[Témoignage] Changement climatique« En privilégiant l'herbe et le méteil, notre EBE est resté le même »

| par Emilie Durand | Terre-net Média

Changement climatique rime aussi avec économie sur une exploitation, comme en témoigne Charlotte Kerglonou. Installée en Bretagne, en production laitière, cette éleveuse a fait évoluer fortement son système de production en quelques années.

Claire KerglonouCharlotte Kerglonou a revu son système fourrager en passant de 20 ha de maïs ensilage à 5 ha, tout en augmentant sa SAU de 15 ha. (©Gaec Breiz Uhel)

« Le changement climatique, il se voit déjà ! », lance Charlotte Kerglonou, éleveuse de 31 ans installée depuis 2011 en Ille-et-Vilaine en production laitière avec 50 vaches de race prim’holstein. 

À son installation, le Gaec Breiz Uhel comptait 43 ha dont 20 ha de maïs ensilage pour 420 000 litres de lait. Aujourd’hui, l’exploitation possède 15 ha de plus, soit 58 ha, mais a diminué d’autant sa surface en maïs (5 ha cultivé en 2018) pour privilégier l’herbe. « Nous faisons le même EBE qu’il y a deux ans avec 120 000 litres de lait en moins, relève Charlotte. Aujourd’hui, nous avons plus d’herbe et moins de frais de gasoil ! Nous sommes plus autonomes ».

Cette évolution du système de production n’a pas été si simple, comme le rapporte l’éleveuse, son conjoint étant très frileux à faire ce changement. « Nous cherchions plus d’autonomie. Le maïs, c’est facile, on le plante, il pousse ! Mais s’il y a une période de sécheresse, le rendement n’est pas au rendez-vous et cela pèse très lourd sur la production », continue-t-elle.

2015, une année charnière

La crise laitière de 2015 a été l’un des déclencheurs de cette évolution du système de production, mais pas que… « J’observe ces dernières années des étés très chauds et secs avec, à d’autres moments de l’année, de grosses quantités de pluie au point que nous ne pouvons pas sortir les vaches pendant plusieurs jours. Le sol met aussi plus de temps à être imprégné d’eau. L’eau coule mais ne reste pas. Et puis, nous pouvons faire rentrer les vaches en stabulation plus tard dans la saison pour l’hiver », explique Charlotte Kerglonou.

Elle a réintroduit le méteil et la luzerne déshydratée dans les rations de ses vaches, le pois et la féverole dans les prairies, replanté des haies pour optimiser le pâturage et limiter le ruissellement. Elle n’imagine pas encore changer la génétique de son troupeau pour aller vers une race plus rustique, contente des performances actuelles. « De toute façon, nous ne pouvons pas tout changer d’un coup ! », s’exclame-t-elle, annonçant cependant une volonté de s’engager en production biologique par la suite.

Ces modifications « n’ont rien coûté », estime-t-elle avant de conclure que « les paysans sont conscients du changement climatique mais il faut d’abord vivre ! » et de lancer un appel plus général, voire politique, pour que l’agriculteur « ne soit pas le seul à faire des choses » pour le climat.


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DÉJÀ 7 RÉACTIONS


Moty
Il y a 296 jours
Belle experience. Je pense également, que chacun doit adapter sa structure au contexte local pour aller vers plus d'autonomie. Mais il faut également pouvoir aller vers une diminution des charges matérielles. Dans les systèmes maïs ( techniquement trés performants ) on intégre pas suffisamment les charges matérielles et la surcharge de travail.
Il faudrait aussi être capable de produire moins les années fourragères moins favorables
Le petit éleveur Heureux
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Patrice Brachet
Il y a 307 jours
Chez nous on a beaucoup de chance les éleveurs qui arrêtent de mettent à planter :noyers,pruniers noisetiers et le malheur c est que toutes ces productions à haute valeur ajoutée voient leur prix fondre tout comme neige au soleil ( Le trot tue le cheval !)Point positif on a créé des forêts qui piègent le carbone ! La au moins la reconversion est réussie
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Maec
Il y a 306 jours
Par chez nous c'est les productions industrielles qui se développent à grande vitesse.
Grosse marge brute à l hectare.
La conséquence est que les prix des reprises flambes.
Le g n r ne doit pas être assez chère.
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steph72
Il y a 307 jours
On en revient toujours au meme si l'elevage rémunérait correctement le travail ,il n'y aurait pas autant à arréter l'elevage pour les cultures.
Par chez nous toutes les exploitations d'elevage sont repris pour faire des céréales.
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Maec
Il y a 307 jours
Je ne sais pas si tout les paysans sont conscients du changement climatique au vu du nombre de retournement de prairies et d arrachage de haies.
Si les politiques avaient la volonté de limiter les agrandissements , la biodiversitée serait préservée.
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titian
Il y a 307 jours
J'aime beaucoup son propos plein de bon sens : "ne pas changer tout d'un coup... Il faut d'abord vivre..."
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Taxi
Il y a 308 jours
Très belle initiative,un exemple supplémentaire à suivre.En phase avec son métier, réussite économique,écologique et societale.
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