rééquilibrage de valorisation entre les deux a été bénéfique pour les producteurs à hauteur de 3,77 €/1 000 l selon le syndicat. Mais avec un prix du lait en Allemagne en forte baisse, le marché des PGC à l’export s’est, à l’inverse, dégradé. L’impact pour le producteur serait de l’ordre de - 2,84 €/1 000 l. Au final, pour 50 % du mix produit national moyen – 25 % de beurre-poudre et 25 % de PGC export – l’impact de la conjoncture a été quasi-nul pour les éleveurs : seulement 0,92 €/1 000 l.

Par déduction et au regard du prix du lait payé aux producteurs de septembre 2018 à septembre 2019 (+ 10,27 € en un an), l’augmentation des produits de grande consommation en France (PGC France) serait de 9,35 €/1 000 l, soit « 18,70 € sous l’hypothèse de PGC France représentant 50 % du mix produit des entreprises ».

Calcul des effets des EGA sur la filière laitièreCalcul des effets des EGA sur la filière laitière (©FNPL) 

Selon cette méthode de calcul, les résultats sont très variables d’un industriel à l’autre : « pour une PME valorisant 80 % de ses produits en France, l’effet positif serait de 26,61 € sur les 12 mois glissants à fin septembre. À l’inverse, chez Sodiaal, dont le mix produit n’est tourné qu’à 40 % vers le marché intérieur, l’effet ne serait que de 12,88 €. »

Les effets des EGA en fonction du mix-produit des industriels

Quels effets des EGA par entreprise ?Quels effets des EGA par entreprise ? (©FNPL)

Bel anticipe, Danone « dernier de la classe »

Dans sa seconde méthode, la FNPL a relevé l’évolution des prix de vente aux consommateurs et celle des prix de vente des industriels. Les premiers auraient augmenté de 1,83 % sur les 9 premiers mois de l’année 2019, quand les seconds ont progressé de 2,1 %, « générant chez les industriels un chiffres d’affaires sortie d’usine de 22,1 Mds€ ». Selon le syndicat, cela aurait eu un effet positif de 33,15 €/1 000 l.

« Entre un minimum de 18,90 € et un maximum de 33,15 €/1 000 l, la réalité doit être entre les deux » assure André Bonnard.

Il aurait fallu que le marché intérieur augmente de 50 €. On a fait que la moitié du chemin.

En surveillant ce qui a été observé sur la période (12 mois glissants à fin septembre 2019) entreprise par entreprise, la FNPL pointe les bons et les mauvais élèves. « Bel est l’entreprise qui paie le mieux, mais cela n’a pas bougé car le groupe a davantage anticipé la loi. Chez Lactalis, légèrement au-dessus des 11 €/1 000 l de hausse, les effets de conjoncture et la dégradation de certains marchés les mois à venir devrait faire baisser l’effet positif à + 9 €. » La FNPL pointe surtout du doigt Danone, qui « n’a pas appliqué les EGA ». Un comble pour le syndicat, qui rappelle que François Eyraud, directeur général des Produits frais Danone « était le co-président du fameux groupe 5 des États généraux de l’alimentation », celui qui a travaillé sur la manière de « rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs ».

Niveau de prix payé au producteur et évolution sous l'effet de la loi Egalim, chez les industriels de l'Ouest de la France

Niveau de prix payé au producteur et évolution sous l'effet de la loi Egalim, chez les industriels de l'Ouest de la FranceNiveau de prix payé au producteur et évolution sous l'effet de la loi Egalim, chez les industriels de l'Ouest de la France (©FNPL)

Quoi qu’il en soit, « les prix obtenus restent en-deça des objectifs de couverture des coûts de production. Il aurait fallu que le marché intérieur augmente de 50 €, assure Thierry Roquefeuil. On a fait que la moitié du chemin. »

Le syndicat s’inquiète désormais de la suite. « Les opérateurs avaient dit que cela se ferait en deux temps. La première partie n’est pas entièrement faite. Et certains disent qu’ils ont fait le job quand d’autres veulent déjà revoir les règles instaurées par la loi, déplore Thierry Roquefeuil. C’est hors de question. La dynamique ne doit pas s’arrêter là. »


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DÉJÀ 19 RÉACTIONS


titian
Il y a 12 jours
Une lapalissade qui est déjà bien le cas me semble t'il Mr cow boy.
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cow boy
Il y a 12 jours
Attention quand les prix vont augmenter en magasin, les gens achèteront des produits étrangers. Et personne ne pourra empêcher les supermarchés d'acheter et proposer des produits étrangers car on est dans l'UE c'est à dire libre circulation des marchandises.
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debutant
Il y a 15 jours
moi je garde en tete l annee 2009 ou le prix de base moyen etait de 280 euros tonne .le lait demi ecreme etait autour de 450 .ce meme lait a prix 200 euros tonne .Voila tout est dit
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gillesdu 01
Il y a 15 jours
La FNPL brasse de l'air , comme depuis 10 ans , des élèves de cm2 auraient compris depuis longtemps que l'unique solution était la gestion de l'offre , et par ceux qui produisent évidemment , la base pour une fédération de producteurs , plutôt que de laisser carte blanche aux indus et pleurer auprès des politiques ensuite .
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titian
Il y a 16 jours
Objectivement Steph, on est aujourd'hui en droit de penser qu'il est ouvertement déjà décidé d'essorer jusqu'à la fin les survivants hexagonaux.
Le lait pour la masse sera fait ailleurs !
Après tout il faut développer l'Est et c'est aussi de bonnes perspectives de croissance économique pour ces pays.
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step72
Il y a 16 jours
En 10 mois le prix du lait aux USA a bondi de 100 e pour arriver à 417 e !!!

On se fout des producteurs,la filière est largement capable de payer plus,je n'ose imaginer les marges quand le lait sort du tank...
La note pour la filière va se payer rapidement,les producteurs vieillissent et les jeunes sont moins nombreux à s'installer en lait,la baisse de production va se faire naturellement.
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titian
Il y a 16 jours
J'ai d'abord cru à une blague avec l'origine de cet article.
Puis finalement rien ne change : Ce prétendu syndicat de producteur laitiers est bien toujours le bras armé des éminences grises du HCCA.
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c grave
Il y a 16 jours
N'importe quoi ! dèja le lait devrais étre payé 480 euros les milles litres ma laiterie en Novembre 2019 311 euros prix de base mon voisin a une autre coop 411 e chercher l'erreur !!
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titian
Il y a 15 jours
À ceci près qu'il y a régulièrement une inversion dans l'approche de ce syndicat et d'autres aussi d'ailleurs, avant de faire la leçon, il faut d'abord toujours défendre le traitement de la masse quelque soit leurs "niveaux".
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Olmer
Il y a 16 jours
Entièrement d'accord avec toi, c est incroyable, actuellement la gms bloque la hausse des prix de ses fournisseurs, donc les éleveurs en patisse. Cer,banque,grosse coops aucine remise en cause de leur fonctionnement.
Fnsea,cr,conf où sont ils?..
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