Ensilage VS enrubannagePour la luzerne, quel mode de récolte humide choisir ?

| par | Terre-net Média

Enrubannage ou ensilage, lequel de ces modes de conservation humide choisir pour la luzerne ? Et comment réussir son chantier de récolte ? Taux de matière sèche, stade de récolte, matériel, et conservation : Anthony Uijttewaal d'Arvalis-Institut du végétal fait le point sur les facteurs clés de réussite pour l'ensilage et l'enrubannage de luzerne.

Fauche de luzernePour l'ensilage comme pour l'enrubannage, le taux de matière sèche de la luzerne a son importance pour la qualité nutritionnelle du fourrage et sa conservation. (©Terre-net Média)

Résistance à la sécheresse, fourrage riche en MAT, bon précédent cultural : la luzerne a de multiples atouts. En foin, enrubannée ou ensilée, les trois modes de récolte sont possibles.

Dans le cadre du projet 4AgeProd, Anthony Uijttewaal (ingénieur Arvalis) compare les deux modes de conservation sous forme humide.

Si c'est la conservation en foin qui vous intéresse, retrouvez tous les conseils dans l'article Maitriser la récolte du foin de luzerne

Le Stade de récolte : le critère qualité de l'ensilage de luzerne

En partenariat avec la FR Cuma de l'Ouest, Arvalis-Institut du végétal a suivi 62 chantiers d'ensilage de luzerne dans les Pays de la Loire et la Bretagne. « Les mesures nous ont montré que le fourrage vert était globalement de bonne qualité à l'entrée des silos (en moyenne : 19,4 % MAT et 0,8 UFL). Les variations sont surtout liées au stade de récolte car plus on avance dans le temps, plus la valeur alimentaire diminue », explique Anthony Uijttewaal.

Récolter au stade début bourgeonnement pour maximiser les valeurs alimentaires.Pour lui, l'objectif à avoir en tête est de récolter au stade début bourgeonnement. « Il n'y a pas d'effet notable de la période de fauche (matin, midi, après-midi ou soir) ni de la durée de préfanage au champ sur la composition chimique du fourrage. C'est surtout le stade qui a un impact : il y aura plus de sucres avec une coupe précoce », insiste-t-il.

Attention au fanage et à l'andainage pour la contamination butyrique

Quant au risque butyrique, le fanage et l'andainage apparaissent comme des pratiques à risque. « Le fait d'andainer augmente les risques de contamination, surtout avec un andaineur à soleil. Cependant, les risques liés au fanage et à l'andainage chutent dès qu'on dépasse les 30 % de MS. »

Le regroupement d'andains permet néanmoins d'augmenter le débit de chantier de 57 à 75 %, faisant ainsi chuter le coût de la récolte à l'ensileuse entre 8 et 16 €/t MS. « On est en moyenne à 45 €/t MS sans regroupement contre 37 €/t MS avec regroupement d'andain. De plus, cette méthode ne pénalise pas la qualité du fourrage, elle peut même l'améliorer (séchage à plat puis regroupement). »

De 26,8 à 144 €/t MS de coût de récolte à l'ensileuse (moyenne établie à 60,4 €/t MS) et de 17 à 70 €/t MS à l'autochargeuse (moyenne à 42,3 €/t MS).

Autre question qui se pose : faut-il récolter à l'ensileuse ou à l'autochargeuse ? Là aussi, l'expert détient les chiffres : « Le coût est moins élevé à l'autochargeuse : 42,3 €/t MS en moyenne contre 60,4 €/t MS à l'ensileuse mais le coût peut fortement varier à l'autochargeuse, tout dépend de l'exploitation (parcelles groupées et proches de la ferme, matériel de fauche, etc.). »

Au silo, l'ingénieur constate : « Le taux de matière sèche a des effets majeurs sur la préservation de la protéine (protéolyse) mais attention : à un % de MS élevé, le fourrage sera plus sensible à l'échauffement et il faudra ajuster l'avancement au front d'attaque du silo. »

Un effet majeur de La teneur en matière sèche sur la qualité de l'enrubannage de luzerne

Si l'ensilage est plutôt destiné aux grandes surfaces, l'enrubannage est bien adapté aux petites surfaces et pour gérer la luzerne en tant que fourrage d'appoint. Sur la station expérimentale de La Jaillière (44), Arvalis a mené deux essais sur les pertes au champ.

Viser 55-60 % de MS à la récolte pour une bonne conservation du fourrage enrubanné.Là aussi, comme pour l'ensilage, la teneur en matière sèche joue un rôle important : « Si nous n'avons pas constaté d'effet sur les pertes quantitatives au champ ou sur la composition chimique du fourrage, c'est au niveau de la conservation qu'elle a un impact. En effet, l'augmentation du taux de matière sèche inhibe en partie les réactions bio-chimiques comme la respiration ou la fermentation. Par rapport à un ensilage à 35 % MS, il faut plutôt viser 55 à 60 % MS. » Attention en revanche, au delà de 65-70 % MS, le risque de moisissures superficielles est accru.

Le type de presse et l'utilisation ou non d'un rotocut n'ont pas d'effet sur les pertes mécaniques ni sur les pertes en conservation.

Quant au pressage, les résultats montrent que le rotocut engendre un peu plus de pertes, bien qu'elles restent limitées. Même chose : les presses à chambre fixe occasionnent aussi un peu plus de pertes que celles à chambres variables. Dans tous les cas, le préfanage permet d'augmenter la densité des balles et ainsi réduire le coût du chantier. L'andainage doit par contre se faire sur un fourrage encore humide ou réhumidifié pour minimiser les pertes.

Attention aux perforations du film plastique ! Les balles sont à manipuler avec précaution.

Anthony Uijttewaal précise également : « En enrubannage, il faut prendre des précautions dans la manipulation des balles. Contrairement à ce qu'on peut croire, le risque de perforation du film plastique vient avant tout des chaumes rigides dans le champs lors de la dépose de la balle, et non pas du fourrage enrubanné. » Mieux vaut donc préférer un enrubannage sur le site de stockage que dans le champ.

Retrouvez le détail de tous les résultats d'essais dans le cahier du projet 4AgeProd dédié à la luzerne

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DÉJÀ 10 RÉACTIONS


titian
Il y a 25 jours
À l'image de nos Holstein, comme le sous entend Patrice je me demande là aussi si l'obsolescence programmé n'a pas été prioritairement sélectionné...
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Capitaine
Il y a 21 jours
Quand je vous dis que les agris courent comme des fous devant le climat, vos propos ne font qu’illustrer! Impeccable. Bons nombre vont quitter la profession à cause des sols de monoculture qui ne sont pas couverts pendant 6 mois après récolte. Et donc pertes en eaux de rétention et oligos non disponibles et azote lessivée ! Comment voulez-vous que les plantes puissent résister ?et de plus sous des extrêmes chaleurs de longues durées.
Le témoignage de cet éleveur de Haute Saône ce matin sur RTL avec ses 500 charolaises était l’exemple parfait ...Il transporte chaque jour 100000litres avec sa tonne à lisier pour abreuver ses bêtes qui sont sur un gazon jaune.
Pour le prix du lait je propose qu’on le règle à sa juste valeur lorsque l’on est vertueux dans ses pratiques. Sachez que le 09 juillet dernier la livraison record sur un seul et même bateau est entrée dans le port d’Amsterdam : un peu plus de 100000tonn de soja Brésilien !( à diviser par 28/30quîtaux/hectares). Cette marchandise à destination des élevages européens a véritablement un impact écolo-social.
S’il vous plaît Patrice ne vous trompez pas de cible. Merci
Et pendant ce temps la région Bretagne offre toujours des subventions publiques pour subventionner la construction de gigantesques poulaillers industriels dans le Morbihan....
Voyez vous la planète brûle... et bien c normal car les agris favorisent la déforestation en Amazonie pour nourrir les différents cheptels d’europe Pour exporter partout à travers le monde . On est pas au bout. Ce vat être long et douloureux !
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Patrice Brachet
Il y a 21 jours
Capitaine au risque de vous surprendre on prend 900/950 mm d eau en moyenne. Le problème c est assez saisonniè C est pour cela que je dis qu il faut des réserves. Pour info j ai une parcelle de pâture qui longe le maïs donc prends un peu d eau sur les bordures le trèfle hybride y est magnifique. Maintenant je vais vous parler de social : vu que cela pousse très facilement chez vous le lait devrait vous être payé de façon moindre et nous un peu mieux. Ceci au nom du carbone car faire rouler des camions..... et chez nous il y’a dégoût de la production a cause du prix et des frais engendré pour produire
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Capitaine
Il y a 22 jours
C’ Bien moi qui ai séjourné 8 jours l’an dernier sous la canicule en juillet à Sorges et visité vos 4 Périgords.
Vous demandez des variétés résistantes.... ok mais les oligos du sol ne peuvent être assimilables que sous conditions d’une pluviométrie admissible !
Moi je pratique le trèfle violet à merveille et les résultats sont là ! Si vous semez chez vous les mêmes variétés dans vos parcelles, je connais le résultat d’avance c’ est Mort ! Votre climat est tellement aride.
Y’a 30 ans dans mon secteur on recevait 1250mm de pluie et sur les 10 dernières années on est plutôt à 850/900.
Chez vous n’en parlons pas c’ la catastrophe ! Aucune plante ne peut résister.
Et depuis une quinzaine d’années les agriculteurs courent comme des fous en s’arrachant les cheveux rattrapés par le climat...
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steph72
Il y a 24 jours
La plante est capable d'accéder à tous les oligo éléments par son systeme racinaire.
Quand on améliore la vie du sol on améliore son systeme racinaire et la pas besoin d'apporter des oligo à la plante et à l'auge.
Patrice a raison..
Toujours faire dépenser de l'agriculteur alors qu'il a un prix de vente insuffisant
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Patrice Brachet
Il y a 24 jours
Radin ? C est pas un défaut ! Pour le reste j ai 62 ans je ne prétend pas tout savoir mais franchement avant de s interroger de la meilleure façon de récolter la luzerne trouvont une luzerne rustique. Chez nous c est capout !!!!! Il me semble ( si je me trompe vous m excusez par avance) que c est vous qui lors de vacances avait été surpris par l état de sécheresse de ma région. Lés luzerne c est dépassé ou alors en terre profonde relativement bien pourvue et quand même drainante. C est pas de la blague Et puis ces articles ou l on veut vous apprendre comme si vous n aviez jamais pratiqué lol Pour Titian 60/% de montbéliarde et c est toujours les prims qui partent les premières. Le hors sujet : je dis comment je vois les choses. Des fois je dis des c... mais c est la nature humaine
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Capitaine
Il y a 24 jours
Patrice,seriez pas du genre têtu ?
Quand on dépense pas 1€ pour son sol et ses plantes pas étonnant de ne pas recevoir 2,5€ en recette !
Où bien êtes vous aussi radin qu’un bio qui croit en sa formule au même titre qu’une religion ?
Tant qu’alimenter les commentaires avec les oligos à l’auge ... vous êtes Hors sujet !
Reprenez votre plume immédiatement !
L’artsicle expose de nombreuses révélations.
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Patrice Brachet
Il y a 25 jours
ACS 1997. Non cher collègue les semences sont trop poussées et le moindre stress..... Quand à ta théorie sur les oligo-éléments et macro cela fait 2 années que l on ne donne plus un gramme de complément minéral à nos laitières ( depuis on devrait avoir des soucis) Par contre j apporte des oligo-éléments et des algues à toutes mes plantes ( cela coûte moins cher que l achat minéraux ) ( j en ai même échangé à ce sujet avec le professeur Enjambert qui ne me donne pas tord ) Après chacun voit midi à sa porte mais pour la région je peux montrer nos maïs
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Capitaine
Il y a 25 jours
Le soucis tout simplement ne vient il pas des manques de rétention d’eau dans les sols en profondeur avec pertes d’oligos et macros éléments. Et alors ça s’adresse à la luzerne, au dactyle, aux brômes, sorghos, maiis, trêfles violets etcétéra etcétéra au bénéfice dès adventices qui ne plaisent sur ces mêmes parcelles !!! En gros nos sols faute de couverture permanente ne s’appauvrissent ils pas ???
Moi depuis mon passage en acs le bilan est sans appel : le chardon a reculé de 90%!
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Patrice Brachet
Il y a 25 jours
Avant de s interroger sur la façon et le mode d ensilage il sera judicieux de chercher des luzernes résistantes ; avant une luzerne on l implanté pour 5/6 ans maintenant c est 2/3 Aujourd’hui le moindre stress hydrique et elle n est pas mieux qu un dactyle. Avant on avait l Europe quelque soit la météo on avait de la luzerne c est comme le maïs on va trop loin et on fait des plantes trop fragiles. Autre exemple le sorgho : avant un coup d eau et c était une bombe aujourd’hui la bombe n a plus de vigueur !!! On vous répondra : la valeur est supérieure oui ok mais il faut que cela veuille naître et là.........
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