[Reportage] Gaec Voie lactée 3Sept associés et 180 vaches laitières pour un travail bien rodé

| par | Terre-net Média

Le jeudi 25 août 2016, les éleveurs de l'association Prim'holstein 53 organisent une journée portes ouvertes au Gaec Voie Lactée 3 (voir encadré ci-dessous). Découvrez un avant-goût de ce qui vous attend sur cette exploitation mayennaise de 7 associés, 180 vaches pour une production annuelle de 1,4 millions de litres de lait.

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Avec ses sept associés, le Gaec Voie Lactée 3 a l’allure d’une PME. Mais comment parvenir à s’organiser dans une telle entreprise où chacun doit rester son propre patron ? A Saint-Berthevin, près de Laval, tout commence chaque matin à 9h précises autour d’une tasse de café dans la salle de réunion. Après la traite, les sept associés se retrouvent pour discuter du programme de la journée et de la répartition des tâches.

Le Gaec Voie Lactée 3 a débuté en 1993 lorsque Gilbert Guérot et son épouse Viviane, s’associent avec Thierry Lenain. Leur fils, Fabrice Guérot, rejoint l’aventure en 2004. Il y a deux ans, sa compagne, Marietta Duvacher, quitte son métier de coiffeuse pour se former à l’agriculture et s’installer sur l’exploitation. En 2009, Hervé Mongazon, un voisin, se fait exproprier par la construction de la ligne à grande vitesse (LGV) qui traverse sa ferme. Il joint ses hectares à ceux du Gaec.

Thierry Veugeois était lui aussi installé en individuel à Saint-Berthevin et travaillait en entraide avec le Gaec pour les chantiers d’ensilage. Il s’est associé à l’équipe en 2014, apportant du lait et son site, où sont désormais élevées toutes les génisses jusqu’au vêlage. « J’en avais marre d’être tout seul, se souvient-il. Aujourd’hui vis-à-vis de la conjoncture c’est plus facile d’affronter ce coup dur à plusieurs. Moralement c’est moins dur qu’en individuel. Le Gaec m’a permis de retrouver du confort de travail avec une pause un week-end sur deux et quatre semaines de vacances par an. Ce n’est même pas imaginable lorsqu’on est seul. »

« On part en vacances l'esprit serein »

En effet, les associés tiennent un planning des permanences du week-end sur les trois prochains mois. Ils parviennent à prendre chacun une quinzaine de jours de congé en été et autant sur le reste de l’année. « En plus, on part en vacances l’esprit serein, parce qu’on fait totalement confiance à nos associés, fait remarquer Gilbert. Cela nous fait une vraie coupure, ce qui n’est pas toujours le cas lorsqu’on confie son troupeau au service de remplacement. »

Le Gaec compte 6 UTH à temps plein. Deux associés se consacrent majoritairement aux 350 hectares de cultures tandis que les cinq autres se destinent davantage au troupeau de 180 vaches et autant de génisses. Mais tout le monde participe à la traite, au moins les week-ends.

Pour fonctionner correctement, les associés ont adopté des règles et des horaires de travail. « Il faut tâcher de venir à l’heure à la traite, car les autres comptent sur nous, prévient Fabrice. Chaque journée est comptée ou décomptée des jours de congés. C’est sûr qu’on est plus contraint qu’en individuel, mais on est obligé de s’imposer des règles et de s’y tenir. » Cette organisation du travail permet aussi aux associés de disposer de temps pour s’impliquer à l’extérieur et de prendre des responsabilités au service de remplacement, à la coopérative de déshydratation, à la Maison familiale rurale, au comice agricole, dans les concours de jeunes… ou d’organiser les portes ouvertes de PH53.

Chacun a ses points forts, comme le bricolage, la gestion ou la génétique, la passion de Fabrice et Gilbert Guérot. Pour la « paperasse » aussi, chacun a ses responsabilités : Viviane pour la compta et la gestion, Hervé et Thierry pour les déclarations Pac, Marietta pour l’administratif, l’EDE ou les demandes de subventions… De même pour les achats de consommables (produits, engrais, phyto, IA,..), chaque associé gère son domaine et ils discutent ensemble lorsqu’il y a besoin de faire des achats plus conséquents. Côté matériel, le Gaec a quasiment « absorbé » la Cuma d’origine et il possède quasiment tout en propre, sauf pour les ensilages et les moissons où ils continuent de faire appel à une entreprise de travaux agricoles (ETA).

Roto extérieur 36 postes

Au fil des années le bâtiment a été allongé, rehaussé et agrandi à grand coup de remblais et de terrassement. Il compte désormais 150 mètres linéaires de cornadis et 200 logettes sur matelas (+1kg de paille/VL/J et asséchant), ainsi que cinq couloirs raclés couverts de tapis. Dernière construction en date : une fosse à lisier de 4000 m3 et 37 mètres de diamètre. Une telle capacité de stockage était nécessaire notamment à cause du roto de traite qui consomme et rejette près de 5m3 d’eau par jour. Les associés ont choisi de construire une rampe d’accès pour pouvoir descendre dans la fosse en tracteur afin de curer et mixer le lisier à l’aide d’un brasseur de 10 mètres de long.

Après des mois de travaux, le Gaec a achevé en 2014 la construction d’une salle de traite rotative GEA de 36 postes en traite extérieure. Les associés l’ont choisie avec toutes les options : alimentateur de concentré, griffe IQ sans bruit, bras posiforme, stimulation de la mamelle durant 10 secondes avant de traire, conductivité du lait par vache, écran tactile, et même indication sonore pour prévenir le trayeur lorsqu’une vache doit être traite au pot.

Pour gagner en confort de travail, une plateforme élévatrice s’adapte à la taille du trayeur. Le grand parc d’attente raclé est équipé d’un chien électrique à avancement proportionnel aux nombre de vaches passées au roto. Grâce à cela, deux personnes suffisent pour traire 130 vaches à l’heure le matin et 170 VL/h le soir. Depuis trente ans, l’élevage ne fait pas de trempage en fin de traite et parvient à conserver une moyenne cellulaire autour de 150 000 avec assez peu de mammites. En sortie de traite, les vaches passent par un pédiluve à mousse et deux portes de tri automatique qui peuvent diriger une vache vers la zone d’insémination ou la cage de parage (systématique au tarissement). Le tout est géré par le logiciel Dairy Plan de GEA.

Roto extérieur de 36 postes GEARoto extérieur de 36 postes GEA (©Terre-net Média) 

Marietta et Thierry ont rejoint le Gaec il y a deux ans.Marietta et Thierry ont rejoint le Gaec il y a deux ans. (©Terre-net Média) 

L'affouragement de luzerne en vert permet de se passer de concentré.L'affouragement de luzerne et RGA en vert permet de se passer de concentré. (©Terre-net Média)

Affouragement en vert de mars à novembre

Ration de printemps
11 kg MB d’ensilage de maïs
19 kg MB de ray-gras vert
19 kg MB de luzerne verte
0 kg de correcteur à l’auge
1 à 2 kg de Galatan au roto

Production  : 9 600 kg/VL
41g TB ; 33 g TP

Le troupeau est conduit en un seul lot avec une alimentation unique qui repose sur l’autonomie fourragère et protéique. Pour cela, les associés misent sur l’affouragement en vert. De mars à novembre, les éleveurs remplissent deux remorques d’autochargeuse (une Jeulin de 29 m3) ce qui prend environ 1h30 chaque jour. Si cela ne pose pas de problème en semaine, la récolte quotidienne devient un peu plus fastidieuse le week-end.

Ils commencent l’affouragement en mars par les RGI en dérobé, puis les prairies de RGA, auxquelles se joignent des luzernes durant l’été et du colza fourrager de septembre à novembre semé derrière les méteils destinés à nourrir les génisses. « Au printemps et en été, l’affouragement de RGA et de luzerne permet de diviser la consommation de maïs par deux et de se passer totalement de correcteur azoté dans la ration à l’auge, explique Gilbert Guérot. La luzerne fonctionne très bien en vert. Par contre, il faut faire attention à ne pas dépasser le stade bourgeonnement, sinon les vaches ne mangent plus les brins longs. »

Même avec l’affouragement en vert, ce grand troupeau sort pâturer une bonne partie de l’année sur les quelques prairies attenantes au bâtiment. Les génisses sont élevées en ration sèche l’hiver avec des bouchons de maïs déshydratés, du foin et du méteil. Elles sont au pâturage à la belle saison dès l’âge de six mois et l’insémination a généralement lieu dehors.

Du lait yoghourt aux veaux pour gagner du temps

L’effectif de vaches traites est variable dans l’année, les associés cherchant à bénéficier des primes de saisonnalité sur le lait d’été reversées par leur laiterie Bel. Les éleveurs prévoient les IA de sorte à ne pas avoir de vêlages entre Noël et février. Une coupure appréciable. Le cheptel varie de 130 vaches à la traite en hiver jusqu’à 190 durant l’été.

Près de 70 000 litres de lait sont nécessaires pour nourrir les veaux. Le Gaec est passé au « lait yoghourt » depuis une dizaine d’années et s’est équipé d’une pompe à lait pour envoyer directement le lait à cellules des bidons (sans antibiotique ni vermifuge) vers un local isolé situé dans la nurserie. Fabrice prépare quotidiennement deux cuves (une pour le soir l’autre pour le lendemain matin), il conserve 20 litres de fond de cuve et ajoute 2 yaourts pour 100 litres de lait afin de lancer la fermentation lactique. « Cette technique évite les diarrhées, ça marche bien. L’important pour parvenir à maîtriser le lait yoghourt, c’est de garder une température tempérée dans le local, en été comme en hiver », conseille Fabrice. Une cuve sur rail permet ensuite de distribuer ce lait fermenté dans des bacs à tétines à une quarantaine de veaux en moins de vingt minutes.  

Le lait yoghourt est distribué par une cuve sur rail dans des bacs à tétines.au Le lait yoghourt est distribué par une cuve sur rail dans des bacs à tétines. (©Terre-net Média) 

Le Gaec Voie Lactée 3 a vu naitre le taureau Efeb IsyLe Gaec Voie Lactée 3 a vu naître le taureau Efeb Isy (©Evolution/Meekma)

Génétique holstein de haut niveau

Le troupeau compte plus de la moitié de primipares. Avant la crise, le Gaec Voie Lactée 3 parvenait à vendre une soixantaine de vaches en lait par an. « Nous faisons tout naître et après, on choisit celles que l’on garde. Fabrice et moi sommes passionnés de génétique mais nous sommes d’abord des producteurs de lait. Nous recherchons des vaches rentables et efficaces à la traite, avec une bonne fertilité, peu de cellules, des belles mamelles, des bonnes pattes et des bassins corrects », précise Gilbert Guérot. Les éleveurs n’achètent pas de génisses ou d’embryons mais misent sur la voie mâle avec des achats de doses étrangères et des accouplements choisis dans le cadre du schéma de sélection XY Création d’Evolution. L’élevage a fait naître des taureaux reconnus comme Efeb Isy, Dauden Isy ou Inject Red et vend une vingtaine de taureaux pour la monte naturelle.

« Nous faisons génotyper une cinquantaine de génisses avec Evolution. La majeure partie du troupeau est plutôt inséminé en fonction de l’ISU, et environ ¼ est orienté morphologie et concours », complète Fabrice. L’ISU moyen du troupeau avoisine les 125 points avec une note globale de 83,8 en morphologie. Le Gaec Voie Lactée 3 compte d’ailleurs plusieurs vaches pointées Excellentes 90 points, dont une EX.96 en mamelle ! A découvrir sur le ring des portes ouvertes le 25 août 2016.

Porte ouverte le jeudi 25 août

Organisée tous les deux ans « par des éleveurs et pour des éleveurs », la 7ème porte ouverte de l’association PH 53 se tiendra à St Berthevin, près de Laval, en Mayenne, au carrefour de trois régions laitières : les Pays-de-Loire, la Bretagne et la Normandie.  Une soixantaine d’entreprises partenaires tiendront des animations autour de thématiques comme la traite, l’alimentation, la contention et les boiteries, l’équipement du bâtiment ou la génétique avec un ring de présentation d’animaux et un concours de jeunes présentateurs.
« C’est d’abord une rencontre d’éleveurs multi-races que nous souhaitons à la fois conviviale et professionnelle. Nous sommes une centaine d’éleveurs bénévoles et de techniciens pour organiser cet évènement », ajoute Nicolas Houdmon, président de PH53 qui espère accueillir 4 000 à 5 000 personnes au Gaec Voie Lactée 3 fin août.

Gaec Voie Lactée 3Venez rencontrer Thierry, Hervé, Gilbert, Thierry, Viviane, Marietta et Fabrice le 25 août.  (©Terre-net Média)


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DÉJÀ 6 RÉACTIONS


Balel
Il y a 1155 jours
Je ne sais pas si vous êtes producteurs, mais vos réactions sont symptomatiques de cette lacune récurrente en production laitière ...
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dd
Il y a 1158 jours
quelle modestie !
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campagne72
Il y a 1158 jours
nul
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balel
Il y a 1162 jours
C'est quand même dingue d'avoir un tel outil de traite et de ne pas savoir brancher une vache ...
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Roger Mathieu
Il y a 1170 jours
Magnifique ! Félicitations à vous.
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danseur
Il y a 1172 jours
un seul mot bravo!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
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