Dossier Retour au dossier Pâturage

Gaec de la Hutte au Gabelous (53)Pâturage et concentrés maison au menu d'un élevage robotisé

| par Nathalie Tiers | Terre-net Média

Équipés de robots de traite, Magali et Ludovic Foureau vont doubler la surface pâturée en 2018 et ajouter la féverole toastée aux autres aliments concentrés produits sur place.

En 2018, Magali et Ludovic Foureau vont passer de 20 à 35 ha de pâturage tournant dynamique autour de la stabulation.En 2018, Magali et Ludovic Foureau vont passer de 20 à 35 ha de pâturage tournant dynamique autour de la stabulation. (©Nathalie Tiers)

Après cinq années d’utilisation de leurs deux robots de traite pour 100 vaches laitières, Magali et Ludovic Foureau sont plutôt satisfaits. Certes, le téléphone est susceptible de biper à tout moment pour signaler un dysfonctionnement, mais le couple a quand même gagné en souplesse dans l’organisation du travail. Ce virage technologique sur l’exploitation n’a pas empêché les éleveurs de maintenir le pâturage, et même de le renforcer. L’opportunité de reprendre 30 ha de terres voisines va leur permettre de passer de 20 à 35 ha de prairies pâturées autour de la stabulation. « Nous avons commencé à mettre en place le pâturage tournant dynamique en 2017, mais il sera vraiment opérationnel en 2018 avec l’agrandissement, indique Ludovic. La pousse de l’herbe a été très belle cette année et nous avons pu fermer le silo d’ensilage de maïs pendant neuf semaines d’avril à juin. Les vaches ont reçu en complément du maïs épi humide et du foin. »

A terme, les prairies pâturées seront découpées en trente parcelles dans le but d’alterner des parcelles de jour et d'autres de nuit, et de changer de paddock tous les deux jours. La porte de tri à la sortie du bâtiment interdit le passage vers l’extérieur à toute vache n’ayant pas visité le robot.

Du maïs en bouchons comme concentré

Pour Ludovic et Magali, le développement du pâturage s’inscrit dans une stratégie d’amélioration de l’autonomie alimentaire. En 2012 déjà, ils ont implanté de la luzerne sur des terres éloignées pour la valoriser en ensilage, enrubannage et foin. Cela a remplacé les balles de luzerne déshydratée achetées auparavant. Ils cultivent aussi 3 ha de betterave fourragère depuis quatre ans : les racines très énergétiques sont ajoutées chaque matin par Ludovic à la ration d’ensilage de maïs distribuée par la Cuma. « Cela contribue au maintien de l’état des vaches et à leur bonne santé », observe l’éleveur.

En plus de l'ensilage de maïs et du pâturage, les vaches laitières consomment des betteraves fourragères Les betteraves fourragères viennent compléter la ration des vaches laitières. (©Nathalie Tiers)

Dix hectares de maïs grain produits sur l’exploitation sont récoltés en épis (grain + rafle) par l’ensileuse. Sept hectares sont stockés en silo humide, et trois hectares sont déshydratés et transformés en bouchons afin d’être utilisés pour les veaux et comme concentré au robot : « c’est moins cher que les concentrés du commerce ! ». Stocké à plat à côté des bouchons de maïs, le tourteau de colza est désormais acheté par camion de 25 tonnes pour un prix plus compétitif. « Et je vais essayer de me passer de tourteau de soja cet hiver », souligne Ludovic. En 2018, l’éleveur se lancera dans 5 ha de féverole, dont les graines seront toastées avant d’être distribuées au robot. « Cela améliore la digestibilité et la valeur en protéines, et permettra de réduire les achats de tourteaux. »

« c'est prenant et Parfois ça pèse »

La production laitière représente 75 % de la marge brute de cette exploitation, aux côtés de l’atelier canards (23 %) et des cultures (3 %). En moyenne sur trois ans avec un prix du lait de 314 euros/1 000 litres, le Gaec dégage 210 euros de marge brute pour 1 000 litres de lait (en dehors des aides) : une valeur très proche des 204 euros constatés en moyenne dans les repères du Cerfrance Mayenne-Sarthe. Le coût alimentaire est compétitif aussi bien côté fourrages que côté concentrés : il s’élève à 94 euros/1 000 litres en moyenne sur trois ans, contre 136 euros dans les fermes repères. Entre 2015 et 2017, ce coût alimentaire est passé de 102 à 82 euros/1 000 litres.

Au bout du compte, la valeur ajoutée de l’exploitation représente 36 % du produit brut (10 points de plus que la moyenne des exploitations laitières du Cerfrance Mayenne-Sarthe) et 47 500 euros/UTH. « La ferme tourne bien, reconnaît Ludovic. Mais nous n’excluons pas pour autant d’arrêter avant la retraite. Cela dépendra en partie de la motivation de notre fils de 14 ans. C’est prenant, nous pensons beaucoup au travail et parfois ça pèse. » Avec la fin prochaine d’une partie des annuités à rembourser, Ludovic et Magali envisagent notamment l’arrêt du canardier qui occupe un temps plein à lui seul. A 40 ans, ils aspirent désormais à dégager davantage de temps pour leur famille de trois enfants.

Le Gaec de la Hutte aux Gabelous en chiffres :

2,5 UTH dont deux associés et un salarié à mi-temps

100 vaches laitières prim’holsteins

933 000 litres de lait, TB = 40,4 g/litre, TP = 32,3 g/litre

119 ha dont 58 ha de prairies, 28 ha de maïs fourrager, 23 ha de maïs grain (dont 10 ha autoconsommés), 7 ha de luzerne, 3 ha de betterave fourragère

3 000 canes pondeuses

Des coûts faibles pour les cultures aussi...

Toutes les productions végétales de l’exploitation sont autoconsommées par le troupeau, sauf 13 ha de maïs grain dont la vente représente 3 % de la marge brute globale. La marge brute réalisée sur cette culture s’élève à 833 euros/ha (hors aides Pac et travaux par tiers) contre 615 euros/ha pour les repères Cerfrance Mayenne-Sarthe (récolte 2015). Cette performance est permise grâce à un coût d’intrants particulièrement faible : 2,80 euros/quintal contre 5,20 euros/q. Grâce aux fertilisants organiques issus du troupeau laitier et du canardier, auxquels s’ajoute le lisier de cochon récupéré gratuitement auprès d’un voisin, les dépenses en engrais ne sont que de 37 euros/ha (132 euros/ha pour les repères). Les autres charges sont également optimisées à l’aide des échanges en groupe de progrès et du groupement d’achat : 157 euros/ha pour les semences (contre 192 euros) et 63 euros/ha pour les produits phytosanitaires (contre 102 euros).


Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

A lire également

   Rechercher plus d'article

DÉJÀ 9 RÉACTIONS


Eleveur de vies
Il y a 130 jours
Je suis conscient qu'il s'en sortent nous avons a peu près le même système de production. Mais ils disent bien quils aspirent a plus de temps libre et je l'ai comprends car la surcharge de travail ça pèse au bout d'un moment. Et le revenu agricole est très loin des bénéfices de certaines entreprises agroalimentaire ...
Répondre
Patrick Patrick
Il y a 130 jours
Votre commentaire...non seulement ils s'en sortent mais ils ont des résultats très bons, c'est cela l'intérêt du reportage le cout alim est interessant avec le paturage dont certains se passent aujourd'hui avec des effectifs bien moindres
Répondre
eleveur de vies
Il y a 184 jours
travailler toujours +++ pour ne pas gagner plus
Répondre
Chrislait
Il y a 186 jours
1 million de litre a 2 + un atelier hors sol.. Ils s'en sortent !! Encore heureux, c'est le genre de reportage qui m'énerve !!!
Répondre
jacot
Il y a 186 jours
Avec l'arrivée de l'intelligence artificielle qui arrive à grand pas, ajoutée aux robots ce sera un grand soulagement d'heures de travail.
Répondre
oups
Il y a 190 jours
Là est tout le problème !! des exploitations qui tournent bien mais avec des jeunes qui font des heures inimaginables... encore faut il que la santé suive !!!
cependant, une preuve que les robots fonctionnent avec du paturage
Répondre
Je La
Il y a 188 jours
Toujours se battre pour faire de la marge...
Répondre
steph72
Il y a 190 jours
...et encore ils ont des robots,celui qui trait c'est encore plus pesant.
L'avenir de beaucoup d'exploitations ça sera sans le lait , le lait est mal payé vis à vis de l'investissement et des contraintes ( temps,normes sanitaires exigeantes....)
Répondre
PATRICE BRACHET
Il y a 190 jours
Des éleveurs qui fonctionnent très bien mais qui ne savent pas s ils iront jusqu’à la retraite et c est normal ! Quand on regarde les salariés on a l air de quoi ? Et je ne parle pas des fonctionnaires !
Répondre