Ferme de TréveroS'installer grâce à la complémentarité productions animales/végétales

| par | Terre-net Média

Changer d'atelier pour reprendre des exploitations difficiles à transmettre sinon, c'est possible ! Benjamin Frezel et son associé Régis Durand, qui se sont installés sur une ferme laitière, ont arrêté le lait pour développer diverses productions animales et végétales. Ils souhaitaient que leur agrosystème, basé sur la complémentarité entre élevages et cultures, soit global, cohérent, autonome et résilient.

benjamin frezel et regis durand jeune agriculteur a la ferme de trevero L'objectif des producteurs : tirer parti des bénéfices que s'apportent mutuellement ces différentes espèces d'animaux et végétaux. (©Youtube)

Miser sur la complémentarité cultures/élevages : c'est ce qu'ont fait Benjamin Frezel et son associé Régis Durand lorsqu'ils se sont installés en 2018 sur la Ferme de Trévero à Sérent, dans le Morbihan. Les deux producteurs, de 28 et 31 ans, se sont rencontrés en 2014, partageant la même envie de créer un agrosystème global, cohérent, autonome et résilient. Le premier a suivi des études de paysagiste puis a bifurqué vers un BTSA en vue d'une future installation en agriculture. Le second a choisi de se reconvertir après avoir étudié et travaillé dans l'environnement. Deux années de recherche ont été nécessaires pour trouver une exploitation agricole en Bretagne. 

Supprimer l'atelier lait, puis diversifier les productions animales et végétales.

Cette structure conventionnelle de 75 ha de terres labourables, assez regroupées, avec des vaches laitières et des bovins viande leur plaît immédiatement. Pourtant, ils vont complètement la transformer en supprimant l'atelier lait et en diversifiant les productions animales et végétales avec des bœufs engraissés à l'herbe de 8 mois à 3 ans et des porcs plein air, de races locales, des poules pondeuses et 50 ha de cultures de vente destinées prioritairement à l'alimentation humaine (des céréales, notamment des variétés de blé panifiable et d'orge brassicole, des légumineuses telles que les lentilles et le pois chiche, des oléagineux, du colza et de la caméline entre autres pour produire de l'huile, et des légumes plein champ), le tout en agriculture biologique.

Découvrez, sur le même sujet, le reportage : M. Baudouin (79) − Les moutons reviennent sur les terres céréalières

« élevages et cultures : un ÉQUILIBRE VOIRE une SYNERGIE »

Leur objectif : tirer parti des bénéfices que s'apportent mutuellement ces différentes espèces d'animaux et végétaux, « à l'image de ce que faisaient nos grands-parents, parce que cela avait un sens, mais en l'adaptant à nos exigences actuelles, techniques, économiques et en termes de confort de travail », précisent-ils dans la vidéo ci-dessous publiée sur Youtube. Par exemple, une partie des plantes cultivées et certains sous-produits des cultures de vente, comme le son, servent à alimenter les bêtes. « L'élevage valorise tout ce que nous, humains, nous ne mangeons pas et ne sommes pas capables de digérer, insistent les producteurs. Notre système est basé sur l'équilibre, voire la synergie, entre productions animales et végétales. »

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La production fourragère, un intérêt pour les animaux et les cultures.

En plus de leur 10 ha de prairies permanentes, ils ont développé la production fourragère sur une quinzaine d'hectares en raison « de son intérêt agronomique et de sa valorisation possible par le troupeau ». Afin de « gérer les mauvaises herbes et de fertiliser le sol », ils réalisent selon les parcelles des rotations de 5 à 8 ans de cultures et de 3 à 4 ans de prairies. Sur les parcours des poules pondeuses, ils sèment des couverts « appétents et riches en protéines » (trèfle et chicorée) et ont planté des arbres fruitiers (les volailles mangent les insectes attirés par les pommiers, les pommes tombées au sol et les vers éventuellement à l'intérieur, ce qui fait baisser la pression parasitaire sur le verger qui, lui, les protège du soleil et des rapaces).

Dans le cadre de leur projet Agrinovent, qui sera détaillé dans un prochain article, deux étudiants, Hubert et Léa, partent depuis juin 2020 à la rencontre d'agriculteurs en quête d'autonomie, en vélo et bateau. Ils ont fait escale à la ferme de Trévero et publié cette vidéo sur Youtube, donnant d'autres infos sur cette exploitation : 

« Vivre de la ferme et la faire vivre »

Une exploitation ouverte à la société.

Quant aux porcs, ils sont nourris avec « ce qui leur tombe sous la main » : des œufs non commercialisables, des légumes de maraîchers voisins, du petit lait de collègues éleveurs, des résidus après récolte de parcelles de pommes de terre et quand c'est la saison, des châtaignes des bois de l'exploitation. Le but : « avoir le coût alimentaire le plus bas possible » pour « vivre de et sur la ferme en la faisant vivre ». En effet, Régis et Benjamin souhaitent que celle-ci soit ouverte au reste de la société, tout comme leur maison d'ailleurs où ils accueillent régulièrement des stagiaires et des woofers. Par ailleurs, ils font de la vente directe auprès des consommateurs et ont créé avec trois exploitations l'épicerie L'Escale paysanne à Malestroit, un village proche de Sérent (l'exploitation travaille aussi en circuits courts et en filière longue).

Les jeunes agriculteurs, qui accueillent le grand public, ont été mis à l'honneur via le concours Graines d'agriculteurs 2020.

Ils organisent également des camps et colonies de vacances en plein air et mettent une salle à disposition pour des événements tels que des formations par exemple. Car la ferme de Trévero vise à devenir un lieu où les agriculteurs se forment. Depuis un an, elle héberge l'antenne ouest de l'Atelier paysan, coopérative d’intérêt collectif accompagnant les exploitants dans l’adaptation, l'autoconstruction et la réparation de leur outil de travail (matériels, bâtiments). Celle-ci recense, conçoit et diffuse des technologies reproductibles et accessibles à tous, sans brevet, qui permettent à l'agriculture d'évoluer vers des modèles plus autonomes, économes et respectueux de l’environnement.

L'Atelier paysan propose désormais une formation spécifique pour les jeunes agriculteurs et les salariés agricoles :

Source : page Facebook de la ferme de Trévero

Un système gagnant... de deux concours

Le système de Benjamin et Régis a séduit le jury du concours "Se nourrir demain" d'Initiative France (réseau créé en 2013 fédérant 214 associations, réparties sur tout le territoire, qui financent et accompagnent les créateurs, repreneurs et développeurs d'entreprise dans leurs projets sociaux, sociétaux, territoriaux et environnementaux, en leur accordant notamment des prêts d'honneur, sans intérêts ni garanties) puisqu'ils ont gagné fin septembre 2020 le prix "initiative remarquable" dans la catégorie "ambition & territoires" de cette première édition, consacrée aux entrepreneurs engagés pour une alimentation durable (production, distribution). Comme les trois autres lauréats, ils ont reçu une dotation de 4 000 €. En 2019, les deux polyculteurs-éleveurs avaient aussi remporté le concours Fermes d'avenir et depuis, ils adhèrent à la charte de ce réseau spécialisé en agro-écologie.

Benjamin et Régis le reconnaissent volontiers : leur parcours à l'installation n'a pas toujours été simple, particulièrement sur les plans foncier, financier et administratif (voir les solutions trouvées dans l'encadré ci-dessous). Mais avec de la motivation et un projet bien préparé qui tient la route, il est possible d'y arriver. Parfois, pour faciliter des reprises d'exploitation qui s'avèrent délicates sinon, il ne faut pas avoir peur de modifier, même en profondeur, le système.

Dès maintenant, vous pouvez candidater pour l'appel à projets 2021 baptisé "Savoir faire demain" et axé sur le « Made in France » et les savoir-faire spécifiques. Plus d'infos sur www.initiative-france.fr/Initiative-Remarquable

« Ne pas monopoliser la capacité d'investissement en achetant le foncier » 

Pour pouvoir reprendre les terres, les bâtiments et la maison d'habitation, qui étaient entièrement en vente, Benjamin et Régis ont fait appel à la foncière Terre de Liens qui s'est portée acquéreuse de l'ensemble et leur prélève un loyer mensuel, avec l'engagement de ne pas revendre jusqu'à ce que les agriculteurs arrêtent leur activité. « Le montant d’emprunt nécessaire pour l’acquisition du foncier aurait monopolisé notre capacité d’investissement au détriment des investissements dits productifs : matériels, trésorerie, etc., expliquent-ils. Sans doute même qu’aucune banque ne nous aurait accompagnés sur un financement intégral de la ferme et de nos activités. »
En particulier, ils veulent « rompre avec la logique de capitalisation sur les outils de production ». « Quel est l’intérêt de capitaliser pendant toute sa carrière au détriment de ses revenus ? », se demandent-ils puisque « cela contraint, à la fin, à rechercher la valorisation maximale de son capital au détriment des repreneurs », c'est-à-dire « à vivre pauvre pour mourir riche ». Les producteurs estiment enfin que ne posséder ni les terres ni le bâti est « un gage d'égalité » chaque membre d'une société agricole et permet plus facilement l'entrée et la sortie d'associés.

Par ailleurs, ils ont bénéficié du fonds Brit (Bretagne reprise initiative transmission), qui collecte les aides régionales et qui leur a octroyé un prêt d’honneur de 50 000 € avec un différé de remboursement de trois ans. Lancé en 2016 et complémentaire aux aides à l'installation classiques, ce dispositif, qui ne s'adressait au départ qu'aux jeunes s'installant en bovins et porcins, a été étendu à d'autres productions depuis. 

Sources des informations : Initiative FranceTerre de Lienspage Facebook de la ferme de Trévero.


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