Grippe aviaireJ. Denormandie : des centaines de milliers de canards vont encore être abattus

| AFP

Des « centaines de milliers » de canards vont encore être abattus, après l'extension des abattages annoncés jeudi par le gouvernement, a prédit vendredi le ministre de l'agriculture Julien Denormandie, invoquant le besoin « d'accélérer dans la course contre la montre » contre un virus « hautement pathogène » de grippe aviaire.

Depuis décembre, « ce sont quasiment 400 000 canards qui ont été abattus dans le département des Landes (...) ça va être encore des centaines de milliers, c'est une certitude », a déclaré le ministre sur France Bleu Gascogne, quelques heures avant une visite auprès d'éleveurs touchés dans ce département qui est le premier producteur de palmipèdes gras. Le ministre a reconnu « ne pas pouvoir dire » combien il restera de canards, sur les quelque 5 millions actuellement en cours d'élevage dans le département. « Mon objectif c'est qu'il en reste le plus possible (...) L'objectif, c'est de faire un dépeuplement massif pour contenir l'épidémie ».

« Aujourd'hui la zone des Landes malheureusement est condamnée à très court terme. L'enjeu est d'éviter que ce virus atteigne les élevages du Béarn et également du Gers », a affirmé sur RTL la directrice de la filière foie gras Cifog, Marie-Pierre Pé.

Depuis les premiers cas d'influenza aviaire détectés en décembre dans des élevages français, quelque 124 foyers d'infection à la grippe aviaire ont été recensés, dont 119 dans les Landes, soit plus du double du nombre relevé il y a une semaine.

Plusieurs centaines de milliers canards abattus, c'est déjà « colossal, mais malheureusement ce n'est pas encore assez », a estimé Julien Denormandie. « Force est de constater qu'on n'est pas allé assez vite », a-t-il reconnu justifiant les mesures annoncées jeudi, comme l'extension de l'abattage préventif, créant « un vide sanitaire autour des foyers qui va passer de 3 km à 5 km, c'est extrêmement drastique », ainsi que les « zones tampons » ou est interdite toute entrée ou sortie de volailles.

« Pour aller plus vite, il faut accroitre les capacités d'abattage et c'est ce que nous avons mis en place aujourd'hui avec notamment des réquisitions d'abattoirs, la constitution de plate-formes techniques ad hoc que nous créons pour l'occasion, avec de grosses capacités d'abattage », a-t-il poursuivi.

Mais, a mis en garde le ministre, « abattre un élevage de canards, ça ne se fait pas en un claquement de doigts, c'est un protocole sanitaire, c'est s'assurer que dans le transfert de canards il n'y ait pas le transfert possible du virus, c'est un protocole au moment ou on euthanasie les volailles ». 

« Il sera indispensable de faire très rapidement le point dans les prochains jours afin d'évaluer si cet élargissement à 5 km est suffisant ou s'il faudra aller plus loin », a prévenu dans un communiqué le Cifog, qui demande une nouvelle fois un « renforcement des moyens humains des services de l'État sur le terrain » pour accélérer la lutte contre l'épizootie.

Indemnisation « pas suffisante »

Sur le plan des indemnisations des éleveurs, Julien  Denormandie a assuré que « dès la semaine prochaine les premiers acomptes vont d'ores et déjà être versés ».  Il s'agira d'indemnisations « portant sur la valeur marchande des canards, pas des indemnisations hors sol avec des coefficients. C'est très important ».

Ce n'est « pas suffisant », selon la directrice du Cifog, pour qui l'Etat doit aussi indemniser les longs arrêts de production qui se profilent. « Il faut que toutes les exploitations soient nettoyées, désinfectées et que les analyses montrent qu'il n'y a plus de virus dans l'environnement » avant de réintroduire des canards dans les élevages, a-t-elle rappelé.

Evoquant l'avenir d'une filière déjà durement frappée par des épisodes de grippe aviaire lors des hivers 2015-16 et 2016-17, le ministre a estimé que « la seule solution efficace » passe par la biosécurité, « même si beaucoup a été fait, des investissements » depuis 2016. « D'où vient ce virus ? Il ne s'est pas créé dans les Landes, pas dans les autres départements où il est aujourd'hui », a estimé Julien Denormandie. « Il vient des oiseaux migrateurs, (or) on va pas arrêter les migrations des oiseaux ». Selon lui, il faut donc « à chaque fois voir comment on peut renforcer ces protocoles de biosécurité et ne pas laisser l'éleveur seul face à cela, mais que l'Etat investisse à ses côtés ».

S'agissant d'un éventuel vaccin, il a rappelé qu'à l'heure actuelle, « il n'y a pas de vaccin homologué ». En outre, s'agissant d'une filière qui « exporte beaucoup », « un certain nombre de pays à l'export refusent d'acheter des volailles vaccinées car ils craignent que cette volaille soit porteuse saine du virus et puisse contaminer les volailles du pays localement ». Donc « je ne suis pas sûr que (le vaccin) soit véritablement uniquement la bonne solution », a estimé le ministre.


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