Campagnol terrestreLa lutte intégrée pour que la prairie ne soit pas le garde-manger du rat taupier

| par | Terre-net Média

Le campagnol terrestre dévore chaque année près de 10.000 hectares de prairie, notamment dans l'est de la France où les pullulations cycliques du rongeur menacent les systèmes d'élevage basés sur l'herbe. Complémentaire à la lutte chimique, la lutte intégrée offre des outils de gestion pour que ces prairies ne deviennent pas le garde-manger des campagnols.

Carte de France du Campagnol terrestreLes pullulations de campagnols terrestres ont débuté en Franche-Comté et en Auvergne. Elles touchent désormais d'autres régions plus ou moins régulièrement. (©Afpf / Couval - Truchetet - Chaval) 

Le campagnol terrestre, ou rat taupier, est inféodé aux zones herbagères de moyenne altitude (Franche-Comté, Massif Central, Massif Alpin, Pyrénées, Ardennes,…), contrairement à son cousin des champs qui préfère les cultures. Le petit rongeur gagne du terrain sur les plaines. Les éleveurs bourguignons ou du Nord ont récemment dû faire face à des pullulations inhabituelles.

Un seul couple d’Arvicola terrestris peut donner naissance à 150 campagnols en moins d’un an s’il trouve le gîte et le couvert dans une prairie naturelle, à l’abri des prédateurs et de la bromadiolone, seul anticoagulant chimique disponible pour lutter contre les pullulations.

Des cycles de pullulations tous les six ans

En effet, après cinq à six années calmes et sans ravage, la population de campagnols peut soudainement passer de quelques individus à plus d’un millier de rongeurs par hectare, dévastant les prairies, avant de s’éteindre aussi subitement qu’ils sont apparus. « Les pullulations de campagnols sont multifactorielles et complexes à comprendre. Elles apparaissent dans quelques prairies et se déplacent comme une vague sur plusieurs centaines de kilomètres en quelques saisons », explique Patrice Giraudoux de l’Université de Franche-Comté.

 Lorsque la pullulation a démarré, c’est souvent trop tard pour sauver la prairie »

Et les dégâts causés par le "mulot" peuvent être considérables : « La chute de rendements sur les prairies peut impacter gravement le troupeau bovin en système tout herbe et la santé économique de l’exploitation », déplore Yves Michelin, chercheur à Vet-Agro Sup Clermont-Ferrand. « Le présence de terre dans les parcelles à cause des tumuli (taupinières) engendre des problème de butyriques et des risques sanitaires pour les éleveurs comme "la maladie du poumon du fermier" ou l'échinococcose alvéolaire. « Les pullulations engendrent un stress et un désarroi très important chez les éleveurs touchés, bien plus qu’une sécheresse par exemple », constate le chercheur auvergnat.

Pullulation de campagnolsLes pullulations de campagnols surviennent tous les 4 à 8 ans. La "fenêtre d'action" est très courte pour endiguer la reproduction du rat taupier.

Grandes prairies de fauche, un paradis pour campagnols

L’évolution de l’agriculture de moyenne montagne a été favorable au développement du campagnol : le remembrement des parcelles, suivi de l’arrêt de labour et des cultures de céréales remplacées par de la prairie permanente. « Ces milieux ouverts rendent la tâche difficile aux prédateurs et offrent un garde-manger idéal pour le rongeur. Le paradis pour lui, c’est la grande prairie de fauche, ensilée où les vaches ne pâturent jamais. »

« Lorsque la pullulation a démarré, c’est souvent trop tard pour sauver la prairie », assure Geoffroy Couval de l’Inra. De nombreux éleveurs et animaux non ciblés ont fait les frais de la lutte massive à coup de bromadiolone. « Cet anticoagulant s’accumule dans le foie des animaux de la chaîne alimentaire. Il nous est arrivé de retrouver des centaines de cadavres de sangliers, de renards et de rapaces suite à une lutte chimique mal raisonnée », regrette Denis Truchetet de la Draaf Franche-Comté et expert en vertébrés nuisibles. De plus, des gènes de résistance à la bromadiolone apparaissent dans la population de campagnols terrestres.

L’objectif est donc de passer de la lutte chimique à une lutte intégrée en utilisant la bromadiolone uniquement pour maintenir les populations de campagnols à un faible niveau. « Pour sortir des discussions de comptoirs et des polémiques autour du campagnol, il faut privilégier la gestion de l’herbe et des prairies. C’est avant tout un problème de concurrence pour la nourriture », explique Patrice Giraudoux de l’Université de Franche-Comté. La lutte intégrée contre le campagnol terrestre se gère à la source, c’est-à-dire en surveillant la prairie, la quantité d’herbe disponible et en distribuant des produits raticides avant que la population se multiplie.

« Mais il n’y a pas vraiment de "bonnes pratiques" », avoue Geoffroy Couval de l’Inra et de la Fredon Franche-Comté (Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles). « La lutte intégrée se conçoit sur le long terme en fonction de chaque écosystème. Nous avons mis au point une "boîte à outils" dans laquelle il faut piocher pour adapter les techniques et les pratiques d’exploitation à chaque contexte agricole. »

La boite à outils de la lutte intégrée

  • Piéger pour surveiller la densité de population de campagnols et traiter chimiquement à basse densité afin d’éviter les pullulations. Car ce n’est pas parce que l’on ne voit pas de campagnols, qu’il n’y en a pas.
  • Alterner fauche et pâturage : le piétinement détruit en partie les galeries et le pâturage ras favorise la prédation. A l’autonme, le pâturage en gazon court limitera le garde-manger du campagnol pour l’hiver.
  • Si possible, jouer sur la rotation (céréales, nouvelles prairies) et le travail du sol pour détruire les galeries. Raisonner la fertilisation et gérer la présence de rumex et pissenlits.
  • Favoriser la présence de multiples prédateurs (renards, buses, faucons, rapaces nocturnes, mustélidés,…) : haies, nichoirs, perchoirs, bosquets, arbres isolés,… Une pullulation de campagnols entraînera une croissance des populations de prédateurs spécialisés (renards, belettes,…), mais au moment du déclin brutal des campagnols, les prédateurs risquent de se tourner vers des proies non ciblées (grand tétra, perdrix, lièvres,…)
  • Limiter la présence de taupes, dont les galeries favorisent l’arrivée des campagnols.
Prairie dévastée par les campagnols à Fuans, dans le Doubs en sortie d'hiver 2004.Prairie dévastée par les campagnols à Fuans, dans le Doubs en sortie d'hiver 2004. (©Afpf)

Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

A lire également

   Rechercher plus d'article

DÉJÀ 3 RÉACTIONS


jaguar15
Il y a 1772 jours
le gazage au PH3 marche tres bien sur les taupes .
Pourquoi n'est il pas autorisé pour les rats taupiers ??
Répondre
taupier
Il y a 1772 jours
un site intéressant pour lutter contre les taupes

http://www.taupegreen.com
Répondre
Philippe
Il y a 1773 jours
@bonbledph via Twitter :
pas facile en effet @Min_Agriculture organise une journée d'infos sur le sujet en @regionpicardie le 9 mars !
Répondre