Changement climatiqueLes haies, nouvel eldorado pour les crédits carbone

| AFP

Réservoir de biodiversité, protectrices des sols et cultures, les haies figurent désormais dans le label « bas carbone », qui doit aider la France à atteindre ses objectifs climatiques. En Mayenne, elles sont déjà l'objet d'échanges de crédits carbone entre agriculteurs et entreprises.

haies bocageres L'objectif : maximiser la capacité des haies à séquestrer du CO2. (©Terre-net Média) 

Éleveur de Blondes d'Aquitaine à Evron (Mayenne), Christophe Bouvet vient de signer une convention qui prévoit de le rémunérer 1 400 euros par an, pendant une période de cinq ans renouvelable, s'il entretient ses 13 km de haies bocagères selon un « plan de gestion durable ». La méthode de quantification du carbone vient d'être validée par le ministère de la Transition écologique. L'objectif étant de maximiser la capacité de ses haies à séquestrer du CO2.

« Je suis payé pour le carbone capté par mes haies, environ 18 tonnes par an pour 80 euros la tonne. Cela m'aide à les préserver et donne du sens à mon travail », se félicite l'éleveur, qui passe chaque année une centaine d'heures à entretenir ses haies. Selon le dispositif Carbocage soutenu par l'Ademe, Christophe Bouvet devra, entre autres, protéger ses haies des bovins par des clôtures, replanter des essences locales, veiller aux arbres têtards, le tout sans brûler les branches élaguées... Deux audits sont prévus pour certifier que les haies ont bien fait leur travail de séquestration.

« Réconcilier écologie et économie »

À dix kilomètres de là, l'entreprise MB Pack, spécialisée dans l'emballage alimentaire, est aussi engagée dans Carbocage. Elle va verser 18 000 euros en cinq ans à l'association Solenat, qui gère le dispositif, pour compenser les 45 tonnes de CO2 émis chaque année par ses commerciaux. « On s'inscrit dans une démarche environnementale en réduisant chaque année l'impact de nos produits sur l'environnement, ainsi que nos déplacements, mais on ne peut pas tout faire en visioconférence », explique Laurent Lemarchand, directeur associé, qui se dit « attaché au bocage ».

Considérées après guerre comme un obstacle au développement à l'agriculture, les haies ont disparu à 70 % des bocages français depuis 1950, et continuent de diminuer, selon le ministère de l'agriculture. Jean-Marc Lalloz, coordinateur du collectif Bocage 53, considère ces échanges de crédits carbone d'un nouveau genre comme une voie pour « réconcilier écologie et économie ». « On redonne de l'utilité au bocage. Avant il fournissait du bois de chauffage, aujourd'hui c'est un puits de carbone », observe le militant associatif.

Le Rôle positif de l'agriculteur

Mais cela ne doit pas être un « prétexte au verdissement d'un système agricole productiviste ou d'une entreprise qui ne ferait pas l'effort de réduire ses émissions », prévient M. Lalloz pour qui « c'est un point de départ et non un permis de polluer. » Avec 31 000 km de haies, la Mayenne est par ailleurs loin, selon ses calculs, des 110 000 km qui seraient nécessaires pour couvrir les émissions de CO2 de ses 300 000 habitants.

Pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris, le piégeage du CO2 dans le sol pourrait avoir « des incidences considérables » s'il était mis en oeuvre à grande échelle, selon le groupe d'experts du climat du GIEC. « Une des contributions essentielles du secteur agricole est la captation de CO2 dans l'atmosphère. Les haies, qu'il faut arriver à préserver, sont un levier, et donnent un rôle positif à l'agriculteur », note Thomas Eglin, ingénieur à l'Ademe.

Outre les multiples "services" rendus par les haies en termes biodiversité ou de lutte contre l'érosion des sols, Christophe Bouvet revendique une action « locale, facilement contrôlable ». « Si je suis une entreprise, l'arme absolue pour séquestrer le maximum de carbone, c'est de planter des arbres. Cela coûte moins cher de le faire en Amazonie mais la probabilité est plus forte d'avoir un suivi sérieux si on séquestre près de chez soi », confirme Pierre Dupraz, directeur de recherches à l'Inrae, qui a participé à Carbocage.

« Il y a toujours un doute sur la pérennité de la séquestration, si une exploitation disparaît et que les haies sont arrachées », nuance Cyrielle Denhartigh, du Réseau Action Climat pour qui la priorité reste de « réorienter la Politique agricole commune vers plus d'écologie ».


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DÉJÀ 31 RÉACTIONS


debutant
Il y a 70 jours
c est la réalité qui est désagreable , avec un peu plus de considération pour ce que nous faisons au quotidien serait la bienvenue !
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RUTABAGA
Il y a 77 jours
Renseignez vous bien avant de signer un contrat haies . Je me souviens du cas d'un agriculteur , au début de la PAC ; il avait signé un contrat d'aide financière pour ses haies existantes . La première année , il les a taillées comme d'habitude , à la machine . Les contrôleurs sont venus lui dire : non monsieur , dans le contrat c'est taille à la main ... .
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Rêveur
Il y a 78 jours
Je suis allé sur un site du gouvernement la moyenne est à 205€ donc oui où ont été les 125€ manquants c est une mascarade et ne faut pas céder au chant des sirènes Sûrement cela va devenir intéressant mais il faut garder la main dessus c est à nous c est pour nous qu on se le dise. Autre chose les calculs fait par cap2r sont minoré de façon importante. Regardez les calculs de certains privés et vous n en reviendrez pas. C est un scandale validé par la fnsea et les op
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Fanfan14
Il y a 78 jours
Si je comprend bien pour l'entreprise c'est 400 euro la tonne de CO2 et le paysan qui fait le boulot et prend tous les risques de l'opération: entretien, remplacement des arbres morts, ... Il doit se contenter de 80 euro la tonne soit 20%!! Où vont les 80 % restants? C'est clair que pour les intermédiaires c'est un Eldorado mais pas pour les paysans une fois de plus exploités.
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Johan Bouges
Il y a 78 jours
1400 € bruts pour 100 heures annuelles... materiel inclus pour l'entretien de haies. Ça donne 14 € de l'heure environ... ça ne paie même pas le tracteur...

La transition environnementale doit rémunérer à leur juste le travail des agriculteurs, leur qualification souvent comprise entre bac +2 et bac + 5. ...

Si le coût du tracteur est de 20 à 30 € de l'heure. Le coût du travail entre 30 et 50 € calculez ( à travail comparable technicien ou heure de main d'oeuvre en atelier) vous pouvez estimer le coût de production de la haie...
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Massol
Il y a 78 jours
Qu’es ce que je vous disais il y a un an .nous y voilà ,surtout restaient groupés ,il vaux mieux négocier des milliers de kilomètres de haies à plusieurs que quelques uns tout seul,comme pour le lait op transversale c’est votre dernière occasion .bon dimanche
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Saturne03
Il y a 78 jours
La culture de l'excé ne fait pas spécialement une vérité enlever la moitié de l'épaisseur de vos haies ont seras plus proche de la réalité
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Emilie
Il y a 71 jours
Ce n'est pas la peine d'être désagrable c'est déja intéressant d'avoir des chiffres. Moi j'ai entendu des 30 euros la tonne8//
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debutant
Il y a 78 jours
comme d habitude on retrouve un agri fier de brader ce qu il fait , je lis dans l article tout en tas d indivudus gerant les dossiers , eux par contre ne bossent pas pour une misere , faut qu on, y a qu a, replanter .Et bien place a l action les diseurs a genoux !! et au boulot
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Marie
Il y a 78 jours
Le problème est beaucoup plus grave : quand le mot carbone a été prononcé au départ toutes les opas étuvent debout contre mais il a fallu faire bonne figure et l on a chargé les instituts, les salariés des chambres de chiffrer l inchiffrabe Faut pas oublier que la majorité de ces gens là sont bobo et souvent anti paysans donc dans leurs calculs ils n allaient pas nous avantager. D un autre côté des privés se sont lancés très sérieusement et leur chiffres nous sont beaucoup plus favorables mais voila ils n ont pas retenus l attention des opas car l idée n était pas de leur base. C est le fonctionnement à la française
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