Ferme laitière bas carboneJean-Marc Burette, éleveur (62) : « Moins d'émissions de GES, plus de revenu »

| par | Terre-net Média

Jean-Marc Burette élève 70 vaches laitières et leur suite à Fleurbaix (62). En 2015, il réalise le diagnostic Cap'2ER pour connaître l'empreinte carbone de son exploitation. Pour réduire la note, l'éleveur change progressivement ses pratiques : fertilisation plus raisonnée, meilleure efficacité de l'alimentation, économies d'énergie... Jean-Marc est aujourd'hui parvenu à réduire ses émissions de GES de 17 % sans pénaliser sa production. Au contraire, l'éleveur a réduit ses charges de 10 000 € en deux ans mais sa production laitière, elle, n'a pas bougé.

En changeant ses pratiques dans l'objectif de réduire son empreinte carbone, Jean-Marc Burette confie : « Mon travail redevient un plaisir et en plus j'y gagne financièrement. » En changeant ses pratiques dans l'objectif de réduire son empreinte carbone, Jean-Marc Burette confie : « Mon travail redevient un plaisir et en plus j'y gagne financièrement. (©Terre-net Média) Le programme « Ferme laitière bas carbone », porté par le Cniel, vise à promouvoir les pratiques agricoles et les leviers d’action pour réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre produits par l'élevage d’ici 2025. Ce projet reste actuellement participatif : les éleveurs qui entrent dans cette démarche le font de leur propre gré.

C’est le cas de Jean-Marc Burette, éleveur laitier installé depuis 1990 sur la commune de Fleurbaix dans le Pas-de-Calais. « Nous sommes tous témoins du changement climatique. Il n’y qu’à lever les yeux : ici dans le Pas-de-Calais, les toitures des maisons anciennes sont très pointues pour supporter le poids de la neige mais il n’en tombe plus depuis plusieurs années. Je suis convaincu que les agriculteurs ont leur part de responsabilité et que nous pouvons tous réduire notre empreinte carbone. »

Bien nourrir le sol pour bien nourrir les animaux

L’élevage en quelques chiffres :
1,5 UMO
70 VL Prim'holstein
SAU : 68 ha
dont SFP : 5 ha de prairie et 35 ha de maïs
Réf. laitière : 655 000 l (Danone)
Production : 8 900 l/VL
Taux moyens : 34/42

En 2015, Jean-Marc et sa femme Babeth réalisent leur premier diagnostic Cap’2ER (calcul automatisé des performances environnementales en élevage de ruminants). « Notre empreinte carbone était de 1 150 g d’équivalent CO2/litre de lait produit ; on avait alors une marge de progrès devant nous, explique l’éleveur (à titre indicatif la moyenne nationale est à 910 g/l de lait). Notre conseillère de l’institut de l’élevage a alors identifié 3 leviers : améliorer l’autonomie en diminuant le concentré protéique distribué aux vaches, réduire les engrais chimiques des cultures et économiser de l’énergie. »

J’ai fait le choix de nourrir la vie du sol, c’est mon deuxième élevage

« Pour réduire leur impact environnemental, certains éleveurs se tournent vers les prairies. Ici, ça n’était pas possible au vu des bons rendements en maïs (environ 14 t de MS/ha). Un hectare de prairie ne nourrit qu'une seule vache tandis qu’un hectare de maïs en nourrit deux. Aussi, avec la pression urbaine autour de chez moi, il fallait que j’optimise ma surface. Les hectares de maïs sont donc restés constants mais je me suis penché sur leur productivité : il fallait que je nourrisse mieux mon sol pour faire un bon maïs. »

Si Jean-Marc était déjà passé au non-labour en 2006 (ce qui lui avait permis d’économiser 4 000 litres de fuel sur la campagne), il est allé cette fois-ci plus loin. Il fait désormais analyser ses effluents d'élevage pour mieux connaître leur composition et épandre au plus juste. « J’étais auparavant trop généreux en cherchant surtout à me débarrasser des effluents sans prendre en compte leurs valeurs. » Aujourd’hui, il a développé une activité de compostage et connaît la valeur de ce qu’il épand. Néanmoins, il reconnaît aussi avoir été trop laxiste au niveau chimique : « Je consomme 25 tonnes d’engrais aujourd’hui contre presque le double auparavant. Pour ce faire, je me suis équipé d’un semoir qui dépose l’engrais starter au semis. J’ai aussi intégré les légumineuses dans ma rotation entre une céréale et un maïs pour enrichir le sol. » Cette année, il a par exemple implanté un mélange composé de vesce, phacélie, tournesol, lin et sarrasin. L’éleveur aurait pu se tourner vers un mélange à récolter pour ses bêtes mais il explique simplement : « Je ne voulais rien exporter. J’ai fait le choix de nourrir la vie de sol, c’est mon deuxième élevage. »

« La féverole permet de nourrir le sol et d'économiser des intrants chimiques.« La féverole permet de nourrir le sol et d'économiser des intrants chimiques. » (©Terre-net Média)

Moins de charges mais toujours autant de produit

Si Jean-Marc aime tester des nouveautés, il a implanté de la féverole pour la distribuer ensuite aux vaches et réduire sa consommation de concentrés. « Ça n’était malheureusement pas assez riche pour combler le besoin protéique des vaches laitières et remplacer le colza dans ma ration. Néanmoins, je l’utilise pour les élèves. » L’éleveur s’est aussi équipé d’un peson et mesure alors plus précisément ce qu’il distribue. Il constate également une meilleure efficacité alimentaire : « Je pense qu’il y a un véritable effet ricoché : le sol est mieux nourri, les plantes sont plus robustes et les animaux sont en meilleure santé. Je suis passé de 6 000 à 4 000 € de frais vétérinaire/an et je pense qu’on peut encore aller plus loin… » Il s’intéresse en effet depuis peu à l’homéopathie pour réduire encore son recours aux antibiotiques.

J’ai réduit mes charges de 10 000 € en deux ans

« Avec ces quelques efforts, je passe moins de temps sur mon tracteur ce qui me permet de mieux observer mes animaux. Je n’ai pas réduit mon temps de travail mais j’y trouve moins de contrainte et cela redevient un plaisir, confit l’éleveur. De plus, mon bilan économique est meilleur : en deux ans (de 2015 à 2017), j’ai réduit mes charges de 10 000 € en conservant un produit brut de l'atelier constant. »

Jean-Marc rappelle : « Il y a trois gros émetteurs de gaz à effet de serre sur l’exploitation : les fermentations entériques des animaux sur lesquelles on ne peut rien faire, la consommation protéique et la consommation énergétique de l’élevage. » Pour améliorer ce dernier point, il a d'abord changé son tank à lait puis s’est équipé d’un pré-refroidisseur. La chaleur ainsi récupérée sert à chauffer l’eau qui arrive du forage de l’exploitation pour nettoyer l’installation de traite : « J’utilise tout de même 210 l d’eau chaude par jour la salle de traite », affirme l’éleveur. D’ailleurs, ces eaux usées passent ensuite dans un filtre à roseaux pour être épurées. « Cela me permet de ne rien avoir à stocker ni à transporter. »

Une empreinte carbone qui a chuté de -17 %

Deux ans et deux diagnostics plus tard, les émissions de l’exploitation ont bien diminué : elles étaient de 1150 g d’équivalent CO2/l de lait en 2015 et sont passées à 950 g en 2017, soit une baisse de 17 %. Jean-Marc vient tout juste de faire un troisième diagnostic qui confirme cette baisse puisqu’il est actuellement à 930 g d’éq. CO2/l de lait. « Je suis sur la bonne voie et reste convaincu qu’il y a d’autres leviers à actionner pour arriver aux - 20 % d’émissions de GES. Ce sont les derniers grammes qui sont les plus durs à obtenir. »

À 53 ans, Jean-Marc est plutôt fier de cette transition. Mais lorsqu’on lui parle de se convertir à l’agriculture biologique, il reste sceptique : « J’aime ma liberté d’entreprendre et de tester des nouveautés. Je ne veux pas être contraint par un cahier des charges aussi strict. » Pour ce qui est de sa lutte contre le réchauffement climatique, l’éleveur se dit favorable à ce que les agriculteurs soient rémunérés pour leur contribution à la diminution des émissions de gaz à effet de serre.

Objectif de filière : - 20 % d’émissions de GES en 2025 :
Ronan Lasbleiz, chargé de mission environnement au Cniel, explique ce qu’est la ferme laitière bas carbone : « On est sur une démarche volontaire. L’objectif des - 20 % d’émission de GES fait partie du plan de filière. Le diagnostic individuel permet à l’éleveur de connaître les leviers envisageables selon le contexte de sa ferme (région, climat, mode d’élevage…). Nous avons actuellement 7 600 fermes engagées dans la démarche et espérons que la moitié des éleveurs français le soient d’ici 5 ans. En plus d’améliorer leurs performances environnementales, les éleveurs font croître leur efficience économique. »
Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site Ferme laitière bas carbone

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DÉJÀ 27 RÉACTIONS


3r3e
Il y a 12 jours
Merci M Brachet pour vos conseils. Le mélange que je pratique en couverts végétaux est le suivant: avoine noire (bien de chez nous...), pois protéagineux, tréfles divers et variés. La proportion de chaque composant n'est pas fixée: une année comme celle-ci, en raison de la sécheresse, je n'ai implanté cela qu'à la fin Septembre! A cette période, inutile de mettre des trèfles car il est trop tard, la photopériode ne leur permet pas de faire suffisament de végétation pour passer l'hiver. On voit bien ce phénomène dans les prairies que j'ai réimplanté début septembre, où les trèfles ont peiné à germer (sec) et maintenant que l'humidité (je ne peux pas dire: la pluie...) revient avec du froid et la baisse de la durée du jour, ils ne se développent pas suffisament. En général, je suis en dessous de 60 kg d'avoine par hectare, mais jusqu'à présent j'allais chercher cette avoine chez un voisin; l'année prochaine j'en aurai récolté pour moi et je pourrai densifier cela. Je précise aussi que je ne suis pas équipé de semoir "direct" et je sème cela à la volée à l'épandeur à engrais, puis je recouvre cela à la herse droite. Ce qui veut dire que la surface doit avoir été travaillée un peu pour que la herse puisse faire quelque chose. Pour cette cause-là je recherche des semences pas chère et autochtones (c'est à dire: pouvant facilement être produites ici).
3r3e
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Patrice Brachet
Il y a 12 jours
A3R3e : vous savez je suis un passionné et surtout pas un expert :si vous permettez j aimerait vous donner 2 ou 3 conseil et ils valent ce qu il valent ; 1 essayer de récupérer du bois plaquette ou mieux des vieux débris végétaux ; épandez 20 tonnes hectares cela va aéré le sol ensuite semez un méteil 60 kg avoine 25 kg pois 15 kg vesce 5 kg de trèfle squarosum et 2kg de trèfle Michelli Récoltez et prenez un outil à dents et déchaumez a 15cm ensuite préparez votre lit de semis normalement et cela pendant plusieurs années ensuite doucement vous évoluerez et commencez toujours par une partie de vos champs et comparez bonne aventure
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3r3e
Il y a 13 jours
Oui, chez moi on peut labourer facilement: bonne profondeur de sol sans cailloux.
Je l'ai dit (mais peut-être pas suffisament clairement), j'ai essayé d'arrêter le labour, mais ma surface étant limitée, il m'a fallu acheter de la nourriture pour mes animaux au lieu de la produire chez moi alors que le potentiel du sol le permet... Aujourd'hui, j'ai repris le labour en le faisant remonter PROGRESSIVEMENT, mais je recherche la couverture intelligente de l'interculture entre le blé et le maïs (soit dérobées-fourrage, soit couvert à destination de la faune du sol). Il n'empêche que les engrais de ferme s'épandent au printemps, donc à une période de fragilité, il me faut donc travailler le sol quand même. Par dessus tout les sols qui composent ma ferme sont des limons battants sur argiles à silex et sont de couleur claire ("les champs blancs"): réchauffement difficile au printemps ! Ma recherche porte surtout sur la composition des mélanges que j'emploie pour mes dérobées et couverts, et je considère que chacun doit faire son chemin dans ce domaine en fonction de ses propres contraintes et surtout d'éviter le "copier-coller". Quand j'aurais fini cette recherche, alors, peut-être j'abandonnerai la charrue. Mais ce n'est pas pour demain. Et en aucun cas l'abandon de la charrue doit être un préalable à la réflexion sur la vie du deuxième cheptel dont il faut s'occuper!
Ceci dit, ce sont mes conclusions, avec mes contraintes, et loin de moi l'idée de les imposer aux autres. Petite remarque quand même: "si la charrue avait été si mauvaise, pourquoi diable nos prédécesseurs l'ont-ils gardé depuis tout ce temps?"
Cordialement 3r3e
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agregat
Il y a 13 jours
Vous avez raison 3r3e, nous avons abandonné la charrue par mode..cela a rempli les poches des vendeurs de ferraille. je n'ai jamais conseillé abandonner la charrue, elle a encore sa place. L'erreur est que de 70 cv on est passé à 150 et que dans les années 90-2000 on est passé de 18-20 cm de labour à 30 cm, belle gaffe qui semblait évidente. la changement à 180 degré n'a pas enrichi nos paysans et si Jean Marc, vous avez réussi ,c'set que les autres ont été mal orientés. Trop de techniciens et de conseils qui se contredisent. QUI A RAISON, il faudrait peut être s'arrêter et réfléchir plutôt que rester dans cette course folle à pognon sans jamais véritablement en gagner..
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Patrice Brachet
Il y a 13 jours
À nos deux collègues qui ne peuvent se passer du labour je les comprends :passer du labour au simplifié voir direct cela se fait dans le temps et jamais sur un coup de tête sinon pas terrible Er c est pour cela que beaucoup de collègues ont peur de franchir le pas :déjà il faut un bon précédent pour démarrer et pas trop de vivaces ( donc les avoir gérés avant)ensuite ne pas y aller trop mouillé et même pour récolter ! Par la suite vos sols auront une meilleure portance mais il faut démarrer ( 1997 pour ma part)
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steph72
Il y a 13 jours
Si tu peux labourer tant mieux,chez nous les pointes de charrue font 15 ha et le labour fait remonter les cailloux.


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3r3e
Il y a 13 jours
Que faire de plus quand les mesures prises pour réduire les GES l'ont été depuis longtemps...? Sauf que je n'ai pas envie de supprimer le labour: j'ai essayé et arrêté parce que je ne savais pas si j'allais pouvoir donner à manger à mes vaches pour l'année. Pour mon cas, supprimer le labour revient à diminuer l'indépendance fourragère du troupeau ! Ce n'est pas le but recherché !!! Ce qui n'empêche en rien de se pencher sur la vie du sol et son alimentation ( c'est d'ailleurs le seul moyen connu pour faire vivre une population animale)
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Patrice Brachet
Il y a 16 jours
Je vais m expliquer et m excuser à mes collègues bretons : le Cniel son système est pas adapté aux sud : luzerne au delà de 12 tonne de rendement on ne prend plus ; maïs au delà de 14 tonnes on prend plus, Les méteil en dérobé on prend pas et toutes les dérobées en général c est pour cela que je dis que c est pour des bretons vous avez l herbe toute l année en général et nous à partir de mai c est fini. c est pourquoi nous avons cette panoplie d aliment de remplacement
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Patrice Brachet
Il y a 16 jours
Effectivement Titian c est pourquoi j ai dit que le Cniel n est pas le meilleur et les données sont celles de Savencia et l Iad qui sont quasiment identiques toutes les deux j espère pas vexer en disant que le Cniel a été fait par une bretonne (Catherine) pour des bretons
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titian
Il y a 16 jours
Attention Patrice le niveau de productivité et de longévité à une incidence sur le nombre de rumen nécessaire à produire du lait, donc il y a aussi dilution de GES au litre.
Autre chose le cap2'air ne prend pas en compte la séquestration carbone par le semis direct sous couvert, et pas vraiment par les haies.
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