Coûts de production laitièreLe « produire plus » et la robotisation ne sont pas des solutions à la crise

| par | Terre-net Média

Au regard de la forte dégradation des comptes des exploitations laitières, sortir de la crise par une augmentation des volumes ne semble pas un raisonnement économique pertinent. De même, la robotisation de la traite engendre plutôt une hausse des coûts de production qu'une baisse. Chiffres à l'appui, l'Institut de l'élevage rappelle qu'il faut « produire mieux avant de produire plus ».

Outre une plus difficile maîtrise de la qualité du lait, un robot engendre des coûts supérieurs à une traite manuelle.Outre une plus difficile maîtrise de la qualité du lait, un robot engendre des coûts supérieurs à une traite manuelle, selon les données de l'Institut de l'élevage et du réseau France conseil élevage. (©Terre-net Média)

Avec la crise qui bouscule le secteur laitier, l’endettement des exploitations laitières est de plus en plus inquiétant. Interrogés par les services de l’Institut de l’élevage, qui organisait mardi 12 avril 2016 son colloque annuel sur l’économie laitière, les principaux fournisseurs directs des agriculteurs « confirment la nette augmentation des encours ces derniers mois ». « De fait, ces fournisseurs deviennent des banquiers à la place du banquier », a commenté Benoît Rubin, chef de service Économie des exploitations à l’Institut de l’élevage.

Mais la crise laitière de ces 12 derniers mois n’est qu’un amplificateur de cette tendance. L’endettement des exploitations va de pair avec l’augmentation de leur taille et des volumes produits. Les données fournies par les réseaux d’élevage montrent que la hausse de la production dans la plupart des fermes laitières a un impact négatif sur leur niveau d’endettement.

« La part des exploitations ayant une trésorerie nette globale négative est passée de 24 % à 34 % entre 2007 et 2013 », explique Benoît Rubin. En suivant l’évolution d’une exploitation type de 72 ha, 405 000 pour 1,9 unité de main-d’œuvre, une hausse de 10 % de la production en six ans a engendré une baisse de 4,5 % du ratio EBE avant main-d’œuvre/produit. « L’agrandissement des exploitations a mis en tension les trésoreries », résume le spécialiste.

En fait, augmenter la production nécessite inévitablement des investissements. Or, lorsque les équipements et installations sont en grande partie amortis, le poids de ces investissements est souvent inférieur à 0,50 €/l. Des investissements neufs pour produire le lait supplémentaire peuvent peser bien au-delà de 1,30 €/l. « Avant de produire plus, il faut produire mieux ».

Le mauvais exemple du robot de traite

Lors de sa conférence annuelle sur l’économie laitière, Valérie Brocard et Jean-Louis Poulet, de l'Institut de l’élevage, se sont penché sur l’intérêt économique de la robotisation de la traite (1), avec Sébastien Guiocheau, de la Chambre régionale d'agriculture de Bretagne, et Thomas Huneau, de la chambre d'agriculture de Loire-Atlantique. Et force est de constater que l’installation d’un ou plusieurs robots de traite n’est pas sans effets sur les comptes d’exploitation. « Un robot coûte de l’ordre de 112 000 €, expliquent-ils. Mais il ne faut pas sous-estimer les coûts annexes. » Pour la mise en place d’une stalle dans un bâtiment existant, l’intégration au bâtiment et les équipements connexes peuvent s’élever facilement à plus de 40 000 €, auxquels il faut ajouter le prix des éventuelles options du robot.

En 2014, 4 400 élevages laitiers étaient robotisés

Selon une estimation à partir des vérifications des compteurs à lait, l’Institut de l’élevage estimait à 4 400 le nombre d’exploitations laitières équipées d’un ou plusieurs robots. Un total de 5 720 stalles robotisées serait en fonctionnement, soit en moyenne 1,3 stalle par exploitation.

Avec 69 vaches à traire en moyenne, les monostalles seraient saturées alors que les exploitations ayant deux robots ou plus sous-exploitent leurs installations (93 vaches en moyenne pour deux stalles, 145 vaches pour trois stalles et plus).

A l’usage, un robot augmenterait les coûts de production. Selon eux, la robotisation engendre des coûts de production supplémentaires de 21 à 29 € /1 000 l par rapport à une salle de traite non robotisée (hors rémunération de la main-d’œuvre). Même dans les exploitations de référence du réseau Inosys, considérées comme économiquement plus performantes que la moyenne, le surcoût d’un robot est de 10 €/ 1 000 l.

Avec un robot de traite, la production laitière par vache augmente. La consommation de concentrés par vache aussi ! En plus, avec une qualité du lait plus difficile à maîtriser, le lait est payé légèrement moins cher dans les exploitations robotisées par rapport aux autres.

Néanmoins, si la robotisation de la traite ne semble pas économiquement pertinente, les spécialistes reconnaissent au robot un intérêt certain en termes de conditions de travail. « C’est sûr, un robot réduit la pénibilité du travail et permet de dégager deux à trois heures par jour. » Chez nos voisins européens, la logique de robotisation est, selon eux, souvent différente : « de nombreux agriculteurs investissent dans un robot surtout pour le confort de travail, pour la deuxième partie de leur carrière, à un  moment où l’exploitation a un niveau d’endettement plus faible. Mais pas dans les premières années suivant l’installation. »

N.B : (1) "Robotisation de la traite: recommandations pour maîtriser les coûts", étude menée par Valérie Brocard et Jean-Louis Poulet (Institut de l'élevage), Sébastien Guiocheau (Chambre régionale d'agriculture de Bretagne) et Thomas Huneau (Chambre d'agriculture de Loire-Atlantique).

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DÉJÀ 4 RÉACTIONS


Robin des champs
Il y a 1295 jours
Produire plus pour compenser la baisse des prix, qui va encore baisser du fait que l'on produit plus . Le problème est pourtant simple .................et cela vaut pour toute les productions .
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Alain
Il y a 1296 jours
Il est complètement faux de dire que l'on perd la maîtrise qualité avec un robot.
Nombre d'utilisateurs VMS Delaval peuvent le confirmer.
Ils détectent même plus tôt qu'en salle de traite des problèmes cellules ou mammites.
Cordialement
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Malou01
Il y a 1045 jours
Tout à fait d accord plus de litrages ne veut pas dire plus de revenu
Nous avions 255000 de l maintenant 400000 nous vous investis 70 milles euros prêt un plus concentrés en plus plus d ensilage ect... Plus de travail
Finalement moins de revenus
A refaire et bien non
Nous avions un bâtiment fonctionnel et une très bonne qualité de travail
Voilà C est un constat
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bibi77
Il y a 1130 jours
on voit que se sont des salariés au 35 h qui font les études. et ne prennent pas en compte le bien être de l'éleveur de sa famille( pénibilité du travail, organisation du temps de travail) . a bon entendeur......
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