[Reportage] Gaec des 7 chemins1 600 euros les 1 000 litres de lait !

| par Cécile Julien | Terre-net Média

Les trois associés du Gaec des sept chemins « n'ont pas l'ambition de nourrir le monde mais leurs voisins ». C'est autour d'un projet de transformation laitière ancré dans l'économie locale et de la rencontre avec les Bretonnes Pie noir, petites vaches rustiques au lait si riche, que ces paysans de Loire-Atlantique ont trouvé leur voie qui les conduit jusqu'à Paris avec Fine l'égérie du salon de l'agriculture (Sia) 2017.

Fine au Gaec des Sept Chemins Cédric Briand et ses deux associés du Gaec des sept Chemins (44) emmèneront Fine à Paris fin février. C'est la première Bretonne Pie noir mascotte du salon de l'agriculture. (©Terre-net Média)  

Vidéo du salon de présentation de la ferme de #Fine

A peine 44 vaches, 110 000 litres de lait, 60 hectares, et trois associés qui en vivent correctement. Des chiffres qui détonnent dans le paysage agricole. Pourtant rien de farfelu au Gaec des sept chemins, qui a fait des choix atypiques certes mais assumés et raisonnés.

Le projet commence par la rencontre de Mathieu Hamon et de Cédric Briand. Le premier a repris en 1997 l’exploitation de ses parents à Plessé (44) entre Rennes et Nantes. Mathieu conserve les Prim’holsteins et convertit l’exploitation en agriculture biologique. Sur sa commune se tient la fête de la vache nantaise et des races locales, dont la fameuse Bretonne Pie noir. Mathieu Hamon, qui élève quelques vaches nantaises, est membre de l’association organisatrice. Il y rencontre Cédric Briand, qui était alors technicien à Bovins Croissance mais a envie de s’installer. La mayonnaise prend entre les deux compères.

Entre temps, Cédric Briand est devenu animateur d’un site touristique « Terre de lait ». « Je me suis rendu compte de la méconnaissance des gens sur leur alimentation et l’agriculture, se souvient l’éleveur. Je me suis dit, c’est ça que je veux faire : être agriculteur, proposer des produits de qualité à des consommateurs qui connaîtraient l’origine de ce qu’ils mangent ». Avec Mathieu, ils construisent un projet de vente directe en remplaçant les Holsteins par des Bretonnes Pie noir. « La Bretonne Pie noir était une race cohérente avec notre projet, estime Cédric. Elle est rustique, résistante. Son lait riche avec 46 g/l de TB, 34 g/l de TP est très fromageable et donne une réelle typicité aux produits laitiers ».

Cédric s’installe en 2006 et l’atelier de transformation laitière se met en place. Mais le travail dans la fromagerie est très gourmand en main d’œuvre. Un troisième associé les rejoint de 2005 à 2011. Puis Hervé Mérand s’associera au Gaec en 2014. Aujourd’hui les trois associés transforment et vendent en direct 100 000 litres, soit la quasi-totalité de leur production de leurs 44 petites vaches.

Un lait valorisé 1 600 €/1 000 litres

Au Gaec des sept chemins, une Bretonne ne produit que 3 200 litres par an, avec des fluctuations, en volume et en goût, selon le fourrage (herbe pâturée ou foin). De ce lait, les éleveurs tirent une gamme complète d’une quinzaine de produits, depuis la crème jusqu’à des tommes affinées de longs mois dans l’ancien cellier à cidre. Sans oublier le Gwell, ou « gros-lait », une spécialité finistérienne de lait fermenté typique des Bretonnes Pie noir. Les éleveurs de Bretonne Pie noir travaillent à créer un signe de qualité pour en préserver les caractéristiques et sécuriser le ferment naturel qui donne l’acidité particulière et les arômes lactiques à ce yaourt breton.

« Nous avons choisi d’aller sur des produits de qualité, quitte à en faire moins. Nous fixons nos prix en fonction de nos coûts de revient, sans se soucier du cours mondial du lait, affirme Cédric. En moyenne, notre litre de lait est valorisé au total à prés d'1,60 euro : 1,20 € de chiffre d'affaires direct en produits laitiers, le reste (0,40 €) via la vente des veaux de lait et les subventions. Je compte la valorisation du lait par les veaux, parce que ça fait du fromage en moins, et si nous ne les engraissions pas nous-mêmes, nous n'en tirerions aucun revenu. Un veau de Bretonne pèse 25 kg à la naissance, aucun marchand n'en veut. »

Le lait est transformé en une large gamme de produits Le lait est transformé en une large gamme de produits pour un chiffre d'affaires de l'ordre de plus de 1 200 € la tonne de lait. (©Terre-net Média) 

Avec un EBE 2016 de 79 000 euros et peu d'annuités, l’exploitation parvient à faire vivre trois éleveurs, qui s’organisent pour préserver l’équilibre entre le travail et leur vie familiale. « On se libère un mercredi sur trois, deux week-ends sur trois et cinq semaines de congés par an. C’est appréciable. On veut vivre de notre travail, sans se tuer à la tâche ».

En autonomie, pas en autarcie

Si ces chiffres peuvent faire rêver, se cache derrière un gros travail d’optimisation. Déjà tout ce qui est produit est valorisé : les mâles sont vendus en direct sous forme de veaux de lait ou de bœufs. Le petit lait sert à engraisser une dizaine de porcs Blanc de l’Ouest. La vente à la ferme représente 45 % du chiffre d’affaires avec des clients qui viennent d’une quinzaine de kilomètres à la ronde, celle via des Amap (association pour le maintien d’une agriculture paysanne) nantaises autant et 10 % des produits sont vendus à des restaurateurs. « S’en sortir économiquement et en termes de temps de travail quand on fait de la transformation, ça demande une grande organisation, prévient Cédric Briand. On s’est fait aider par une personne extérieure pour optimiser nos process ».

De même, si le coût de production reste contenu, c’est que toute l’alimentation est produite sur la ferme. En système tout herbe, sans ensilage ni tourteaux, les vaches passent 10 mois sur 12 dans les prairies permanentes. Pendant les deux mois d’hiver, elles restent dans la stabulation et sont nourries au foin, quitte à produire moins de lait. « Alors on fait moins de tommes, qui est notre forme de stockage », explique l’éleveur. Les associés ont mis le frein sur le matériel : le tracteur est d’occasion et beaucoup de travaux sont confiés à la Cuma. Même pour la reproduction, la Bretonne Pie noir est efficace, avec une moyenne de 1,3 paillette par gestation.

La ferme des sept chemins n’est pas pour autant une exploitation qui vit hors de son temps. « Notre ferme est autonome, ça ne veut pas dire qu’elle vit coupée de son environnement, bien au contraire, tient à préciser Cédric. On travaille en Cuma, avec le Contrôle laitier, nous sommes impliqués dans les organisations agricoles. Mais nous montrons aussi qu’il y a une diversité de modèles agricoles et que l’on peut vivre de la sauvegarde de la biodiversité. Nos Bretonnes Pie noir sont modernes car elles répondent aux attentes sociétales de produits locaux et typiques ».

Fine Bretonne Pie Noir Gaec des Sept Chemins Le système du Gaec des sept chemins est très économe : 10 mois de pâturage par an sur des prairies permanentes, du foin et un peu de mélange céréalier.  (©Terre-net Média)

Fine, première égérie du Salon

Fine fait la converture du Salon de l'agriculture 2017 Fine fait la couverture du Salon de l'agriculture 2017. (©Patrick André / Sia)

Elle se chauffe, au pâle soleil hivernal, profitant de la quiétude de sa stabulation avant les 10 jours d’agitation du salon de l’agriculture du 25 février au 5 mars 2017. Elle ? C’est Fine, Bretonne Pie noir, 450 kg, 1m15 au garrot et de belles cornes en lyre avec un cœur blanc sur son pelage jais. Une belle qui s’affiche fièrement sur tous les supports de communication du grand rendez-vous parisien. Un bel hommage rendu à une race locale qui revient de loin. Dans les années 70, ses effectifs sont au plus bas et la race est vouée à disparaître en 1980 si rien est fait. Heureusement, un petit groupe de passionnés épaulé par des scientifiques met sur pied un plan de sauvegarde de la race en 1976. Il n’en restait que 311 vaches il y a 40 ans, le cheptel est remonté à près de 2.500 vaches aujourd’hui, présentes chez 450 éleveurs dont 70 exploitations professionnelles vivent de cette race beurrière. La préservation des particularités de la race ne peut se faire sans un nécessaire brassage des gènes, via des plans d’accouplement pour limiter la consanguinité. Les éleveurs y sont aidés par l’organisme de sélection (OS) Union Bretonne Pie noir et Evolution. La coopérative d’insémination rentre des taureaux en station, stocke leurs paillettes pour conserver la diversité au-delà de la vie du taureau et en assure la diffusion via des inséminateurs. Aujourd’hui, 43 taureaux sont disponibles.

N.B : Article paru le 3 février 2017 sous le titre "[Reportage] Fine, égérie du Salon - Au Gaec des 7 chemins, la Bretonne Pie noir marche sur la voie de la rentabilité", remis en avant à l'occasion du Salon de l'agriculture qui ouvre le 25 février 2017.

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DÉJÀ 4 RÉACTIONS


prudence
Il y a 139 jours
à croire que nos décideurs sont aveugles et qu'ils ne suivent que la dictature des constructeurs de salles de traite ou fabriquant de robots.
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titian
Il y a 144 jours
C'est triste Prudence, mais c'est même pas certain que ça fasse baisser le chômage avec moins de gens en amont et aval.
Ce qu'il te faut aussi comprendre, c'est que la poursuite de la restructuration des élevages emmène aussi de la croissance sur le dos des cadavres.
Jusqu'à quand ? Après il sera trop tard, finalement elle est bien là, la question à poser d'urgence à nos décideurs.
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prudence
Il y a 144 jours
qui sera le ministre qui comprendra que c'est que ce genre d'exploitation qu'il faut préserver absolument pour faire baisser le chomage .


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agri 80
Il y a 146 jours
79000 euros d ebe moins 20 a 25 000 euros d annuités (un labo de transfo et son matériel coute cher) soit 60 000 euros a ce partager trois : 20 000 euros
moins les impots , il reste pas grand chose .
oups , heureusement il y a 80 000 euros de liquide encaissé
a quand une autorisation de l'etat pour faire du noir afin que nous ayons tous une petite ferme viable?
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