[Reportage] L'Autriche laitière L'Autriche a su maintenir de nombreuses petites exploitations

| par | Terre-net Média

Avec en moyenne 20 hectares et 24 têtes de bétail par exploitation, soit une dizaine de vaches laitières, l'Autriche se caractérise par de petites structures familiales. Soutenue par le gouvernent et les consommateurs, une ferme laitière sur six est en agriculture biologique.

E lle fait partie de nos voisins les plus discrets. Pays de 8,6 millions d’habitants, l’Autriche est frontalière au nord avec l’Allemagne et la République Tchèque, et bordée au sud par la Suisse, l’Italie, la Slovénie et la Hongrie. La chaîne des Alpes s’étend sur toute la moitié ouest et sud du pays, tandis que les paysages du nord-est, autour de Vienne et de la plaine du Danube, se prêtent mieux aux grandes cultures.

La forêt couvre près de la moitié du territoire, et seules 16,6 % des terres sont cultivées, une proportion deux fois moins élevée qu’en France. Cette superficie agricole a diminué de 15 % entre 2000 et 2010 pour laisser place au reboisement suite à une forte baisse de la main d’œuvre agricole au cours de ces dernières années. Les prairies occupent environ 60 % de la SAU, mais étonnamment les troupeaux pâturent peu, hormis en alpage. La superficie moyenne des exploitations est de 19,2 ha (en 2010), l’une des plus petites d’Europe avec la Lituanie ou la Pologne.

L’Autriche compte 150 000 exploitations agricoles, dont 63 500 possèdent des bovins, quasiment autant que le nombre d’exploitations laitières françaises. Le cheptel national est estimé à 1,95 million de tête de bovins dont 530 000 vaches laitières, ainsi que 400 000 ovins et caprins. Les filières porc et volaille restent marginales.

Des petites fermes soutenues

Avec 24 bovins en moyenne (veaux compris) et autant d’hectares, les fermes sont familiales et servent souvent de double-activité en complément du tourisme par exemple. Car derrière ces moyennes, se cache un grand nombre de toutes petites exploitations de montagne. Par exemple, la ferme typique du Tyrol (le centre de l’Autriche) possède généralement 4 à 10 vaches, parfois traites et/ou laissées avec leurs veaux, pour entretenir les alpages et attirer les touristes dans leurs chambres d’hôtes à la ferme. Mais même en plaine, les grosses structures restent rares et très peu d’élevages dépassent la cinquantaine de vaches. Les étables entravées sont monnaie courante. La plus grande ferme laitière autrichienne trait 150 vaches.

Avec sa politique de protection du revenu de ses agriculteurs depuis l’après-guerre (quotas, droits de douane, soutien des prix par les consommateurs…), l’Autriche est aujourd’hui loin des modèles agricoles de ses voisins allemands de l’Est ou italiens du Nord . En effet, le gouvernement viennois, réputé conservateur, protège toujours le modèle agricole traditionnel et l’activité rurale en encourageant le tourisme, soutenant l’entretien des paysages ou l’agriculture biologique. Le deuxième pilier de la Pac a notamment joué un rôle majeur dans le maintien de l’agriculture autrichienne .

Grâce à ses nombreuses petites fermes d’élevage , l’agriculture représente encore 5 % de la population active autrichienne (à peine 2,4 % en France). Depuis son entrée dans l’Union européenne en 1995 puis dans l’euro-zone, l’Autriche poursuit ses efforts envers ses agriculteurs. Le coût de ce soutien, via la Politique agricole commune (Pac), est un peu près le même que dans les autres pays européens, par contre les contribuables et les consommateurs autrichiens supportent ces subventions avec un prix des denrées alimentaires environ 30 % plus élevés en Autriche que ceux du reste de l’UE.

Le pays où la Simmental est reine

L’Autriche produit 2 % du lait européen, soit 3,5 millions de tonne (Mt) de lait par an, ainsi que 0,8 Mt de tonne de viande et 4,8 Mt de céréales. Pour comparaison, la France produit 25,3 Mt de lait, 5 Mt de viande et 70 Mt de céréales.

La production de viande provient essentiellement du cheptel laitier. En effet, la race mixte Simmental (dite Fleckvieh en allemand) est très majoritaire en Autriche et plus généralement dans les élevages de l’arc alpin (Suisse, Bavière). Satisfaits par ses capacités de production, de reproduction et de qualité de lait, 80 % des éleveurs laitiers autrichiens travaillent avec de la Simmental. La moyenne d’étable nationale tourne autour de 7 000 kg de lait par vache et certains élevages de Simmental dépassent les 10 000 kilos par animal.

Comme tous les pays européens, l’Autriche subit actuellement l’arrêt des quotas laitiers et la concurrence internationale. En 2015, malgré la baisse des prix, l’Autriche a exporté davantage de lait (862 millions de litres) qu’elle n’en importe (512 Ml) et poursuit sa croissance à l’export (+ 7,7 % avec 349 Ml). Ces exportations concernent principalement le lait liquide et les yaourts, vers ses voisins : l’Allemagne (48 %), suivie de l’Italie (20 %), les Pays-Bas, la Slovénie et même l’Australie.

15 % de lait biologique

L'Autriche est le premier pays d'Europe en ce qui concerne l’agriculture biologique (AB) avec 20 % de sa SAU et 23 000 exploitations en bio. Plus de 6 300 agriculteurs, en particulier ceux des régions les moins favorisées et alpines, produisent du lait sous le cahier des charges AB. En 2014, 443 millions de kilos de lait ont ainsi été commercialisés en lait bio ; ce qui correspond à 15 % de la livraison de lait de l'Autriche. Près de la moitié de ce lait bio a été exporté, pour la plupart sous forme de fromages en Allemagne, forte consommatrice de produits bio.

Les régions montagneuses transforment une partie de leur lait cru en fromages, de type tomme de montagne à pâte dure. L’Autriche possède quelques spécialités fromagères sous appellations protégées (Bergkäse, Vorarlberg). Environ 11 % du lait livré est produit sans ensilage, uniquement au foin ou à l’herbe pâturée.


Actuellement, il devient très difficile de tirer trois revenus avec 35 vaches"

Manuel Eichinger et son père Alfred Manuel Eichinger et son père Alfred. (©Terre-net Média)

Manuel Eichinger a 22 ans et vient de s’installer sur la ferme familiale de 40 hectares à Ober Grafendorf à une centaine de kilomètres à l’ouest de Vienne. Avec ses deux parents, ce jeune éleveur autrichien trait 35 vaches pour une production annuelle de moins de 300 000 litres. Une exploitation de belle taille pour le pays.

En moyenne sur 2014, le prix du lait était de 0,39 €/litre. Mais comme en France, le prix du lait est tombé ces derniers mois entre 0,30 à 0,31 €/l. « Avec un coût de production autour de 0,27 €/l, il nous est difficile de tirer trois revenus, confie Alfred Eichinger le patriarche de la famille. Nous survivons mais il est impossible de prévoir l’avenir ni d’investir. Pour un jeune qui s’installe, ce n’est pas très motivant. En Autriche, comme ailleurs, la fin des quotas laitiers va pousser à la concentration des élevages. »

La ferme engraisse une dizaine de veaux mâles par an lorsque le prix de la viande est bon. Les taurillons sont nourris avec la ration des laitières puis vendus à 650 kilos, autour de 3,70 €/kg. « Pour cela, la Simmental est très bien adaptée à notre système. C’est une laitière suffisamment productive, sans soucis de santé et les veaux mâles et les réformes se commercialisent bien. » En effet, le troupeau de la famille Eichinger est d’un bon niveau génétique : d’une production de 6 000 kg/VL dans les années 2000, leurs Simmentales atteignent aujourd’hui 9 500 kg/VL de moyenne à 35 g/l de TA et 45,5 de TB.

La conduite du troupeau est simple : la ration est composée d’ensilage de maïs (70 %), d’ensilage d’herbe et de luzerne, complétés par de la paille et du concentré au Dac. Malgré un petit troupeau et des parcelles accessibles, aucun animal ne sort pâturer. Les génisses Simmental sont élevées dès leur plus jeune âge sur caillebotis et logettes, elles vêlent à 26 mois. La salle de traite 2x3 postes a été construite sans aire d’attente ; les vaches rentrent d’elles-mêmes, parait-il.

A la chute du prix du lait s’ajoute un nouveau problème qui vient perturber l’économie agricole de la région : le biogaz. « Il s’est construit sept unités de méthanisation à 15 km à la ronde. Il s’agit pour la plupart d’entreprises privées qui passent des contrats avec des céréaliers. Le méthane est produit à 90 % à partir d’ensilage de maïs, sans effluents d’élevage. » Suite à la forte concurrence du biogaz dans la région, le prix des terres en location a flambé et les bonnes parcelles se louent désormais 700 à 1 000 euros par hectare et par an. Heureusement les Eichinger sont propriétaires de la majorité de leurs terres.

Simmental Eichinger Les Simmentales couchent dans des logettes creuses, paillées une fois par semaine. (©Terre-net Média)  

Cage de parage monté sur un treuil La cage de parage à retournement (la vache bascule sur le côté) est montée en l'air par un treuil électrique pour ne pas prendre de place au sol. (©Terre-net Média)  

Distributrice Silokamm (Siloking) montée sur un charriot élevateur La désileuse distributrice portée Silokamm (marque Siloking) est montée sur un chariot élévateur. (©Terre-net Média)  

Génisses simmentales sur caillebotis et logettes Pas de pâturage pour ses génisses simmentales élevées par petits lots sur caillebotis et logettes. (©Terre-net Média)  


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DÉJÀ 1 RÉACTION


Arthuralphonse
Il y a 176 jours
C est dommage que les vaches ne paturent pas en ete chez moi les etables son carement vide plusieurs mois de l annee
Une vache est faite pour vivre a l exterieure et non dans un etable c est la nature
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