ProspectiveQuelle transmission en élevage à l'horizon 2025 ?

| par | Terre-net Média

Le ministère de l'agriculture a réalisé une étude sur la transmission des élevages en 2025 afin de pouvoir réfléchir d'ici là et proposer des outils adaptés pour accompagner cette phase cruciale de la vie d'une exploitation. Quatre scénarios, plus ou moins optimistes, sont envisagés.

elevage intensif versus extensifLe modèle de transmission des élevages à l'horizon 2025 sera fortement lié au type d'exploitations dominant. (©Terre-net Média) Un prix du lait au ras des pâquerettes et volatil, des incertitudes sur la Pac, en particulier sur son budget global et celui des aides, mais aussi sur les politiques agricoles nationales, un marché foncier tendu avec des tarifs de plus en plus exorbitants, un métier exigeant de plus en plus de capitaux et de compétences pour un salaire dérisoire, alors que la pénibilité de certaines tâches reste importante, que les normes sont de plus en plus contraignantes et que la pression écologiste et anti-élevage ne cesse de se durcir : pas étonnant, vu la conjoncture politique, économique et sociétal, que les éleveurs aient de plus en plus de mal à trouver un repreneur et à transmettre leur ferme.

C'est pourquoi la transmission en élevage est devenue le cheval de bataille de nombreux organismes agricoles. L'Institut de l'élevage-Idele par exemple a lancé le projet Orgue pour travailler autour de l'organisation du travail et des relations humaines. Le ministère de l'agriculture, quant à lui, a mené une réflexion prospective sur le sujet. Car s'il est déjà compliqué de transmettre son élevage aujourd'hui, qu'en sera-t-il en 2025 ? Quatre scénarios, plus ou moins optimistes, sont envisagés, sur lesquels l'impact de la suppression des quotas laitiers est difficile à mesurer.

1er scénario : Des transmissions toujours difficiles

Le premier, baptisé "des agricultures héritées", repose sur plusieurs hypothèses :

  •  un contexte économique qui reste dominé par une forte volatilité des marchés agricoles et des prix bas,
  • le maintien de la politique agricole actuelle, en France et en Europe, mais avec un verdissement plus marqué (conditionnalité des aides, réduction de l'usage des produits phytosanitaires, changement des pratiques culturales et zootechniques),
  • la poursuite de la baisse du nombre d'exploitations, dans les mêmes proportions qu'actuellement, et une légère diminution du potentiel de production,
  • des agriculteurs qui s'adaptent, en restructurant leurs fermes, en essayant de mieux maîtriser leurs prix de vente et en ayant davantage une logique entrepreneuriale, mais qui pèsent de moins en moins lourd dans l'économie et la société, ce qui entraîne une spécialisation des régions agricoles et une perte d'attractivité du métier.

En production laitière plus spécifiquement, « la spécialisation se poursuit dans le Grand Ouest, où les structures s'agrandissent et se robotisent, précise l'étude. Parallèlement, les zones fromagères en appellation d'origine protégée (AOP) sont préservées et regroupent des entreprises agricoles diversifiées ». Toutefois, le poids des producteurs de lait demeure faible face aux industriels, qui ont mené une profonde restructuration. En élevage allaitant, le débouché italien est en perte de vitesse mais perdure malgré tout. Alors que des producteurs se tournent vers les grandes cultures, d'autres choisissent d'extensifier leur système ou d'engraisser les broutards. Les bassins naisseurs/engraisseurs se spécialisent avec la reconversion de certains ateliers laitiers.

robot de traite Le premier scénario devrait accentuer « la spécialisation laitière dans le Grand Ouest, avec des structures qui s'agrandissent et se robotisent », précise l'étude du ministère.(©Terre-net Média) En matière de transmission d'exploitation, que laisse présager ce scénario, dans la droite ligne des évolutions que connaissent l'agriculture et l'élevage depuis quelques années ? Selon le ministère de l'agriculture, il entraînerait « le développement du portage du capital par des tiers et la mobilisation des collectivités dans les territoires les plus fragiles ».

2e scénario : des formes qui se diversifient

Le deuxième scénario, appelé "des agricultures contractualisées", est basé sur les postulats suivants :

  • la « libéralisation accompagnée de la politique agricole » impliquant la mise en place d'un système d'assurance multirisque, la décentralisation du Feader et l'assouplissement des dispositifs nationaux d'encadrement de l'activité agricole,
  •  un « environnement protégé par la réglementation et intégré grâce à la mobilisation des filières »,
  • des zones agricoles « fragilisées sans identité, ni avantage comparatif, ni dynamique entrepreneuriale » malgré l'implication des collectivités territoriales,
  • une diminution du nombre d'entreprises agricoles qui s'accentue, avec préservation voire amélioration du potentiel de production,
  • un emploi qui peine à se stabiliser et qui exige un niveau de qualification supérieur pour les salariés,
  • des agriculteurs moins nombreux, mais développant leurs exploitations en modifiant leur fonctionnement (statut, capital, etc.), mais « acteurs des territoires parce qu'ils contractualisent leur potentiel économique ».

bovins viande  Selon ce scénario, l'engraissement des bovins viande connaîtrait un regain d'intérêt sur le territoire français. (©Terre-net Média) Dans le secteur animal, les tendances décrites dans le premier scénario sont amplifiées. De nombreux éleveurs abandonnent le lait et ne subsistent que « des producteurs très performants, à la tête de gros cheptels et d'ateliers modernes ». Quelques circuits courts voient le jour en parallèle. En viande, l'engraissement des bovins connaît un regain d'intérêt sur le territoire français, aboutissant en 2025 à l'arrêt des exportations de broutards vers l'Italie. « Certains élevages se restructurent, d'autres s'extensifient », explique l'analyse. Beaucoup nouent des contrats avec l'aval pour adapter leurs produits à la demande.

Cette série de changements s'accompagne d'une certaine sécurisation de l'activité agricole qui, avec l'essor des formes sociétaires, facilitent la transmission.

3e scénario : de nouveaux modèles

À travers le troisième scénario, dit "des fermes-usines", le ministère de l'agriculture prévoit :

  • la libéralisation des marchés, mais avec des filières agricoles puissantes, en particulier au niveau de l'aval, et une demande dynamique,
  • un affaiblissement de la politique agricole (disparition des aides directes, délégation totale aux Régions, alignement sur le droit commun des entreprises),
  • des agriculteurs très techniques, intégrant des process de type industriel, d'où un cadre réglementaire strict (phytos, gaz à effet de serre), une autorisation des OGM et des tensions environnementales, avec une logique d'entreprise (arrivée d'investisseurs privés, modification du statut d'agriculteur),
  • une disparition des petites fermes et entreprises individuelles, le potentiel de production global restant identique grâce à une main-d'œuvre qualifiée.

En conséquence, on observe une concentration de l'élevage laitier, avec des ateliers peu nombreux mais de grande taille utilisant les nouvelles technologies. « Quasiment intégrées par les outils industriels, qui se sont restructurés, ce sont des partenaires qui disposent d'un réel pouvoir sur le marché. Seules les AOP, très bien valorisées, tirent leur épingle du jeu. » Près des villes, des fermes se regroupent pour vendre en direct à grande échelle, mais ce mode de commercialisation demeure marginal. En production de viande, les maîtres-mots sont également restructuration et spécialisation, conduisant une « quasi-intégration dans l'aval de la filière, qui garantit les débouchés et accompagne la modernisation et l'adaptation » des exploitations. Les bassins allaitants se vident de leurs élevages et la forêt gagne du terrain.

La transmission des fermes se retrouve face à des mutations majeures liées au changement de statut des agriculteurs, au recours à des outils de droit commun employés par les PME et à la montée en puissance des apporteurs de capitaux extérieurs au secteur agricole. Dans certaines zones, les collectivités territoriales accompagnent les projets.

Grande salle de traiteDans le troisième scénario, on observe une concentration de l'élevage laitier, avec des ateliers peu nombreux mais de grande taille. (©Watier-Visuel)

4e scénario : des reprises facilitées

Quant au quatrième scénario, il sous-entend :

  • une Pac forte et axée sur l'économie des territoires et la protection de l'environnement, via un véritable pacte,
  • des agriculteurs « acteurs », qui recherchent la double performance économique et environnementale et peuvent compter sur un soutien familial et local,
  • le retour du modèle d'entreprises familiales, de taille limitée, mais qui peuvent faire appel sous contrôle à des capitaux extérieurs et qui s'engagent dans des initiatives collectives, créatrices de valeur ajoutée, d'économies d'échelle et de lien social de proximité,
  • l'enrayement de l'érosion du nombre de fermes, avec une reconquête possible de certaines zones par les néo-ruraux, mais par contre un recul du potentiel de production,
  • une implication forte des collectivités locales pour dynamiser leur bassin de vie et organiser les circuits de commercialisation de produits agricoles.

Résultat, en lait comme en viande : « les fermes sont diversifiées et assurent l'alimentation de leur troupeau ». Le partage du travail, des investissements et du risque entre plusieurs exploitations est la clé de ce système, qui permet de conserver un tissu laitier conséquent. « Des ateliers de taille modeste restent très présents en zones périurbaines et AOC, où ils bénéficient de l'appui des collectivités et même des coopératives pour le développement de circuits courts, et la nécessaire adaptation de leurs pratiques », détaille la prospective du ministère.

Ce dernier scénario redonne de l'attractivité au métier d'agriculteur et d'éleveur. Entre celui-ci et le premier, où elle est totalement érodée et où les reprises qui se complexifient parce que la situation économique et politique actuelle de l'agriculture reste inchangée, différentes solutions peuvent être favorables à la transmission des élevages : généralisation des formes sociétaires, portage du capital, modernisation des ateliers, augmentation du niveau de technicité des producteurs... L'avenir nous dira vers quel modèle d'exploitation et de transmission notre pays se dirige. Peut-être sera-t-il un mélange entre ces quatre scénarios ? Une chose est sûre cependant : le financement du capital d'exploitation, l'acquisition de compétences solides et variées et la sécurisation de l'activité agricole seront primordiales.


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DÉJÀ 9 RÉACTIONS


Nicolas80
Il y a 80 jours
Il y a bientôt les élections chambres
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Marius
Il y a 81 jours
Le lait au prix de pâquerettes. Normal tant que les industriels etrangleront les producteurs passifs. Avec accord tacite de la fnsea qui prône plus de production égal plus de revenus. Ce qui est complètement faux. amis producteurs faitent de la transformation et vente à la ferme. Et au lieu de vendre vos veaux (voire les tuer dès la naissance : cela se passe) à trois jours donnez du lait entier et vendez les en boucheries (les bouchers sont demandeurs et vous pourrez faire les prix et non imposés par les industriels . Prenez l'exemple de la ferme Marjon (pas obligatoire en bio)
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agregat
Il y a 82 jours
Comme goutes les structures d'élevage ou céréalières, l installation ne pourra s envisager que sous des formes sociétaires capable de réunir de plus en plus de capitaux..
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Lopin 104
Il y a 82 jours
Pour faire des installations il faut que les jeunes soient assurés d avoir un revenu correct et des conditions de travail comme leurs concitoyens après on verra
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CHTI
Il y a 82 jours
La question majeure de l installation est l accès au foncier indispensable pour les cultures de ventes et les fourrages, or la spéculation délirante sur ce foncier condamne les jeunes candidats à l installation soit au suicide économique et humain soit à renoncer à leur installation.
pour info dans ma région qui est un secteur très moyen avec cailloux les ventes annoncées par la safer libre d occupation sont régulièrement à 20.000euro/ha et les reprises à 10.000euro/ha.
Face à cette situation il faut un changement radical tant politique(suppression des avantages fiscaux pour les parcelles boisées qui ne sont que des aires de jeu pour chasseurs qui assouvissent sans partage, car il n existe quasiment plus de chasses communales, leur loisir) que culturel car la terre est un bien commun précieux que nous avons reçu de nos ailleux et que nous devons transmettre à nos enfants pour qu ils puissent continuer à se nourrir.
Le foncier agricole bien qu étant un bien privé il est d intérêt commun est il doit à ce titre avoir un statut particulier.
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ceres
Il y a 83 jours
je n arrive pas a comprendre qu on nous ponde des scenarios moyens et longs termes quand on n est pas fichu de s occuper des problemes actuels .il n y a plus de volontè ni de vue du lendemain .Meme nos dirigeants ne savent plus ou on va
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jean chiemarace
Il y a 84 jours
faut arreter les conneries les transmissions ne sont possible qu'a conditions de vivre comme un bagnard et avec peu pendant les 7 premieres années le temps que les 1er crédits se terminent avec du matos usé la meuleuse et le post a souder sont tes meilleurs amis, les jeunes agriculteurs qui n'ont pas repris derriere papa et maman fortunés ne font que jongler avec des crédits ou se pose la question de comment mettre fin a cette merde soit tout bazarder ou alors le meilleurs endroit pour accrocher la corde,voila la triste realite des installations de jeunes , je suis installé depuis 3 ans et je sais pas si je tiendrais encore 4 ans pour pouvoir enfin apercevoir une petite lumiere au bout du tunnel, la pac devrait subventionner une avance pour les jeunes installé meme en récupérant la somme sur 7 ans pour des choses concretes, il faut etre fou de s'installer a la vue des sommes empruntées,je n'ai que 70 ha(apparement pas assez pour etre competitif) et je n'en veux pas plus ma passion est devenu mon pire cauchemar et pourtant je n'ai investi dans du gros matos ni grosse cathedrale....
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steph72
Il y a 84 jours
IL y a beaucoup de personnes qui sont payés pour faire des prévisions.
Concrètement si le prix du lait et de la viande ne bougent pas,les petites ,moyenne et grosses vont aussi disparaitre.
Par le fait seulement que beaucoup de producteurs partiront à la retraire et peu de jeunes voudront se risquer de s'endetter ,de travailler beaucoup et peu de rémunération.
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Méteil
Il y a 84 jours
Beaucoup de gens qui s intéressent à nous car si l on disparaît une majorité d entre eux aussi Techiquement l option trois va beaucoup faire plaisir aux organisations environnementales Au lieu de bouffer des budgets colossaux on ferait mieux de mettre en application les EGA car le lait à moins de 335 avec une production en baisse c est pas un scandale ? Mais le syndicalisme est heureux ! !!!!!!!
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