Bâtiment d'élevage innovant2 000 bottes de paille économisées grâce à la litière en miscanthus

| par | Terre-net Média

Dans le Loiret (45), Adrien Solivo et Emmanuel Choiseau ont remplacé la paille de blé depuis deux ans par du miscanthus (ou herbe à éléphant) pour faire d'importantes économies de temps et d'argent. Ils l'utilisent en litière pour leurs 350 animaux y compris dans la surprenante stabulation de leurs vaches laitières.

Cliquez pour voir le reportage vidéo, filmé au plus sale, quelques jours avant le curage.

Vous en connaissez beaucoup des éleveurs qui passent moins de 10 minutes par jour pour entretenir la litière de 200 vaches laitières ? Chaque matin, avant la traite, Adrien Solivo fait un aller-retour en tracteur pour aérer la litière de son aire paillée. Après cela, il ne retourne plus dans le bâtiment avant le lendemain matin.

Depuis qu’il a troqué la paille de blé par une litière faite de miscanthus haché, il ne se préoccupe plus du paillage, ni du curage. Cette litière est vidée seulement trois fois par an alors que les vaches ne pâturent pas ! L’élevage a économisé près de 2 000 balles de pailles par an, 160 bennes de fumier, et autant de centaines d'heures de tracteur pour presser la paille, la transporter, la stocker, la distribuer, stocker le fumier, le composter, puis l’épandre au champ... un travail titanesque qui coûte plus qu'il ne rapporte.

Un chien électrique pour moins salir l’aire paillée

A Pierrefittes-ès-Bois, dans le Loiret, Emmanuel Choiseau et Adrien Solivo ont construit un bâtiment très simple, peu coûteux et particulièrement économe en temps de travail. Cette stabulation de 10 mètres de large par 130 m de long est faite d’un toit monopente ouvert vers l’est. La face nord est bardée en bois jusqu’à 50 cm du sol. L’aire d’exercice de 7 mètres de large non couverte est nettoyée par hydrocurage (système de chasse d’eau).

La spécificité de ce bâtiment tient dans son surprenant système de chien électrique sur les 130 mètres de long de l’aire paillée. Toutes les deux heures, de jour comme de nuit, une sonnerie retentit et la barrière poussante avance d’un mètre par seconde depuis le mur du fond jusqu’à l’aire d’exercice. Les vaches sont priées de se lever rapidement pour quitter l’aire paillée. Une fois debout sur l’aire d’exercice, il ne faut que quelques secondes avant que toutes les vaches se mettent à bouser de concert ! Au bout de cinq minutes, la barrière montée sur poulie et actionnée par un unique moteur, revient à sa position initiale le long du mur et les vaches vont se recoucher.

La barrière électrique est actionnée à 6 h et bloque l’accès jusqu’à 10 h le matin, le temps de faire la traite et que la litière s’aère suffisamment. Même chose le soir entre 16 h 30 et 21 h pour la traite et la distribution de la ration. Le reste du temps, ce chien électrique lève les vaches à 12 h, à 14 h 15, minuit, 2 h et 4 h. Pourquoi toutes les deux heures ? « Nous avons lu que dans son comportement normale, une vache se lève systématiquement toutes les deux heures pour aller manger, boire et se vidanger, y compris la nuit », explique Adrien.

Les animaux ont pris le rythme et ne semblent pas en souffrir particulièrement. Les éleveurs n’ont remarqué aucune baisse de lait ou fatigue anormale : « le troupeau est parfaitement rythmé et synchronisé. Au moment de la sieste, les seules vaches qui restent debout sont celles en chaleur. Par contre, il ne faut surtout pas s’amuser à changer les horaires de la barrière ! » Les bovins dorment peu, car bien qu’ils restent plus de 12 h/j couchés, leur phase de sommeil profond est très courte* : entre 30 à 60 minutes cumulées par tranche de 24 h, fractionnées en 8 à 10 fois  (par tranche de moins de 10 minutes) et uniquement durant la nuit.

Après avoir hésité, les éleveurs ne regrettent pas de n’avoir pas investi dans des logettes. « Nous étions auparavant dans un bâtiment en logettes intra bois et je ne reviendrais pas aux logettes aujourd’hui, ça fait trop de casse sur les animaux, trop de boiteuses et de gros jarrets. Sur une aire paillée, elles prennent leur aise et se couchent dans la position qu’elles veulent. »

Litière miscanthus bâtiment élevage vaches laitièresLe chien électrique se place le long du mur bardé. La litière sur miscanthus n'est curée que trois fois par an mais remuée tous les matins. Les litières sur "compost" sont de plus en plus courantes à travers le monde (Israël, USA, Pays-Bas) mais encore rarement avec du miscanthus. (©Terre-net Média) 

Bâtiment bovin sur paillage de miscanthusLe même bâtiment quelques jours après le curage et le renouvellement du miscanthus à 23 kg/m². (©E.Choiseau)

Miscanthus pour les vaches, les taries et les veaux

Depuis deux ans, l’élevage a remplacé la paille de blé par du miscanthus, ensilé en brins de 1 à 3 cm. Le miscanthus giganteus est une plante herbacée à très forte croissance, cultivée pour sa biomasse. Il peut être brûlé en tant que combustible en chaudière, ou utilisé comme matériau de construction isolant, en paillage horticole, en litière, voire même à faible dose, dans la ration des vaches pour forcer la rumination.

L’élevage utilise le miscanthus pour tous ses animaux : les laitières, les taries, les veaux en niches individuelles et en cases collectives. Il s’approvisionne auprès de Novabiom, une entreprise spécialisée dans l’implantation et la vente de miscanthus. Il est épandu au godet sur une vingtaine de centimètres de haut. Pour les 1 300 m² de la stabulation des vaches laitières, il faut environ 30 tonnes, soit trois camions de 90 m3 (la densité du miscanthus est très faible). Ce produit coûte environ 120 €/t, livré sur la ferme par Novabiom. Il en coûterait environ moitié moins si l’élevage s’approvisionnait directement auprès d’un producteur local. Il pourrait également implanter quelques hectares de miscanthus. La culture de cette plante ne demande pas d’intrant et qu’un seul passage par an au moment de la récolte à l’ensileuse en hiver. Les rendements sont de l’ordre de 15 à 25 tonnes MS/ha.

Pas de mammites

Adrien Solivo utilise le miscanthus de trois différentes manières selon les bâtiments. Dans la stabulation des vaches laitières, il passe tous les matins avant la traite pour remuer la litière avec un outil à dents (type canadien). Les vaches sont maintenues hors de l’aire paillée durant quatre heures, ce qui laisse le temps à l’humidité de s’évacuer. Contrairement à du compost, la litière ne fermente pas, ne chauffe pas et n’a pas d’odeur. « C’est un produit sain. Nous n’avons plus de mammites d’environnement, et nous livrons du lait en qualité "A" tous les mois, affirme Adrien Solivo. Par contre, pour que cela fonctionne bien, il faut un bâtiment très ouvert et ventilé afin que la litière puisse sécher et ne pas laisser les vaches se recoucher tout de suite après avoir remué. Nous avons un climat assez humide, la litière prend l’eau mais elle sèche très rapidement avec un brin de soleil. »

Les trayons peuvent parfois être un peu plus longs à nettoyer, mais les bouses ne collent pas aux mamelles comme on peut le voir en aire paillée classique. « Les vaches sont plutôt propres, elles ne se salissent que durant les deux dernières semaines avant le curage. Contrairement au fumier, la saleté n’adhère pas aux poils, et les vaches redeviennent propres dès que l’on renouvelle le miscanthus. » Le curage a lieu trois à quatre fois par an : tous les deux à trois mois en hiver et nettement moins souvent aux beaux jours. L’été dernier, la stabulation n’a pas été curée pendant près de sept mois alors que les vaches ne sortent pas.

Dans le bâtiment des vaches taries, la charpente est trop basse pour qu’Adrien puisse remuer la litière au tracteur. La densité de vaches est importante (moins de 5 m²/VL) et la litière n’étant pas remuée, les vaches se salissent davantage. L’éleveur préfère épandre une dizaine de centimètres de miscanthus au départ et curer plus régulièrement, toutes les quatre à six semaines.

Adrien apprécie également le miscanthus pour les veaux : « je ne remue pas la litière des veaux et génisses que je cure rarement. J’ajoute seulement un peu de miscanthus quand ça commence à être sale. Le miscanthus absorbe un peu d’eau mais il a plutôt un effet drainant, comme un matelas de gravier. Les veaux sont toujours au sec, même en niches individuelles. »

Pour beaucoup d’autres animaux

Cette litière est connue en aviculture. Adrien est convaincu que le miscanthus peut convenir en litière pour beaucoup d’autres animaux ou dans les bétaillères. « J’ai quelques lapins en clapier par exemple, ça fonctionne très bien. J’ai même des génisses sur miscanthus que je n’ai pas curé depuis deux ans ! Donc, pour des animaux aux excréments assez secs comme les brebis ou les chèvres, je suis sûr qu’il n’y aurait pas besoin de vider la litière avant plusieurs années. De même, pour le paillage des stabulations de vaches allaitantes ou de jeunes bovins, dans les régions qui manquent de paille. Auparavant, nous avions essayé la sciure de bois, cela ne nous avait pas du tout convaincu : la sciure absorbe l’eau et nous avons rencontré des problèmes de mammites. »

J’ai même des génisses sur miscanthus que je n’ai pas curé depuis deux ans !

Contrairement au fumier classique, le miscanthus présente un atout indéniable : pas besoin de construire de fumière, ni de bâtiment pour stocker les bottes de paille. Les agriculteurs épandent directement ce « compost » sur les cultures ou peuvent le stocker aux champs hors des périodes d’épandage autorisées. Il n’y a pas non plus besoin d’être équipé de pailleuse, voire même de presse à balle ronde. Pour ce grand troupeau, l’achat du miscanthus coûte un peu plus de 13 000 € par an, mais l’exploitation a fait d’importantes économies de fioul et s'est dispensée de très nombreuses heures de travail au quotidien ainsi que durant les chantiers de paille et d’épandage du fumier.

Moins de 2 000 €/place tout compris

Question coût de logement, difficile de faire moins cher. Ce bâtiment de 196 places au cornadis, a coûté 400 000 euros tout compris, c’est-à-dire avec la fosse à lisier, le système d’hydrocurage, la salle de traite 2*10 simple équipement, la laiterie, le tank, etc. Soit un coût de construction inférieur à 2 000 euros par place. L’ensemble est amorti sur 10 ans.

« Si c’était à refaire, je ne mettrais sans doute pas de chien électrique mais je doublerais la surface de l’aire paillée, observe Emmanuel Choiseau. Aujourd’hui, chaque vache dispose d’environ 6,5 m² de couchage, l’idéal serait qu’elles aient 10 à 12 m² chacune. Je conserverais un bâtiment monopente très ouvert et aéré et j’ajouterais des ventilateurs. » Les agriculteurs sont satisfaits de l’hydrocurage du couloir d’exercice extérieur qui fonctionne bien, même par très grand froid. Néanmoins, les frais d’électricité liés au pompage de l’eau restent élevés.

Au total, l’élevage détient près de 350 animaux pour une production annuelle d’1,8 million de litres de lait. La traite n’occupe qu’une seule personne à la fois. Il suffit de deux personnes (Adrien et une vachère) à l’année pour s’occuper de l’intégralité du troupeau. Adrien insémine et fait le contrôle laitier lui-même. Avec un système à la fois très simple et intensif (11 500 litres/VL), cette exploitation affiche une productivité record de près de 900 000 litres/UMO !

Bâtiment d'élevage monopenteCe bâtiment d'élevage très simple permet à Adrien Solivo et une salariée de produire 1,8 million de litres. Une productivité impressionnante. (©Terre-net Média)

N.B : *source : L'observation du troupeau bovin (Lensink, Leruste), Editions France Agricole.

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DÉJÀ 7 RÉACTIONS


RENARD JEAN
Il y a 1136 jours
En été vaches paturent le jour mais pas la nuit , batiment fermé mais bien ventilé grand volume . Conseillé vous cette technique?
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Anne
Il y a 1136 jours
Quelle est la valeur fertilisante du fumier de miscanthus ?
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Robin Vergonjeanne
Il y a 1141 jours
@Yohann : Si la vidéo ne fonctionne pas , c'est sans doute que vous avez une bloqueur de publicité. Essayer de le désactiver et de relancer la vidéo.
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Yohann
Il y a 1141 jours
Très intéressant!
Est-ce que vous pouvez faire en sorte que la vidéo fonctionne?
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capitaine
Il y a 442 jours
batiment ouvert au sud avec aire d'erxercice à ciel ouvert(comme dans le reportage avec la vidéo)mais sans chien electrique pour moi.Juste un ruban electrique que les vl ne puissent pas se recoucher pendant la traite ,comme avec un aire paillée traditionnelle.un passage de décompacteur 13 dents 1 fois par jour.prévoir 90mcubes pour 400mcarrés(10T)
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Rg
Il y a 445 jours
Et votre bâtiment il est comment? (Niveau aération : ouvert fermé mais très bien ventilé ? )
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Capitaine
Il y a 456 jours
J'ai paillé mes vaches pendant 20 ans et je viens de débuter avec le miscanthus.c'est sans appel ! La pailleuse est à vendre .sur tout les points c positif.
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