[Paroles de lecteurs] SalariatLa principale idée reçue : « Que les éleveurs puissent embaucher ! »

| par | Terre-net Média

« Pas besoin de préparation particulière pour recruter et accueillir un salarié, ni de règlement intérieur, de fiche de poste... » : plus que ces idées reçues sur le salariat en élevage, auxquelles Web-agri vous proposait de tordre le cou il y a quelques semaines, c'est la possibilité de recruter de la main-d'½uvre qui, selon vous, en est une ! Car vu la faiblesse des prix du lait et de la viande, comme de leurs revenus, « les éleveurs n'ont vraiment pas les moyens d'embaucher »...

paroles de lecteurs web agri cinq idees recues a combattre sur le salariat en elevage « On met plein de choses en place pour les salariés, mais on se fout complètement du temps de travail des éleveurs, au bord ou en plein burn out », estime Terminé. (©Terre-net Média)

« Pourquoi le salariat en agriculture n'attire pas ? Quelle question !?, lance Terminé. Ces cinq idées reçues, les agriculteurs employeurs les connaissent !! (...) Faut arrêter !!! On veut mettre plein de choses en place pour les salariés, mais on se fout complètement du temps de travail des exploitants agricoles, et notamment des éleveurs, au bord du burn out quand ils ne sont pas déjà. Les choses se sont inversées : autrefois, un patron de ferme pouvait faire autre chose que bosser tout le temps et son travail à la ferme était fait, la main-d'œuvre était là ; aujourd'hui, c'est le bagne pour les éleveurs et les salariés eux, aux 35 h, peuvent avoir des loisirs. Par ailleurs, la loi ne protège plus l'employeur et peu de monde voudrait être à sa place. (...)  Avant de rajouter encore et toujours des critères pour trouver et garder un salarié agricole, il faut un vrai changement de fond sur le rapport au travail et les salaires. Quand un salarié agricole gagne 9 €/h, l'agriculteur employeur n'est rémunéré que 2 ou 3 €, voire moins. Une des raisons de la disparition des élevages d'ailleurs... »

Manu47 rétorque : « Tout y est ! Bravo de l’avoir dit !! »

Des salariés agricoles bien ou mal payés ?

Et Grilou de répliquer : « Faudrait déjà que les agriculteurs payent les salariés correctement. 20 ans en tant qu'ouvrier agricole au Smic !! Donc posez-vous les bonnes questions et rémunérez suffisamment votre personnel ! »

Chris n'est pas d'accord : « Il y a deux ans, j'avais un apprenti sur ma ferme, âgé de plus de 18 ans, et je le payais 1 000 €/mois avec un 13e mois. C'est quand même pas mal pour 70 h/mois et cinq semaines de congés payés. Un autre exemple : je connais un éleveur laitier qui donne 1 800 €/mois à son salarié au bout de huit ans d'ancienneté et un autre en production porcine qui rémunère le sien 2 500 €/mois. Et je précise : tous ces salaires sont nets. »

Et vous, combien les payez-vous ? Vos réponses sur les réseaux sociaux.

« Pour 35 h ? », demande goungoun50.

« Oui », répond Chris.

Fil intervient : « Les salariés agricoles gagnent souvent plus que le Smic. Ils ont des primes, par exemple cette année la prime covid. S'ils partent c'est soit pour changer de région, soit pour s'installer en agriculture. »

Le problème : « les charges et la législation françaises »

Retrouvez le dossier sur le salariat en élevage : Bien travailler avec ses salariés : conseils et témoignages

Terminé rappelle : « Un salarié coûte entre 3 000 et 3 500 €/mois. Quasiment autant de charges que de salaire, un problème franco-français ! Si vous voulez augmenter le salaire, hausse des charges direct. (...) Résultat : le travail agricole n'est plus rémunéré à sa juste valeur. (...) Dans vos idées reçues sur le salariat, on devrait surtout parler de ce que que va apporter financièrement un salarié étant donné que l'éleveur prend les miettes que l'on veut bien lui donner et doit le payer avec. En cas de cession d'exploitation agricole, le repreneur doit reprendre le ou les salariés. Déjà que les fermes sont de plus en plus difficiles à reprendre, en particulier en élevage, alors avec des salariés, c'est encore plus compliqué. Même si il y a un certain confort de travail, quelle rentabilité pour cette valeur ajoutée ? De toute façon, les lois françaises sur le travail sont beaucoup trop rigides et bloquent l'embauche tant sur la législation, qu'en termes de coût. Bientôt il faudra un livre de la taille de la bible pour recruter un salarié agricole ! »

Un livre de la taille de la bible pour recruter !

Ou plutôt : « les prix et revenus trop bas des éleveurs » !

Ptitlouis revient sur le sujet de la faiblesse des revenus agricoles : « (...) Le vrai problème à mon sens, ce n'est donc pas les cotisations sociales, mais plutôt que que les paysans n'aient pas les moyens d'embaucher de salariés, ou d'attirer de nouveaux associés, avec des salaires comme des cotisations décents. Donc nous nous retrouvons à trimer 70 h/semaine, en y laissant notre santé et en restant pour beaucoup célibataires. Plutôt que de réclamer sans arrêt de baisser les charges, exigeons des prix justes pour les produits agricoles qui nous permettront de payer les salariés et nous-mêmes !! »

Combien de producteurs surmenés mais surendettés, qui n'ont même pas les moyens de payer un vacher !

« La faute à la Pac depuis 1992, qui a concentré la production agricole avec cette chasse aux primes par l'agrandissement des exploitations et des élevages, conclut Popeye. D'où des éleveurs surmenés et surendettés, qui ne peuvent pas payer 3 000 € un vacher. Or à 1 500 €, s'il est bon, il s'en va pour s'installer par exemple. L'élevage va disparaître massivement au cours de la prochaine décennie d'autant que la population agricole vieillit. La réforme de la Pac aurait pu limiter l'érosion si on avait décidé que les aides du 1er pilier seraient distribuées à l'unité de main-d'œuvre au lieu de la surface. (...) »

Groupements d'employeurs, partage de salariés : des solutions ?

Pour Fil, « les groupements d'employeurs peut être une solution dans les petites exploitations ». « La nôtre fonctionne depuis 25 ans avec deux salariés, dont plusieurs sont restés entre 8 et 10 ans. Bien sûr, il y a quelques ratés de temps en temps et des fois, c'est un peu plus long de recruter, mais il vaut mieux attendre qu'embaucher des salariés qu'on ne sent pas ! Il faut toujours "prendre le pouls" pendant l'entretien d'embauche pour anticiper les problèmes. Et si problème il y a, côté salarié ou employeur ou les deux, il faut crever l'abcès au plus vite. Ce n'est pas toujours la faute du salarié, certains agriculteurs sont crispés sur certains détails qui peuvent faire sourire quand on regarde ça de l'extérieur. »


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