[Témoignage] G. Malgouyres, éleveur (12)« Même si j'en suis proche, je ne passerai pas en bio car j'y perdrais trop »

| par | Terre-net Média

« Même si je suis très près du bio niveau conduite de l'exploitation, je resterai en conventionnel car la plus-value n'y est pas, je serais même perdant. » Gauthier Malgouyres, polyculteur-éleveur de l'Aveyron explique pourquoi, dans son système, il ne franchira pas le cap de la conversion à l'agriculture biologique.

Troupeau allaitant au pâturage« Je pensais que le bio était la voie à suivre pour mon exploitation. Pourtant, après avoir creusé, les débouchés ne sont pas là et la plus-value ne couvre pas assez la baisse de production et la hausse des charges. » (©Twitter/@gauthier12240)

C'est en 2004 que Gauthier Malgouyres s'est installé à la suite de son père sur l'exploitation familiale comprenant 70 vaches allaitantes et quelques truies sur la région naturelle du Segala dans l'Aveyron (12). Il qualifie sa ferme d'assez extensive, tout en foin avec en plus 18 ha de céréales en rotation et conduite allégée (80 à 100 unités d'azote + un désherbage).

Sur Twitter, l'éleveur prend la parole et explique via un thread [compil de tweets successifs sur un même sujet, NDLR] pourquoi (bien qu'il y ait largement songé), il ne convertira pas son exploitation à l'agriculture biologique. « Beaucoup de mes voisins pensaient que j'allais passer en bio et je pensais aussi que c'était la voie à suivre. Je me suis intéressé aux débouchés et là, ça a été un peu la douche froide... »

la hausse des charges réduit considérablement la plus-value sur les bovins

« La plus-value pour les vaches de réforme est autour de 20 % à finition équivalente. Mais les concentrés (et particulièrement la protéine) étant très chers en bio, la plus-value passe en fait surtout chez le fournisseur d'aliments. Pour les veaux aussi, c'est compliqué : on les engraisse avec nos céréales et la chute du rendement est autour de 40 %. » Il fallait donc revoir l'assolement.

Face à une impasse pour la rotation des cultures

Pour pallier la baisse de rendement et continuer à autoconsommer la même quantité de céréales, les simulations auraient amené Gauthier à devoir augmenter la sole de céréales à 25 ha contre 18. « Je me retrouve alors obligé de baisser mon cheptel car il est nourri de manière autonome sur les prairies. »

Autre problème : la rotation. « Je ne pouvais pas faire succéder plusieurs pailles à cause du salissement et du faible reliquat d'azote. La rotation devenant trop courte, il m'aurait fallu réintégrer des prairies permanentes très productives ou très pentues. Après tout, pourquoi pas si le jeu en vaut la chandelle, me direz-vous. Je me mets donc en quête de débouchés pour mes jeunes bovins. Et là, c'est la douche froide : on m'en propose moins que ce que je les vends au marché (- 0,4 €/kg de carcasse). Du coup, la solution tombe sous le sens : abandonner la plus-value liée à l'engraissement des veaux, vendre en broutards, faire moins de céréales et vendre quelques réformes bio. »

Quid de la part du bio dans l'assiette des consommateurs ?

Gauthier a pourtant des doutes quant à ce raisonnement : « Si ce système parait vertueux, il revient à déléguer à d'autres la "pollution", acheter de la paille dans des zones où il manque déjà de la matière organique, et me rendre dépendant des fluctuations des prix des broutards. Il y a aussi un plaisir à faire un produit fini... »

Pour s'en convaincre, l'éleveur réalise deux simulations de conversion. « À chaque fois, je perdais autour d'un Smic. Statu quo pour la conversion donc. » Il poursuit : « Je me suis quand même questionné sur le décalage entre l'omniprésence du bio dans les discours et la faiblesse de la plus-value, surtout dans ma production. »

La part du bio en 2040, je m'en fiche. Mon salaire résulte de mes ventes 2020 et non 2040 !Et les chiffres lui donnent raison : « Déjà, il est à noter que le bio représente 5 % des achats alimentaires en valeur en 2019, importations incluses (chiffres de l'agence bio). Du coup, ça donne 3,8 ou 4 % de bio français dans l'assiette du Français moyen. Ça augmente mais ça reste très faible à ce jour. De plus, la part du bio en 2040, on s'en tape un peu car mon salaire résulte de mes ventes 2020 et non 2040. »

Même crainte en production laitière. Retrouvez à ce sujet : De l'ambition mais une visibilité limitée, faut-il franchir le cap de la bio ?

« J'ai aussi appris, via les revues professionnelles, que 40 % des bovins bio en nombre sont vendus en conventionnel. C'est à relier à la consommation de viande bovine bio, qui est autour de 2,5 %, soit la moitié de la consommation de bio en général. Aussi, certains labels rouges type Blason prestige, BFA ou Veau d'Aveyron offrent des prix identiques au bio avec des garanties sur le mode de production et sur la qualité de finition. »

La plus-value doit couvrir plus que la baisse de production.

Face à ces conclusions, Gauthier a tout de même fait évoluer son système : « On a optimisé la ferme pour produire pareil ou plus avec les mêmes intrants (alimentation des jeunes veaux, prévention des diarrhées, croisement, optimisation et facilités de naissance, recherches de taureaux plus précoces...). Pour les sols, on est en bas volume sur le désherbage, on généralise le semis de prairies sous couvert de céréales, on favorise les prairies à longue durée, on est en cours d'apprentissage du semis direct... Est-on en agro-écologie pour autant ? Si c'est faire mieux sans engendrer de nouvelles émissions, je dirais oui. Si c'est dépenser moins en produisant moins (voire en ne produisant plus), je ne m'inscris pas dans ce schéma. »

Il conclut alors : « Je n'ai rien contre le fait de produire en bio, mais il me semblerait légitime que produire quelque chose de perçu comme plus qualitatif engendre une plus-value qui couvre un peu plus que la baisse de production. Dans mon système, pour mon exploitation en tout cas, la conversion n'est pas envisageable. »


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DÉJÀ 21 RÉACTIONS


Marius
Il y a 44 jours
argumentaire très réaliste. Agréé bio trop de contraintes. Une Activité raisonnée est plus favorable sur le plan économique et bien être animal. Notre cas: 9 mois en pâture avec compléments alimentaires 100% issus de l'exploitation. 3 mois 100 % également. Complétés d'achats vitamines et minéraux dont certains bios. (Plus d'ensilage depuis 23 ans - gavage interdit chez nous). Mais chacun est libre...les lobbyiens existent dans tous les camps. Alors un peu de tolérance sur l'activité de l'autre. Et tout ira bien.
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Benjamin
Il y a 78 jours
Merci à cet éleveur pour cette analyse motivée de ses réflexions. Mais SVP arretons les généralisations abusives. Cette analyse vaut pour un système et un objectif de conversion (conservation à l'identique de la production).
En fonction des objectifs assignés à l'évolution du système, et au système lui même les conclusions sont très différentes.
L'idée du bio étant de tendre vers l'autonomie, s'obliger à aller acheter des intrans bios ne constitue pas la meilleure recette pour dégager du revenu en AB !
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Patrice Brachet
Il y a 80 jours
Vous abordez la methanisation et pendant longtemps cela m a beaucoup interrogé. Quand ce sont des paysans qui gèrent leur bécane et qu ils restent raisonnables par rapport aux ingrédients ok. Par contre ou il y’a matière à interrogation c est les methaniseurs gérés par des industriels et où le digestat est épandu par les agriculteurs là si l on ne fait pas attention on va decarbonner les sols de par les ingrédients et je ne pense pas que cela soit la volonté du moment donc attention aux retours de bâton mais comme toujours il sera trop tard car dans l urgence on lance sans vrai étude car pour cela il faut du cash
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titian
Il y a 80 jours
« plus j’apprends, plus je m’aperçois que je ne sais pas. »
Galilée

Cette citation que trouve très juste permet aussi de débusquer pas mal de charlatans.
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Capitoul4
Il y a 74 jours
Les cheminots cotisent pour leur retraite comme l ensemble des salariés....
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wam
Il y a 80 jours
100% Ok !!!
Dans le débat agricole, on y rajoute trop de monde qui n'y connaisse rien et qui sont contre productif!
Pourquoi ne pas avoir rajouté le monde agricole dans le débat des retraites des cheminots ???!!!!!
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titian
Il y a 80 jours
On est d'accord wam, c'est bien pour cela que j'évoque la logistique en inconvénients, et c'était bien sous jacent pour rapport à des bovins qui gèrent eux même le miam pipi caca au champ sans énergie artificielle à mettre en œuvre.
Mais ça les collapsologues végan ne comprennent même pas.
Et encore moins que c'est un stock de protéines concentré sur pattes.
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wam
Il y a 80 jours
C'est vrai oui. Méthanisation c'est gros investissement et une culture loupé c'est des frais engagé. Le bovin ce retrouve a devoir payer cette charge qui ne lui était pas destiné au départ alors qu'une prairie c'est nettement mois cher a mettre en place.
Les déchets type drêches sont plus logique dans votre résonnement.
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titian
Il y a 81 jours
Comme vous dîtes, ce n'est qu'un point de vue à méditer.
Les bovins c'est aussi pas mal pour recycler les cultures loupés.
Bon il y a aussi les methaniseurs, cela demandent plus de logistique...
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Wam
Il y a 81 jours
Le bio ça marche si les animaux ne consomment que de l’herbe! Ne surtout pas acheter des céréales sinon c certains que ça ne fonctionne pas!!!
Mais bio ou conventionnel, lait ou viande, un système tout herbe est plus économique qu’avec des céréales. Un précédent article l’avait prouvé en lait!
Il en ai de même en viande. Il faut déjà commencer à revoir la genetique. Nos vaches conduites avec la même alimentation qu’un cochon ou poulet! Y a peut être un soucis non???!!!
Dans les systèmes classiques c jack pot pour Yara, les coops, les marchands d’aliment et tous les supers fabriquant de ferraille....
Ce n’est qu’un point de vue, à méditer...
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