Prospective laitière 2020Dans six ans, à quoi ressemblera la production laitière en Normandie ?

| par | Terre-net Média

A l'horizon 2020, la Normandie bénéficiera-t-elle d'une filière laitière dynamique ou au contraire d'un climat laitier morose infligé par une trop forte compétitivité internationale ? Le pôle "Economie et prospective" des Chambres d'agriculture tente d'y répondre à travers trois scénarii qui peuvent aisément s'extrapoler à la situation du grand Ouest.

vaches normandesEn 2020, la ferme normande moyenne devrait compter 72 vaches, soit 15 de plus qu'en 2012, pour une production de 535.000 litres (au lieu de 358.000 en 2012) avec des ateliers plus diversifiés (viande bovine, cultures de vente) afin de stabiliser les revenus des 2,12 Uth. (©Terre-net Média)

Létude prospective des Chambres d’agriculture de Normandie sur les élevages laitiers en 2020 s’organise à partir d’un scénario dit tendanciel, où toutes les tendances actuelles sont prolongées. A partir de cette situation, les chercheurs émettent un scénario optimiste basé sur la croissance du débouché européen, la vive croissance du débouché mondial et la modération du prix des cultures et, à l’inverse, un scénario pessimiste marqué, quant à lui, par le recul du débouché européen en produits laitiers.

fin des quotas : peu de changement

Dans son scénario principal, l’étude fait le postulat qu’en 2020, la Pac telle qu’elle a été arrêtée en 2013, n’a pas évolué en sept ans. Les quotas laitiers se sont éteints en 2015, et aucun autre système public de régulation de la production n’a été mis en place. Chaque laiterie régule son approvisionnement en fonction de ses débouchés, selon des modalités variables, notamment entre coopératives et transformateurs privés.

Le cadre environnemental et sociétal a peu évolué : les mesures contraignantes de réduction des gaz à effet de serre (quotas d’émission par exploitation par exemple) n’ont pas encore été prises en France. Tout comme la déclinaison française du plan Ecophyto fixée en 2009 : la France est encore bien loin de son objectif de baisse initiale de 50 % des traitements. Dans certaines zones normandes, la recherche de surfaces d’épandage des effluents d’élevage est devenue difficile et impose un surcoût important (dimensionnement des fosses). Cela n’a pas empêché ces territoires de rester globalement en dynamique de croissance de la production laitière : l’ambiance laitière dynamique a permis à  certains éleveurs, non limités par les surfaces d’épandage, de développer leur production de manière très importante. Néanmoins, l’opposition aux grands élevages industriels (500 vaches ou plus) est forte de la part de la société civile.

Prix du lait proche de son niveau en 2013

Les prix du lait en Europe ne sont pas tirés vers les mêmes sommets. Même si les marchés des poudres croissent sur le marché mondial, elles ne constituent qu’une part réduite des fabrications européennes. La majorité des débouchés sur l’Europe (fromages, desserts laitiers) souffre de la baisse de pouvoir d’achat des Européens, heureusement encore compensée par une petite hausse démographique. Au total, le prix du lait se situe en 2020 à un niveau proche de son niveau de 2013 en euros courants.

Les débouchés européens sembleraient plutôt stagnants : le pouvoir d’achat de la plupart des Européens a tiré vers le bas la gamme des produits achetés. Les produits chers sont les premiers à avoir trinqué, cassant la dynamique de développement des fromages haut de gamme comme le camembert, mais aussi des desserts lactés ou des produits de l’agriculture biologique. Au total, la demande adressée aux éleveurs normands (marché mondial + marché européen + transfert autres régions) a augmenté de 8 % entre 2012 et 2020.

Le prix de la viande bovine est orienté à la hausse, par rapport aux années 2010. La baisse du cheptel laitier en Europe a raréfié les veaux à engraisser. Certes, la viande rouge souffre aussi de la désaffection des Européens pour les produits chers (et la viande de veau au premier chef), mais le recul de la production et le manque de fournisseurs sur les marchés internationaux soutiennent les prix.

Agressivité de l’Irlande et des Pays-bas

Dans le scénario pessimiste, l’étude émet l‘hypothèse qu’après la sortie des quotas, certains pays européens se sont montrés très agressifs (Irlande, Pays-Bas..) contournant les réglementations environnementales et faisant fi des objectifs de réduction des gaz à effet de serre. Destinée dans un premier temps au marché mondial, cette production supplémentaire a été réorientée vers le marché européen, au vu de la concurrence effrénée qui règne sur ce marché international (euro trop fort face au dollar, et production laitière américaine soutenue via les assurances-revenus). Heureusement, l’Irlande et les Pays-Bas sont plutôt de petits pays, mais la croissance de leur production met en difficulté tout le marché européen. Au total, la demande adressée aux éleveurs normands (marché mondial + marché européen + transfert autres régions) est identique à celle de 2012. Et le prix du lait se situe en 2020 à un niveau 15 % inférieur à son niveau de 2013 (300 euros contre 350 euros).

Moins d’élevages mais avec plus de salariés

Du côté du nombre d’élevage, le scénario tendanciel table sur environ 7.200 élevages laitiers en Normandie en 2020, alors qu’ils étaient 12.200 en 2007 et 9.900 en 2012. Néanmoins, le recul de l’emploi en production laitière est moins rapide que celui du nombre d’élevages. De la ferme laitière à 1,77 Uth en 2000, on est passé à la ferme à 1,96 Uth en 2012 et à celle à 2,12 en 2020. Les exploitations laitières qui employaient 19.500 équivalents temps plein en 2012 n’en occupent plus que 15.200 en 2020. Compte tenu d’une hausse des débouchés de 8 % et d’un recul du nombre d’élevages, la production moyenne par élevage sera plus importante en 2020 qu’aujourd’hui : soit 535.000 litres par exploitation au lieu de 358.000 en 2012.

Le maïs augmente avec la taille des troupeaux

La taille moyenne du troupeau par exploitation a aussi poursuivi sa croissance : elle est passée de 57 vaches laitières en 2012, à 72 en 2020, soit la taille des troupeaux danois, britannique ou néerlandais en 2010. La production moyenne atteint 7.400 litres de lait vendu par vache, grâce aux progrès de la génétique et des techniques d’élevage. La part d’élevages normands en robot de traite passerait de 4 % en 2012 à 10 % en 2020. La taille croissante du troupeau laitier a encouragé la hausse de la part de maïs-ensilage dans les rations. Plusieurs facteurs poussent à cette hausse : des problèmes de mouvement des grands troupeaux sur les routes, la croissance du niveau de production des élevages, le progrès génétique sur le maïs par rapport aux prairies, etc. Certes, certaines exploitations sont gênées par la règle de maintien obligatoire des prairies permanentes édictée par Bruxelles. Ces éleveurs sont alors contraints de développer l’affouragement en vert, ou un atelier de viande bovine spécifiquement affecté à l’exploitation de ces prairies qui n’ont plus d’utilité dans l’atelier lait. D’ailleurs, les ateliers des exploitations seront sans doute plus diversifiés qu’actuellement (complémentarité lait/viande/cultures de vente).

73 % du revenu moyen des français

Au final, le rapport entre le revenu des éleveurs et le salaire moyen de l’ensemble de la société peut être un indicateur de l’attractivité du métier d’éleveur laitier. Ce rapport qui s’établissait à 73 % en 2010 en Basse-Normandie reste du même ordre en 2020. Dans le scénario pessimiste, ce rapport se détériore, alors que le revenu agricole s’approche de la parité avec les autres catégories professionnelles dans le scénario optimiste.

Dans ce scénario optimiste, boosté par une demande (marché mondial + marché européen + transfert autres régions) qui a augmenté de 16 % par rapport à 2012, la Normandie produirait alors 4,1 milliards de litres. Le prix du lait se situe en 2020 à un niveau 15 % supérieur à son niveau de 2013 (400 euros contre 350 euros courants). La diminution du nombre d’exploitations a ralenti sa baisse, cela a amené le nombre d’élevages à 7.800 en 2020, soit 21 % de moins qu’en 2012. De ce fait, le nombre d’actifs dans les fermes laitières a peu reculé : il est passé de 19.500 en 2012 à 17.100 en 2020 (- 12 % / 2012).

N.B : D'après Philippe Legrain - Pôle Economie & Prospective des Chambres d'agriculture de Normandie

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