Marché mondial de la viande bovineIllégales à 80%, les importations en Chine échappent aux contrôles des autorités

| par | Terre-net Média

Officiellement, la Chine n'importe que 378.000 tonnes de viande bovine. Mais les règles sanitaires imposées par le gouvernement sont détournées. Aussi, 1,3 million de tonnes de viandes étrangères ont été commercialisées sur le marché chinois après avoir transité par Hong-Kong ou traversé la frontière vietnamienne, sans garantie sur la qualité des produits vendus aux consommateurs chinois. Un futur scandale sanitaire n'est pas à exclure.

Vaches charolaiseLes importations légales de viande bovine ont augmenté de 184.000 tonnes de viande au cours des cinq premiers mois de l’année 2015 en Chine. (©Terre-net Média)

Qui peut empêcher un Chinois de consommer de la viande ? Personne, et surtout pas le gouvernement chinois qui n’a quasiment plus d’emprise sur le marché de la viande. Au contraire, en maintenant des règles sanitaires désuètes, censées protéger les consommateurs des importations de viande de mauvaise qualité, il met même ces derniers en danger. Car elles ne prennent pas en compte leur appétit pour les produits carnés, la viande bovine en particulier, et par conséquent la nécessité de rendre le fonctionnement du marché intérieur plus aisé. Résultat, il est approvisionné en viandes d’origines et de qualités douteuses.

Les Chinois mangent six fois moins de viande de porc que de bœuf (6 kg équivalent carcasse par habitant) mais la consommation augmente année après année. Si bien que la production locale ne couvre que 80 % de la demande bien qu’elle ait progressé de 27 % au cours des dix dernières années (le troupeau bovin chinois est composé à 90 % d’animaux de race à viande).

Les Chinois privés de viande de qualité irréprochable !

Résultat, le prix de la viande a doublé en trois ans pour atteindre l’an passé 9 €/kg sur le marché de gros. La Chine est un marché juteux qui ne profite qu’aux exportateurs de viande qui outrepassent les règles imposées par le gouvernement chinois.

« Quelle que soit son origine, elle est congelée et souvent soumise à des phénomènes de décongélation, puis de recongélation, ce qui augmente les risques sanitaires », déplore Jean-Marc Chaumet, agroéconomiste, rédacteur en chef de "Chine_Abcis, la lettre de veille et d’analyse de l’économie de l’élevage en Chine".

Et cette viande « est généralement achetée dans des petites villes du sud de la Chine par des restaurateurs qui, appâtés par le faible prix, la font frire ou mariner dans le but de masquer son aspect ».

« Il faut donc espérer que les autorités chinoises, tout en renforçant leur lutte contre la contrebande, ouvre plus grand leurs frontières, opérant ainsi un basculement des flux illégaux vers les flux officiels », ajoute-t-il. Sinon, un nouveau scandale sanitaire n’est pas à exclure !

Les premiers résultats sont au rendez-vous. Les importations légales de viande bovine ont augmenté de 184.000 tonnes de viande au cours des cinq premiers mois de l’année 2015. Et dans les prochaines semaines, la France pourrait être un des grand gagnants de la réouverture du marché chinois puisqu’elle a retrouvé son statut de « pays à risque négligeable d’Esb » à l’Oie après avoir obtenu son agrément sanitaire vers Hong Kong. A ce jour, seule l’Irlande était parvenue à vendre quelques milliers de tonnes en équivalent carcasse.

Contournement des interdictions par hong kong

L’an passé, les importations chinoises de viande bovine ont été estimées à 1,7 million de tonnes équivalent (Mtec) carcasse mais  80 % étaient illégales (1,3 Mtec).  Pour rappel, seules 20.000 tec approvisionnaient le marché chinois en 2009 ! (source Cyclope 2015).

L’an passé, l’Inde, le deuxième exportateur mondial de viande bovine (1.85 Mt en 2014 – source Cyclope 2015), a écoulé en Chine 800.000 tec, via le Vietnam. Et l’autre moitié des marchandises est passée par Hong kong où les exigences sanitaires des produits livrés, ont été assouplies ces dernières années. Et en plus les droits de douane de l’ancienne enclave britannique sont nuls.

En fait, « les États-Unis et le Brésil en 2013 et 2014, mais également, dans une moindre mesure, de nombreux pays européens ont donc trouvé des moyens pour contourner les interdictions qui frappent leur viande en Chine continentale », analyse Jean-Marc Chaumet.

Ils exportent à Hong Kong « en profitant du principe "un pays, deux systèmes" dénoncé par Deng Xiaoping lors de la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997. Celui-ci prévoit des règles économiques et politiques différentes pour l’ancienne colonie britannique.

Si le gouvernement parvient à reprendre le contrôle du commerce de la viande sur son territoire, « le marché mondial de la viande bovine sera totalement bouleversé », écrit Jean-Paul Simier dans la version 2015 du Cyclope (page 267). Et la France pourrait faire partie des gagnants si la filière sait s’organiser pour décrocher des contrats.

La Chine sera alors officiellement, dans quelques années, le premier importateur mondial de viandes. Mais dans les faits, elle l’est déjà !

Une ferme chinoise de 100.000 vaches pour exporter du lait en Russie

Les Chinois n’en font pas un fromage, et pourtant leur pays s’apprête à construire une ferme de 100.000 vaches pour exporter le lait produit en Russie.

« Cette décision intervient suite à l’embargo décidé par les autorités russes à l’encontre de nombreux produits agricoles européens, étatsuniens et australiens, dont les produits laitiers », écrit Jean-Marc Chaumet.

« Mais il reste à savoir si ce projet porté par deux sociétés, Zhongding Dairy Farming et Severny Bur, une société russe d’équipements miniers, se réalisera tel que prévu ou si cette annonce doit être prise comme un message destiné aux pays frappés par l’embargo. »

En attendant, quel paradoxe ! Car la Chine est le premier importateur mondial de produits laitiers et dépend du marché international pour environ 20 % de sa consommation !

Aujourd’hui, la ferme laitière la plus importante en Chine loge 40.000 vaches, soit en taille, l’équivalent de 40 « fermes de 1.000 vaches ».


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