Ensilage de luzerne Gonzague Jouzel ensile avec une remorque autochargeuse en Cuma

| par | Terre-net Média

L'ensilage de luzerne s'avère une technique de conservation moins onéreuse que l'enrubannage, et également plus souple et rapide à réaliser que le foin. Pour de petites surfaces, la remorque autochargeuse en Cuma fait ses preuves, comme en témoigne Gonzague Jouzel, éleveur laitier en Ille-et-Vilaine.

Ensilage luzerne Gonzague JouzelGonzague Jouzel ensile deux coupes de 9 ha de luzerne à l’autochargeuse. Chaque coupe est recouverte de drêches de blé. (©Terre-net Média)

« Faire du foin de luzerne est trop risqué en Bretagne. Je cultive cette plante depuis huit ans et je n’en ai fait que deux fois. Je préfère ensiler les deux premières coupes et enrubanner les deux suivantes », raconte Gonzague Jouzel, éleveur de 90 vaches laitières à Piré-sur-Seiche, à l’est de Rennes. L’exploitation du Bel Hêtre compte 9 ha de luzerne. A terme, l’éleveur souhaite doubler cette surface et supprimer le pâturage. En effet, faute de valorisation suffisante du pâturage, ses prairies produisent deux fois moins de fourrage (6-7 tMS/ha) que la luzerne (13 tMS/ha en quatre coupes). De plus, un hectare de luzerne est presque équivalent à un hectare de maïs à 15 tMS/ha de moyenne, « sachant qu’il nous est arrivé de prendre de sacrées claques en maïs, les années de sécheresse, et de produire autant d’Ufl/ha en luzerne qu’en maïs ».

La récolte et la conservation de la luzerne suscitent des interrogations, d’autant que de nombreuses références techniques sont obsolètes. Pour y remédier, le projet Luziva, piloté par Arvalis-Institut du végétal et la fédération des Cuma de l’Ouest, démarre ses recherches sur la récolte et la valorisation de la luzerne afin de donner des clés aux exploitations bretonnes et ligériennes.

Autochargeuse avec chauffeur

L’ensilage de luzerne avec une remorque autochargeuse semble attirer de plus en plus d’adeptes auprès des Cuma, où de nombreux éleveurs cherchent aussi à valoriser l’herbe et les couverts fourragers. « Le matériel peut être utilisé par l’adhérent de la Cuma avec son propre tracteur, ou en prestation complète avec chauffeur », précise Séverine Bourrin de la FRCuma Ouest. « Une bonne solution pour économiser sur les coûts de main d’œuvre est de s’organiser entre adhérents pour effectuer l’ensemble des chantiers d’ensilage collectivement. »

Certains s’équipent en individuel, notamment ceux pratiquant l’affouragement en vert. « Notre autochargeuse Claas de 40 m3 tourne une bonne partie de l’année, de mi-mars à novembre, avec tracteur et chauffeur », témoigne Martial Beasse, président de l’Inter-Cuma Haute Vilaine (35). « La qualité de coupe et le débit de chantier sont suffisants pour les surfaces de moins de 10 hectares. » Cet agriculteur l’utilise également pour réaliser son silo de luzerne pris en sandwich entre une couche de dactyle et une de ray-grass d’Italie.

Dès le mois de mai pour la première coupe, Gonzague Jouzel fait appel à la Cuma avec chauffeur pour la fauche à plat et pour la récolte de l’ensilage deux à trois jours plus tard. Cette prestation complète lui coûte 85 €/heure d’autochargeuse, auxquels il faut ajouter 83 € par remorque livrée. « C’est le même tarif que pour l’ensileuse automotrice, mais je pense qu’un prix de 60 € par remorque serait un peu plus raisonnable. » L’éleveur s’occupe lui-même du préfanage et de la confection du silo.

« Avec l’autochargeuse, on est un peu plus autonome que lorsqu’on fait appel à l’ensileuse, souvent moins disponible. » La vitesse de travail de l’autochargeuse, de l’ordre de 3 à 4 ha/heure en fonction du volume et de l’éloignement des parcelles, permet de boucler le chantier d’ensilage dans la demi-journée.

L‘autochargeuse en Cuma est facturée à l’heure et au nombre de remorques déposées au silo.L‘autochargeuse en Cuma est facturée à l’heure et au nombre de remorques déposées au silo. (©Terre-net Média)

Drêches de blé

« La luzerne ne me pose pas trop de problème d’organisation du travail, même si les récoltes peuvent intervenir en période de moisson ou d’ensilage de maïs. » Néanmoins, devoir bâcher et débâcher le silo entre chaque coupe reste une opération fastidieuse. Avant la récolte, Gonzague Jouzel commande un camion de drêche de brasserie ou de fibre de blé, issu de la fabrication d’éthanol, qu’il dispose sur chaque coupe de luzerne afin de tasser et améliorer la conservation. Ces coproduits représentent 20 % de la matière sèche du silo d'ensilage.

La valeur alimentaire prime sur le rendement. « Dans notre secteur, on recommande d’attendre environ 42 jours entre deux coupes, mais cela me parait beaucoup trop long. Je fauche entre 30 et 35 jours, mieux vaut que ce soit trop tôt que trop tard. » Il est indiqué de laisser fleurir au moins 10 % des bourgeons sur l’une des dernières coupes pour permettre aux plantes de reconstituer des réserves. Mais Gonzague Jouzel n’est pas convaincu, il estime qu’attendre la floraison dégrade trop à la qualité du fourrage : « je vise des coupes homogènes et riches en matière azotée, quitte à affecter légèrement la pérennité de la luzernière ».

Ensiler très sec

Gonzague Jouzel préfère ensiler sa luzerne très sec, entre 50 et 65 % de matière sèche, et prendre le risque de perdre quelques feuilles, riches en protéines. « Elle se conserve mieux ainsi. Je n’utilise pas de conservateur et plus la luzerne est sèche, moins le conservateur me semble efficace. » Afin d’éviter de perdre trop feuilles, il est également fortement conseillé de faner le matin avant que la rosée ne s’évapore. « Nous avons énormément de rosée par chez nous, souvent jusqu’à midi. Alors je fane une fois et j’andaine à J+2, en milieu de journée pour ne pas enfermer trop d’eau dans l’andain. D’autant que la luzerne humide a tendance à se plaquer au sol et il faut alors gratter fort avec le pick-up de l’autochargeuse ce qui augmente le risque de monter des cailloux, voire de la terre. »

Gonzague Jonzel choisit d’enrubanner la troisième et la quatrième coupe. « La luzerne se conserve très bien en enrubannage, mais il faut une enrubanneuse qui dépose la botte sur le flanc pour éviter qu’elle ne roule et se perfore. » Par ailleurs, mieux vaut éviter d’empiler les bottes pour ne pas les déformer et créer des plaques de moisissure blanche ou noire. Contrairement à l’ensilage, le risque avec l’enrubannage est de se retrouver avec des bottes non homogènes à intégrer dans la ration quotidienne.

Semis de printemps

La reine des légumineuses s’intègre parfaitement dans sa rotation avant un blé en semis direct et devrait faire gonfler un peu les aides Pac de l’exploitation. Gonzague Jouzel n’ajoute pas de graminées (dactyle ou brome) au semis pour éviter l’hétérogénéité entre les coupes, mais préfère introduire 3 kg de semences de trèfle afin de couvrir les zones plus humides et tassées.

La ration complète :

production moyenne de 35 kg de lait /VL
  • 8 kg MS ensilage de maïs plante entière
  • 6 kg MS ensilage de luzerne
  • 1,5 kg MS de fibre de blé (avec la luzerne)
  • 4 kg de maïs grain humide
  • 4,8 kg de tourteau de colza
  • 0,5 kg de paille
  • CMV + levures vivantes

Si l’implantation de la luzerne est plutôt recommandée en fin d’été, l’éleveur breton semble très satisfait de son semis au printemps dernier. Semé fin mars 2014, le premier ensilage a eu lieu fin juin et les 2 et 3e coupes furent superbes. « Au risque d’en faire hurler certains, j’ai remarqué que la luzerne valorise très bien le lisier de bovin, à raison de 30 m3 après la deuxième et la quatrième coupe. »

Pas d’économie de concentré

Concernant la ration de ses Prim’holsteins, l’éleveur introduit 6 kg de matière sèche de luzerne. « En dessous de 8 kg par vache, je pense qu’il est difficile d’espérer faire des économies réelles sur le correcteur azoté. Pour moi, la luzerne est d’abord un "aliment santé" qui apporte de la production laitière supplémentaire, quitte à diluer légèrement les taux. Les rations avec de la luzerne peuvent parfois être un peu pauvres en matière sèche, mais les vaches ne maigrissent pas, l’ensilage de luzerne ne semble pas trop encombrant et ne limite pas l’ingestion. »

Coût des chantiers de récolte de luzerne

D'après la Fédération des Cuma de l’Ouest / Fiche technique luzerne

 

Ensilage

automotrice

Enrubannage

monoballe

Foin             

Coût du matériel de récolte

Coût

Débit chantier

 

 

 

Faucheuse à disques 2,80 m

56 €/h

30 min/ha

28 €/ha

28 €/ha

28 €/ha

Faneuse 6 toupies

16 €/ha

20 min/ha

 

16 €/ha

32 €/ha

Andaineur classique (1 rotor)

17 €/ha

25 min/ha

 

17 €/ha

17 €/ha

Presse à balles rondes

60 €/ha

 

 

60 €/ha

60 €/ha

Ensilage (400 ch Pu 4,20 m)

250 €/h

20 min/ha

83 €/ha

 

 

Transport ensilage

60 €/h/rem

3 rem, 20 min/ha

60 €/ha

 

 

Transport manutention balles

 

 

 

35 €/ha

30 €/ha

Enrubannage monoballe

Dont film

4,70 €/botte

2,70 €/botte

20 balles/h

 

78,1 €/ha

 

Tassement silo

25 €/h

20 min/ha

8,3 €/ha

 

 

Bâche silo

 

 

20 €/ha

 

 

Coût total par hectare, hors main-d’œuvre

199,7 €/ha

234,1 €/ha

167 €/ha

Coût au kg de matière sèche, hors main-d’œuvre

0,044 €/Kg MS

0,052 €/Kg MS

0,037 €/Kg MS

 

Chantier

Temps de chantier

1,0 h/ha

3,6 h/ha

3,1 h/ha

Main-d’œuvre

Nombre de personnes

5

2

1

 

Temps passé

2,2 h/ha

4,3 h/ha

3,3 h/ha

Coût de la main-d’œuvre

12,2 €/h

 

26,4 €/h

51,9 €/h

39,7 €/h

Coût total avec main-d’œuvre

226,1 €/ha

285,9 €/ha

206,7 €/ha

Coût au kg de matière sèche avec main-d’œuvre

0,050 €/kg MS

0,064 €/kg MS

0,046 €/kg MS


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