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Filière laitièrePâturage, non OGM et autres démarches : vers quel standard demain ?

| par | Terre-net Média

Pour mieux valoriser les produits mais aussi pour répondre à la demande des consommateurs, de nombreuses démarches de segmentation ont vu le jour en filière laitière. Filière non OGM, lait de pâturage, démarches solidaires et/ou territoriales... : où en est-on aujourd'hui et vers quoi allons-nous, surtout depuis la crise sanitaire ? Éléments de réponses du Cniel et de l'Idele.

Démarches de segmentation en laitLes démarches de segmentation se multiplient dans la filière laitière. Si certaines se dessinaient comme l'avenir, la crise du Covid-19 pourrait bien bouleverser les choses. (©Terre-net Média/CC)

Consommer plus responsable : voilà la tendance actuelle. Mais cela passe par différents aspects, notamment l'anti-gaspillage, le local, l'environnement, le bien-être animal ou encore l'équitable. Du côté de la filière laitière, les démarches de segmentation se multiplient ces dernières années. Lait de pâturage, alimentation non OGM, lait sans antibiotiques, bas carbone, démarche territoriale ou encore solidaire...

À l'occasion de l'évènement Grand angle lait organisé par l'Institut de l'élevage, Benoît Rouyer du Cniel et Benoit Rubin de l'Idele ont fait le point sur le sujet.

De grandes disparités entre les démarches actuelles

Depuis 2017, les démarches territoriales et/ou solidaires pour une juste répartition de la valeur se sont amplifiées. « Elles sont soit portées par des collectifs d'éleveurs, soit par les distributeurs, explique Benoît Rouyer. Il y a en revanche de fortes disparités dans le développement de ces démarches. On a tous en tête par exemple "C'est qui le patron ?!" qui s'est fortement développée et représente aujourd'hui près de 40 millions de litres de lait liquide, mais la plupart des autres démarches sont bien plus restreintes, avec des volumes de ventes de l'ordre de 1 à 8 Ml de lait par an. »

Vers des standards lait de pâturage et non-OGM en lieu et place du lait conventionnel ?

« Concernant le lait de pâturage, les Pays-bas ont été les précurseurs et aujourd'hui, 80 % des exploitations du pays suivent le même cahier des charges (120 jours de pâturage par an). » Benoît Rouyer explique en revanche qu'en France, l'offre « lait de pâturage » qui se développe est souvent combinée avec des engagements d'alimentation non-OGM. De plus, le cahier des charges varie d'une laiterie à une autre.

Concernant le « sans OGM », c'est en Autriche que la filière s'est montée : « c'est devenu la norme pour l'intégralité du lait produit dans le pays depuis 2011. » En Allemagne, la démarche s'est également généralisée et elle est devenue un standard : « elle représentait 3 % du lait total du pays en 2011 et a grimpé à 61 % en 2019. Certaines laiteries ne font même plus de lait conventionnel », explique l'expert.

En France, des opérateurs mettent en place des collectes de lait non OGM et certaines laiteries comme Ermitage, Alsace lait, Pamplie ou encore ULM ont basculé dans le non-OGM pour l'ensemble de leur collecte. « En termes de rémunération, les primes varient entre 10 et 15 €/1000 l pour l'alimentation non OGM. Il y a aussi des engagements basés sur un prix de base garanti. »

Des incertitudes du côté des consommateurs depuis la crise...

« Selon un récent sondage Ipsos, les consommateurs sont d'accord pour payer 10 à 20 % plus cher pour des produits locaux. Les intentions sont donc là mais dans le  même temps, on remarque que les français surveillent de près leurs dépenses. Un sondage réalisé pendant la crise sanitaire révèlent que 46 % des français pensent que leur situation économique sera dégradée à 1 an (sondage Nielsen, avril 2020). Face à ça, on ne sait pas très bien quel sera l'équilibre », commente Benoît Rouyer.

Vers une crise économique sans précédent, quelle place pour les démarches de segmentation ?Le confinement et ses impacts économiques ont d'ailleurs totalement perturbé la donne. « On s'attend à un recul de 7 à 9 % du PIB prévu en 2020, ce qui nous amène à se questionner sur la pérennité de toutes ces démarches... », confie-t-il.

Retrouvez la dernière conjoncture laitière > Juillet 2020 : un avenir moins tourmenté en perspective

... Mais aussi du côté des acteurs de la filière

Pour compléter, Benoit Rubin de l'Idele ajoute : « Concernant les démarches en place (non OGM, pâturage, bien-être animal, local, etc.), on remarque une fourchette de prix très étendue du lait UHT en magasin. Et le plus frappant c'est qu'il n'y a pas de lien entre le cahier des charges et les prix. »

L'expert a conduit une étude sur les stratégies développées par les acteurs de la filière laitière pour mieux valoriser le lait de consommation. Et elle a révélé un autre élément important : les différents acteurs (producteurs, transformateurs, distributeurs et consommateurs) ne se positionnent pas tous sur les mêmes objectifs ; les démarches ne se mettent pas toutes en place de la même façon. « Concernant la rémunération des éleveurs par exemple, on se rend compte que cet aspect n'est pas l'affaire de tous. Pour la filière "C'est qui le patron ?!", ce critère est porté à parts égales par les 4 acteurs. À l'inverse, pour "mon BB lait" (filière portée par l'association de producteurs Bel Ouest), on voit bien que la réflexion est principalement portée par les producteurs et le transformateur. Le consommateur et le distributeur n'ont pas été associés à la démarche. »

Côté communication auprès des consommateurs, même constat : il y a différents niveaux de précision et l'expert fait remarquer : « Le rayon lait en magasin est aujourd'hui très étendu. Il est donc important d'informer le consommateur pour l'orienter au mieux dans son achat. »

Pour revenir à la question du prix, l'étude montre qu'il est difficile d'établir une relation entre le produit et son prix. Il reste alors tout un travail d'investigation à faire là-dessus. Quant à la négociation de la valeur du produit en lui-même, Benoit Rubin insiste : « Les éleveurs doivent absolument être impliqués dans la négociation ! »


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DÉJÀ 10 RÉACTIONS


galopin
Il y a 101 jours
mon lait bio est payé plus de 700 euros tone , mais je ne produit pas + de 6000 litre par vache et 1600 litre a l'ha , si tout le monde ferait comme moi , on pourrait faire monter le prix , mais des que le prix monte , tout le monde produit trop et le prix baisse , vous n'avez encore pas compris cela en 50 ans a produire plus ???
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Serge
Il y a 114 jours
Au sein de ma laiterie on a mis au point des tournées de ramassage pour le lait de pâturage N-Ogm. Et sans rien changer ou presque rien on touche 13€ de plus. Certains collecteurs règles 20€ de plus.
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jersiaise
Il y a 115 jours
Bah encore une ânerie de plus déjà il y a du lait bio collecté avec le conventionnel il ne passera pas une citerne lait pâturage non OGM
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Jmb67
Il y a 115 jours
Plus il y aura de sorte de lait, moins il y aura de prix
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Jonathan
Il y a 115 jours
Lait sans OGM 10€/ 1000l pour l'éleveur !!!!! La bonne affaire pour la laiterie.
Si tu n'achète pas d'aliment ok, mais sinon même pas la peine !!!
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gillesdu01
Il y a 115 jours
En conventionnel sont nos acheteurs qui gèrent l'offre .. donc se sont eux qui qui décident ce qu'il faut produire et à quel prix ... la covid sera un argument de poids pour la suite , on connaît les discours .....
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steph72
Il y a 115 jours
fabien53
L'herbe dans le 53 ,ça fait longtemps qu'il y en a plus comme par chez nous ,à moins que soit dans une zone favorable du secteur ernee,mayenne,ambrières;
En ce moment c'est plus du parcours que du paturage et s'il vient pas d'eau c'est pas près de redemarrer,encore une année merdique..
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fabien53
Il y a 115 jours
Je suis en système paturage ce qui n'empêche pas d'avoir un peu de maïs ensilage.en ce moment elles en ont et les os ne sont pas visible.il faut arrêter de critiquer le paturage quand on ne sait pas le gérer.le paturage est très technique plus que de semer du maïs.par contre lais sans ogm c'est une fumisterie.ca ne vas pas redonner de la trésorerie aux agri
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Jacky
Il y a 115 jours
Faire du lait avec du pâturage en ce moment les mamelles ne doivent pas être tendu et les os doivent commencer à paraître.
rémunération: es ce que ce mot existe encore pour les éleveurs vaches laitières?
Sans ogm : pourquoi pas (colza et autres)
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Patrice brachet
Il y a 115 jours
Si je comprends bien en France rien n est clair et on traine les pieds La crise est qu un argument de plus Covid , sécheresse , augmentation des charges .... le cocktail pour un prix en berne.
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