CIA Crespelle (35)Le dernier centre d'insémination privé de France fait de la résistance !

| par | Terre-net Média

Fondé en 1961, le centre d'insémination de la Crespelle est aujourd'hui le dernier CIA privé de France. Tandis que l'épisode de la loi sur l'élevage de 1966 a écrasé quasiment toutes les entreprises d'insémination privées, la Crespelle a su résister face aux grandes coopératives et compte aujourd'hui plus de 200 reproducteurs à son catalogue.

Vue aérienne du CIA Crespelle (35)Le centre d’insémination artificielle bovine de la Crespelle a été fondé en 1961 et agréé en 1962 comme centre de production ainsi qu’entreprise de mise en place. (©Sur la route de nos assiettes/CIA Crespelle)

À la limite entre l'Ille-et-Vilaine et la Mayenne se trouve le dernier centre d'insémination artificielle bovine privé de France : le CIA Crespelle. L'entreprise créée en 1961 dispose de sa propre taurellerie pour produire des semences selon un schéma de sélection qui lui est propre : « pour des vaches rentables et durables. »

« On s'intéresse surtout aux performances réelles de l'animal plutôt qu'aux prédictions. Rien de scientifique, que du concret ! », explique Vincent Jouan, petit-fils du fondateur du centre. Avec une dizaine de salariés à La Chapelle-Janson, il travaille comme technicien auprès de son père qui tient aujourd'hui les rennes de l'entreprise familiale.

Vincent Jouan du CIA Crespelle (35)Vincent Jouan est la 3e génération du CIA Crespelle. Comme son grand-père et son père, il compte bien faire perdurer l'entreprise familiale. (©Sur la route de nos assiettes/CIA Crespelle)

Retrouvez bien d'autres articles sur le sujet grâce au tag Génétique

Face aux grosses coopératives, le CIA Crespelle  a mérité sa place

À la Crespelle, on est bien loin des grosses structures avec des grands locaux, des centaines de salariés, etc. Pourtant, l'entreprise propose un choix de plus de 200 taureaux, elle suit près de 2 000 élevages, pose environ 100 000 paillettes/an et exporte sa génétique à l'international. La taurellerie est quant à elle toujours pleine et ici on ne lésine pas sur les moyens lorsqu'on investit dans un reproducteur. « On est déjà montés à 12 000 € pour un taureau », explique Vincent lors de la visite.

Taurellerie du CIA Crespelle (35)Le centre d'insémination de Crespelle (Ille-et-Vilaine) exporte ses semences en Europe et à l'international. (©Terre-net Média) Ces 60 dernières années n'ont cependant pas été de tout repos pour le CIA qui aurait pu, comme beaucoup de ses concurrents, mettre la clé sous la porte. « Dans les années 60, il y avait 21 centres d'IA privés en France et nous sommes aujourd'hui le dernier », déplore Vincent. « La loi sur l'élevage de 1966 visant à cadrer les activités génétiques des productions animales avait institué un monopole aux coopératives concernant les activités d'insémination. » En clair, l'État concentrait ses subventions sur certaines entreprises prédéfinies. « Comme toutes les entités privées, le CIA Crespelle n'avait donc plus aucune aide pour développer sa génétique mais aussi et surtout, il travaillait dans l'illégalité. »

« L'éleveur doit pouvoir choisir ses prestataires, comme il choisit ses fournisseurs »

Autant dire que cette loi a eu de grosses conséquences sur le centre : « N'étant pas reconnu, tout le travail génétique qui était fait était non officiel. Les éleveurs qui travaillaient avec le CIA Crespelle ne pouvaient plus faire de concours, un jeune agriculteur pouvait perdre une partie de sa DJA s'il commandait ses semences chez nous, l'activité à la taurellerie était illégale. »

Aujourd'hui, il n'y a quasiment plus aucune concurrence, les éleveurs sont liés à leur coopérative.Comme cité plus haut, toutes les entreprises privées fermaient les unes après les autres : « On a manifesté, mais rien n'y faisait. On a d'ailleurs payé de grosses amendes durant tout ce temps. La note globale s'élève à plus d'1 million d'euros ! » Mais l'entreprise a su résister. « Heureusement, on pouvait compter sur des salariés motivés et des éleveurs qui suivaient. » Et tout ceci n'a pris fin qu'en 2006 lorsque la loi d'orientation agricole a mis un terme à cette situation de monopole. « On regrette que ça ait pris autant de temps. Aujourd'hui, il n'y a quasiment plus aucune concurrence sur le marché. Les éleveurs sont liés à leur coopérative. Ils devraient pourtant pouvoir choisir leurs prestataires, comme ils choisissent leurs fournisseurs. »

Mise en place + prix de la semence, nous sommes 35 % moins cher que nos concurrents.Finalement, le CIA Crespelle détient aujourd'hui le monopole du privé : « Toutes ces contraintes nous ont quand même apporté un peu de positif puisqu'on récupère aujourd'hui beaucoup de clients qui se fâchent avec leur coopérative d'insémination. » Vincent affirme par ailleurs que les prestations du centre sont 35 % moins chères qu'ailleurs, « un comble alors que nous sommes un privé et eux des regroupements d'éleveurs. »

« Le génotypage a ses limites alors que le testage est concret »

À l'heure actuelle, l'entreprise n'a pas accès au génotypage car la puce est détenue par les coopératives. « Pour ceux qui le souhaitent vraiment, on peut faire génotyper nos taureaux holsteins en Hollande mais on parlera donc en INET, pas en ISU. » Mais le fait d'être "privé" de génomie ne déplaît pas aux dirigeants du centre. Vincent explique : « Trop de taureaux passent à la trappe juste parce que les prédictions sur le papier sont mauvaises. Nous, on préfère se fier au testage, c'est du concret au moins. »

Taurellerie du CIA Crespelle (35)Les taureaux sont collectés une fois par semaine. Le reste du temps, ils sont logés en case individuelle et certains ont accès au pâturage. Leur alimentation se compose de foin, paille, betteraves et granulés. (©Terre-net Média)

La taurellerie compte en permanence une quarantaine de reproducteurs lait et viande toutes races confondues qui sont achetés ou mis en pension. « Quand on repère un mâle intéressant, on cherche à obtenir un ou plusieurs fils puis on réalise les plans d'accouplement en fonction des vaches qu'on voit en ferme pour finalement acheter des veaux et ainsi de suite. »

Et la stratégie de l'entreprise semble payante puisque ses semences intéressent l'international. « On exporte en Hollande, en Allemagne, en Suisse, en Espagne, en Autriche et même au Mexique. » Quant aux achats, le centre fait venir des mâles à partir du sevrage pour les garder trois ans en moyenne. « Ils sont placés en quarantaine 60 jours pour réaliser une série d'examens avant d'intégrer les autres taureaux », précise Vincent.

Après tant d'années compliquées, le CIA Crespelle est aujourd'hui en rythme de croisière. De beaux projets l'attendent encore comme la réfection de la taurellerie : « Le bâtiment principal est d'origine. On compte le raser pour un faire un plus récent et plus confortable pour les taureaux. » Actuellement, l'entreprise cherche aussi à recruter de nouveaux inséminateurs polyvalents. « C'est l'avantage de la petite entreprise familiale : on fait aussi bien de la mise en place, que de la livraison de semences, des échographies ou encore une partie d'administratif pour ma part », conclut Vincent. D'ailleurs, il semblerait que les salariés se plaisent dans cette entreprise... Joseph Ferron en témoignait d'ailleurs dans Ouest France : l'inséminateur qui vient de prendre sa retraite a passé 57 ans au service du centre.


Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

A lire également

   Rechercher plus d'article

DÉJÀ 5 RÉACTIONS


debutant
Il y a 88 jours
bravo Vincent pour cet article .Tu mets en avant l integration de la selection par les cooperatives qui n en sont plus au travers de leur financiarisation .Comme partout Calimero faut trier .Quand tu vois le rendement genomique c est a pouffer de rire , avant de sortir un bon tu en as passe des tocards a ton insu (bien que tu n utilises pas ce type de selection comme tu le precises ) Ce qui est interessant dans cet article c est de savoir qui se cache derriere la genomique ? quels sont les investisseurs qui empochent le fric .Pas les eleveurs selectionneurs qui ont ete tout simplement integres !! comme dans le lait .Il n y a pas qu une seule et unique façon de penser la selection comme on voudrait nous le faire croire .Il suffit de consulter les partenaires du centre de la crespelle : KI SAMEN ,TRIPLE HILL et leur pages FB
Répondre
caliméro
Il y a 88 jours
Bah ça peut être moins cher, mais je peux t’assurer que t'en as pour ton argent... c'est de la génétique du siècle dernier, les descriptions des taureaux sont lunaires, il te parle de la couleur de la robe pour des taureaux laitiers car c'est la seule chose qu'ils peuvent comparer!
Je ne suis pas utilisateur de génomique mais ça c'est pire encore! les taureaux normands avec des pedigrees d'il y a 20 ans et des prim’Holsteins avec des défauts rédhibitoires (flingués en cellules ou dans les largeurs), les seuls intéressants sont tous du même père (maik), bonjour la consanguinité ...
autant se payer la formation IPE et se payer des doses, les vendeurs ne manquent pa
Répondre
man49
Il y a 88 jours
Je suis éleveur inséminateur, comment peut on avoir accès à la liste des taureaux PH? Comment peut on se procurer des doses si on est intéressé?
Merci
Répondre
grrr
Il y a 88 jours
souvent , à la solde d'elle-même tout simplement . De l'embonpoint dans les méthodes, élargir pour amortir....Ah paraître pour être
Répondre
tintin
Il y a 88 jours
les coopératives agricoles sont des mafias a la solde de quelques agriculteurs.....bravo a la crespelle qui a su résister aux pressions et qui prouve que l on peut etre 35 %- cher que les coops!!!
Répondre