Grippe aviaireLes producteurs de volailles espèrent continuer à exporter vers d'autres cieux

| AFP

Malgré l'apparition de deux cas de grippe aviaire cette semaine sur son territoire, la France espère limiter les conséquences pour l'exportation grâce aux mesures prises pour protéger ses élevages professionnels, à ce stade épargnés par le virus.

Des protocoles sanitaires plus poussés que par le passé

La filière volaillère française garde un souvenir cuisant des deux dernières vagues d'influenza aviaire qui ont touché le pays lors des hivers 2015-16 et 2016-17 : face à la propagation du virus, qui ne présente aucun danger pour l'homme, mais entraîne une forte mortalité chez les oiseaux, elle avait dû procéder à des abattages massifs pour enrayer le fléau.

Pour éviter de reproduire cela, « à l'issue de la première crise, on a redéfini toutes les mesures de biosécurité pour tous les maillons de la filière, depuis l'accouvage jusqu'au transport des animaux dans les abattoirs », a rappelé Anne Richard, directrice d'Anvol (interprofession de la volaille).

« Aujourd'hui, quand il y a un cas d'influenza, on est en capacité de mettre tous les animaux à couvert très rapidement et de les protéger de la faune sauvage : soit on les met dans des bâtiments prévus à cet effet, soit il y a des restrictions de parcours extrêmement strictes qui sont faites pour que les oiseaux soient le plus près des bâtiments, ce qui fait que l'attroupement évite que les oiseaux migrateurs aient envie de se poser parce que ça leur fait peur », a notamment ajouté Mme Richard.

L'alimentation des volailles s'effectue dans les bâtiments pour éviter que les oiseaux migrateurs ne soient tentés de venir manger dans leurs mangeoires.

Cet ensemble de mesures a été complété par un arrêté adopté en mars 2018 sur « la biosécurité dans les transports de volailles », a rappelé Loïc Evain, directeur général adjoint de l'alimentation (DGAL) au ministère de l'agriculture. Il prévoit notamment le nettoyage et la désinfection des camions entre chaque transport. « Si les professionnels respectent ces arrêtés, en principe ils sont protégés. On est beaucoup mieux préparé que lors des précédentes crises », a assuré M. Evain.

Des exportations à défendre

Dès après l'annonce du premier cas, la France a perdu son statut indemne de l'influenza aviaire, qui lui permettait d'exporter ses volailles vers les pays tiers (hors UE). Le poids des exportations vers ces pays, selon les différents types de production, est extrêmement variable.

Pour la volaille de chair, « on a près de la moitié des exportations qui partent vers les pays tiers, soit 270 millions d'euros », a indiqué Mme Richard.

Pour l'accouvage (production de poussins pour bâtir des élevages), « c'est 30 % de l'activité qui part à l'export, dont la moitié qui part sur les pays tiers, soit 112 millions d'euros », a-t-elle ajouté.

Pour les producteurs de foie gras, « les exportations, c'est 15 % des volumes », mais la majeure partie dans l'UE, a indiqué Marie-Pierre Pé, directrice du Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (CIFOG).

« Malheureusement, on a eu du mal à reconquérir des parts de marché qui nous ont été prises par d'autres pays fournisseurs comme la Hongrie ou la Bulgarie » lors des précédentes crises, a indiqué Mme Pé, après la découverte du premier cas français en Haute-Corse, et qui était davantage inquiète du maintien de la fermeture des restaurants en France.

La régionalisation à la rescousse

En dépit de la perte de son précieux statut indemne, la France espère pouvoir compter sur la reconnaissance des efforts qu'elle a déployés depuis les dernières crises dont ont été victimes les élevages tricolores.

« On a, depuis la dernière crise, négocié pas mal de certificats sanitaires avec des pays qui maintenant reconnaissent le zonage des maladies animales », permettant ainsi de « limiter l'interdiction d'exportation à une zone touchée ou sous contrôle », a expliqué à l'AFP Loïc Evain, qui espère « avoir moins de fermetures cette fois-ci, si d'aventure la filière commerciale était touchée, que ce qu'on a pu connaître en 2015, 2016 et 2017 ».

« Depuis la dernière crise, le Japon accepte la régionalisation. Taïwan, l'Ukraine, et quelques pays d'Asie du Sud ont accepté de modifier les certificats et de reconnaître le zonage », a-t-il ajouté.

Vendredi, la seule décision d'interdiction « formellement notifiée » à la France émanait de la Corée du Sud, selon M. Evain.


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