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[Space Web TV] MéthanisationA. Gilbert : « 2,6 millions d'euros pour garantir notre revenu »

| par | Terre-net Média

La méthanisation est un des sujets au coeur des thématiques du Space. Alors que beaucoup d'éleveurs s'interrogent sur la pratique, le GAEC du Champ Fleury fait figure de précurseur dans le domaine. Depuis un an, Arnaud, Jean-Christophe et Frank, les trois associés, injectent du méthane produit grâce au lisier des vaches. 2,6 millions d'euros investis pour garantir leur revenu après la suppression des quotas laitiers. Témoignage.

Petit regard dans le rétroviseur. 2012 : Arnaud et Jean-Christophe sont sur le point de s’associer avec leur oncle et tante sur l’exploitation. Pour cela, une mise aux normes est nécessaire. Avec Frank, le troisième associé de l’entreprise, ils mènent une réflexion pour préparer l’après-quotas. « Quitte à faire du béton, pourquoi ne pas repenser totalement les installations et étudier la faisabilité d’un méthaniseur ? », s’interrogent les trois hommes.

« La méthanisation, oui. Mais la cogénération impose de créer un atelier supplémentaire pour gérer la production de chaleur », raconte Arnaud. « La production annuelle de lait représente 1,6 million de litres, ce qui représente pas moins de 170 vaches à traire deux fois par jour. Et c’est sans compter les 270 ha de surface que nous cultivons. Inutile de se rajouter encore du travail. L’injection semble alors être la méthode la plus intéressante », ajoute-t-il.

Dès l’hiver suivant, la consommation en gaz de la commune de Liffré est évaluée par GRDF pour estimer quel volume de bio-méthane l’unité pourrait injecter dans le réseau. Résultat : 56 Nm3 (normaux mètres cubes). Selon les premières estimations, cela permettrait à peine d’amortir le coût du projet. En 2014, le volume de gaz consommé par la ville passe à 65 Nm3 et le projet démarre. « Nous avons pris beaucoup de contacts. Le maire de Liffré nous a appuyés, voyant immédiatement l’intérêt pour sa commune d’autoriser le méthaniseur », détaille l’éleveur.

Autosuffisant à 70 %

« La communication est essentielle. Il faut rassurer les voisins pour ne pas se créer des problèmes inutiles. Les gens veulent bien consommer du gaz vert, mais craignent les odeurs. Dans notre cas, il y en a déjà un peu avec le troupeau. Et de toute façon, le méthaniseur les absorbe », explique l’associé avec le sourire.

Côté intrants, l’exploitation est autosuffisante à 70 %. Lisier, fumier, et 70 ha d’intercultures (herbe, seigle …) alimentent le digesteur. Concernant l’installation, le choix de l’entreprise – Planet Biogaz – a été important pour les associés. « On ne s’improvise pas méthaniseur comme ça ! », s’exclame Arnaud. L’avantage avec Planet Biogaz, c’est qu’une biologiste nous assiste et affine la ration selon les matières disponibles. »

« Les 30 % d’intrants manquants, on me les amène. À partir du printemps, je récupère l’herbe de la tonte des pelouses de la commune de Liffré. Veolia m’apporte également le gazon récupéré à la déchetterie. Ils ont même sensibilisé les habitants pour qu’ils "trient" leurs déchets verts. Ceux qui amènent uniquement de l’herbe la stockent dans un caisson à part pour que j’en fasse du gaz », raconte le producteur. Les abattoirs BVA et la cidrerie Raison apportent aussi des déchets, par exemple le contenu des panses d’animaux ou le marc de pomme.

Un méthaniseur, c’est comme une vache ! 

La difficulté pour les éleveurs : réguler la production. « Le méthaniseur, c’est comme une vache. S’il faut moins de lait le samedi, il ne suffit pas de lui donner moins à manger la veille ! La production diminue seulement quatre ou cinq jours plus tard », constate Jean-Christophe. Un méthaniseur fonctionne de la même manière. L’inertie du système ne permet pas de réguler rapidement la production. « La qualité du gaz est contrôlée régulièrement par GRDF. Côté production, c’est simple. Mon contrat indique 70 Nm3. Si je produis plus, le prix du gaz devient dérisoire. Ce n’est pas rentable et en plus, si je dépasse mon quota trois mois de suite, le tarif baisse encore », déplore le producteur.

L’unité fonctionne depuis un an. Jean-Christophe manque donc de recul. « Je dépends entièrement de la consommation de Liffré. Difficile d’alimenter d’autres communes car le raccordement entre le poste d’injection et de distribution est à la charge du producteur. 150 €/m, je vous laisse calculer ! C’est d’ailleurs un point à prendre en compte dans le montage du projet », insiste-t-il.

2,6 millions d’euros d’installation

Pour financer cet investissement de 2,6 millions d’euros, mieux vaut avoir pris les devants et avoir un dossier bien ficelé. « Nous avons anticipé toutes les démarches. Ça a plu au banquier ! », précise Arnaud. Et d’ajouter qu'« il ne faut que la méthanisation soit la bouée de sauvetage de l’exploitation. L’atelier lait doit fonctionner correctement pour imaginer la suite ». L’installation d’Arnaud est la première à injecter le gaz dans le réseau GRDF. Il fait figure de précurseur et partage volontiers son expérience. Pour ceux d’entre vous qui seraient en réflexion, des visites d’exploitation sont fréquemment organisées au Gaec du Champ Fleury.

Les associés accueillent des élèves de lycée agricole et GRDF amène des promoteurs immobiliers pour les sensibiliser à l’utilisation du gaz, dans les systèmes de chauffage notamment. « Si tout le monde joue le jeu, le biogaz a de l’avenir », conclut Arnaud.

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