Directive nitratesDes éleveurs laitiers à l'herbe menacés de devoir changer leur mode de production

| par | Terre-net Média

En application de la directive nitrates dans les zones vulnérables, l'administration a adressé aux éleveurs laitiers en système herbager un courrier les menaçant de devoir arrêter leur mode de production. La Fnpl demande au ministère de l'Agriculture de proposer d'autres alternatives aux éleveurs concernés.

Les systèmes herbagers menacés par la directive nitrates
Si les vaches nourries à l’herbe rejettent plus d’azote que celles alimentées avec d’autres fourrages,
la réglementation antérieure tenait compte du fait que l’herbe recycle très bien ces surcroits d’azote.
(© Terre-net Média)

Début juin 2012, des éleveurs laitiers situés en zone vulnérable, en conversion à l’agriculture biologique ou ayant signé une Mae, ont reçu de la direction départementale des territoires un courrier leur indiquant qu’ils pourraient ne plus pouvoir poursuivre leur mode de production biologique.

« De part l’augmentation réglementaire des normes de rejet d’azote, votre exploitation pourrait ne plus être en mesure de poursuivre l’activité agriculture biologique », explique la Ddt dans ce courrier.

Jusqu’au 31 août 2012, une vache laitière rejette 85 kg d’azote par an selon l’actuelle norme. A partir du 1er septembre 2012, en application de la directive nitrates, cette norme change. Les rejets d’azote des vaches laitières dépendront de sa production laitière et du temps passé à pâturer à l’extérieur des bâtiments.

Le ministère de l’Agriculture a par ailleurs prévu une période de transition pour les élevages ayant plus de 75 % de surface en herbe dans la surface fourragère principale. Pour ces élevages, une valeur de 95 kg d’azote/an/vache s’appliquera du 1er septembre 2012 au 31 août 2013.

 

La révision des zones vulnérables très critiquée par la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne

Dans un communiqué, la Chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne indique qu'elle s'oppose résolument à l'extension des zones vulnérables pour des raisons techniques et économiques.

« Les données statistiques et les mesures sur lesquelles s'appuient l'Administration sont erronées », explique-t-elle.

« Un classement en zones vulnérables impliquent des investissments très lourds au niveau des exploitations d'élevage et des contraintes supplémentaires avec des conséquences dommageables sur les aides PAC », poursuit-elle.

Cette nouvelle réglementation menace de nombreux élevages en système herbager, notamment les élevages laitiers biologiques ou en phase de conversion, qui devront réduire, pour bon nombre d’entre eux, le temps de pâturage, sous peine de ne plus respecter le plafond de 170 kg/ha d’azote issu des effluents d’élevage.

 

« Ces nouvelles normes reviennent à dire que plus un éleveur fait pâturer ses vaches, plus il pollue !. Ce qui est aberrant », s’insurge la Fnpl.

Une application tatillonne et précipitée du nouveau réglement

En janvier dernier, la Fnpl avait réclamé une dérogation à ce plafond de 170 kg/ha. A l’époque, le ministère de l’Agriculture français s’était engagé sur l’obtention de cette dérogation. « D’autres pays voisins l’ont déjà obtenue », selon le syndicat. Les Pays-Bas, l'Irlande, la Pologne ou le Danemark, notamment, ont obtenu des dérogations à la directive avec des plafonds pouvant atteindre, pour certains d'entre eux, 250 kg/ha/an.

« Six mois plus tard, une application tatillonne et précipitée du nouveau règlement fragilise des éleveurs laitiers qui se sont engagés dans une démarche en phase avec les attentes environnementales de la société », explique la Fnpl.

De son côté, les Ddt proposent aux éleveurs concernés de leur renvoyer un courrier-type, d’ici le 15 juin prochain, leur indiquant qu’ils renoncent aux soutiens à l’agriculture biologique pour 2012 tout en demandant à ne pas devoir rembourser les aides perçues en 2011.

La Fnpl, qui estime que ces nouvelles normes vont « à contre-courant des objectifs politiques affichés d’un meilleur respect de l’environnement », appelle les éleveurs à ne pas répondre à ce courrier dans l’immédiat. Le syndicat demande au ministère de l’Agriculture de proposer « d’autres alternatives » aux éleveurs concernés.

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