Gaec de la Rousselière (44)« Nous réduisons notre production laitière et créons de l'emploi »

| par Nathalie Tiers | Terre-net Média

Le Gaec de la Rousselière (44) est en agriculture biologique depuis 20 ans. Avec une nouvelle génération d'associés installée en 2018, il s'engage dans des projets de transformation dont les conséquences seront de diminuer le volume de lait et de doubler les emplois.

Ludovic Orain et Jérémy Vail du Gaec de la RousselièreLudovic Orain et Jérémy Vail sont plus particulièrement affectés à l’activité laitière du Gaec. (©Nathalie Tiers)

Ils se sont installés tous les trois le 1er avril dernier, le jour-même du départ en retraite de Claude Orain. Ses deux fils Aurélien (33 ans) et Ludovic (30 ans), ainsi que Jérémy Vail (27 ans), ont pris la relève du Gaec de la Rousselière à Châteaubriant (44), aux côtés de Marie-Noëlle Orain, dont la transition vers la retraite se fera progressivement les deux prochaines années.

Tous les trois ont effectué leurs études agricoles après avoir travaillé plusieurs années dans le domaine de l’animation notamment. « Pour notre père, reprendre l’exploitation familiale ne fût pas un vrai choix, raconte Ludovic. Pour nous, ça l’est, car nous avons eu la possibilité d’opter pour une autre voie. Nous voulions revenir à La Rousselière avec un projet ayant du sens, une ferme ouverte sur l’extérieur, et être acteur de la vie locale sur le territoire. Nous poursuivons ainsi une dynamique amorcée par nos parents en accord avec l’évolution des attentes de la société. »

Les 4 ha de blé sont transformés en farine avec laquelle les associés fabriquent du pain sur l'exploitation.

L’exploitation compte 100 hectares dont 85 en herbe, 3 ha de maïs fourrager, 4 ha de blé panifiable et 8 ha en mélange céréalier récolté en grains pour les animaux (avoine, triticale, seigle, pois). « Nous produisons 30 quintaux de blé bio par hectare. Il est transformé par un meunier en farine, avec laquelle nous fabriquons du pain depuis 2015, indique Ludovic. Nous allons passer à 5 ha de blé car le fournil explose avec aujourd’hui 300 kg de pain par semaine. » Le projet de fournil a été plus particulièrement porté par Aurélien, salarié sur cette activité dans un premier temps. L’investissement dans cet outil s’est élevé à 50 000 euros. La fabrication du pain a lieu le mardi et le vendredi avec vente sur place dans la foulée de 16 h à 19 h à une quarantaine de clients. Le pain est également écoulé via le magasin Biocoop de Châteaubriant (12 000 habitants), le marché du bourg le mercredi, un marché de producteurs le samedi, ainsi que l’épicerie Vival et... le Cerfrance accompagnant l’exploitation.

Aurélien Orain dans le fournil qui produit à ce jour 300 kilos de pain par semaine.Aurélien Orain dans le fournil qui produit à ce jour 300 kg de pain par semaine. (©Gaec de la Rousselière)

Réduire le cheptel pour mieux valoriser le lait

Forts de cette expérience en vente directe, les jeunes installés se lancent désormais dans un atelier de transformation du lait, principalement en fromages de type pâte pressée cuite, pour lesquels il n’existe pas à ce jour de production sur le secteur. « Actuellement, les 55 Montbéliardes produisent 380 000 litres de lait bio, avec une moyenne de 6 500 litres par vache en lactation, explique Ludovic. Nous avons construit notre étude économique sur un volume transformé de 100 000 litres à partir d’un troupeau de 40 vaches à 4 000 litres de lait. L’objectif est d’atteindre une valorisation de 1,80 euro par litre transformé ; le reste sera vendu à Biolait. »

Cette nouvelle activité implique une évolution dans l’alimentation des vaches. Avec 55 ha groupés autour du bâtiment, l’optimisation du pâturage s’est déjà mise en place avec les parents, Claude et Marie-Noëlle. Les animaux consomment de l’herbe fraîche du mois de mars au mois de décembre, avec une fermeture du silo de maïs environ trois mois (selon les années) jusqu’à mi-juillet. L’hiver, la ration comprend 4 à 5 kg de maïs, de l’herbe ensilée, enrubannée et/ou fanée, le mélange céréalier, de la féverole achetée à un voisin, du trèfle ou de la luzerne déshydratés. « Nous allons construire un séchoir en grange en 2019-2020 de façon à supprimer les fourrages fermentés et le mélange céréalier, annonce Ludovic. Nous voulons tendre vers une alimentation composée à 100 % d’herbe, même s’il faudra probablement accepter une baisse de productivité. Celle-ci sera compensée par la meilleure valorisation du lait. » Moins de vaches, pas de maïs ni de mélange céréalier : cela sera synonyme aussi d’une simplification du travail et d’une baisse de charges.

La création de trois emplois supplémentaires

La fromagerie est actuellement en construction, à partir notamment de trois caissons de camions frigorifiques réaménagés côte à côte. « Ce sera un local de 80 m2 sachant qu’il faut compter un mètre carré pour 1 000 litres de lait et que nous prévoyons de démarrer avec 40 000 litres transformés, calcule Ludovic. En principe, l’investissement nécessaire est de 1 000 euros par mètre carré, mais avec la récupération de matériaux et l’autoconstruction, nous ne dépasserons pas 40 000 euros. » Les éleveurs se lancent donc avec prudence, et anticipent aussi les 100 000 à 150 000 euros à mettre sur la table prochainement pour l’équipement de séchage en grange. Celui-ci sera réalisé en face d’un bâtiment de stockage existant, qui deviendra une nouvelle étable. « Nous voulons tester notre idée en limitant les investissements. Si cela fonctionne, nous ferons une nouvelle fromagerie dans quelques années. »

La fromagerie est construite à partir de trois caissons de camions frigorifiques réaménagés côte à côte, et bientôt « rhabillés ».La fromagerie est construite à partir de trois caissons de camions frigorifiques réaménagés côte à côte, et bientôt « rhabillés ». (©Nathalie Tiers) Sur les 100 ha du Gaec de la Rousselière, l’installation concomitante de trois jeunes associés a donc été possible avec une prise de risque financier maîtrisée, et une rémunération au démarrage de 1 350 euros nets pour chacun. L’endettement est d’environ 200 000 euros pour les équipements et 200 000 euros pour la reprise du capital. L’outil de production, composé d’une cinquantaine de logettes et d’une salle de traite 2x5 postes, est simple mais fonctionnel et amorti. À terme, le lait et les fromages feront vivre deux associés et deux salariés, tandis que le fournil rémunère déjà un associé et un salarié à temps partiel. L’exploitation générera ainsi six emplois, soit deux fois plus qu’avec la génération des parents déjà aidée d’un salarié. « Travailler en équipe est motivant, souligne Ludovic. C’est aussi plus facile de se faire remplacer et cela améliore la qualité de vie. »


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DÉJÀ 8 RÉACTIONS


3r3e
Il y a 55 jours
Ouais ouais, c'est bien beau de louer chez les autres ce qui "est en phase avec la société" etc... Et vous qui êtes derrière ces commentaires, que faites vous, chez vous, pour être dans la même attente ? Vous allez chercher ces produits chez LECLERC (en pestant, bien sûr, contre un prix trop élevé pour du bio...) avec votre voiture ?
Pour moi (éleveur de vaches laitières conventionnel), ce qu'attendent nos concitoyens, c'est de pouvoir consommer du Bio, et du local, au prix du conventionnel (et, pourquoi pas, moins cher encore...) sans rien changer, ni sacrifier de leur mode de vie actuel ! Ce qui signifie que l'esclavage paysan restera tel qu'il est aujourd'hui (ou s'accentuera encore).
Notre société, sans aucune vergogne, ira chercher à l'étranger (loin, très loin) ce qu'elle n'arrivera pas à trouver ici, tout en continuant à nous imposer de nouvelles contraintes pour produire plus blanc que blanc. Et puis, ne vous inquiétez pas, les Végans arriveront à leurs fins et il n'y aura plus d'éleveurs (bio ou pas), et comme le Bio est IMPOSSIBLE sans élevage (tout les spécialistes le disent...!), ils iront chercher leurs légumineuses bio outre-mer (et en avion, pourquoi pas...). Comme ça, leurs flatulences (c'est du méthane, exactement comme nos sales vaches !) se teinteront d'éthique ("on a plus d'esclaves chez nous, alors on va faire vivre les esclaves chez les autres"...).
Pour revenir à notre exemple, oui, bravo les gars. C'est courageux, original, peut-être marginal aussi. Mais j'aimerais savoir combien de travail bénévole en plus du rémunéré pour maintenir ce système ? Est-ce que vos femmes et vos familles sont prêtes à ces sacrifices horaires ?
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GRAOU
Il y a 56 jours
Un bel exemple de volonté et de courage si ce GAEC avait poursuivi aveuglément la politique agricole intensive imposée par nos gouvernements successifs et leurs ministres baudruches ,ce GAEC aurait certainement disparu comme trop de ses collègues .Bravo les gars.
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JETT
Il y a 79 jours
C'est un très beau modèle d'une ferme en phase avec notre société actuelle et qui peut, elle, véritablement dire qu'elle produit de la qualité. Et ca peut surement en inspirer d'autres parmis nous pour évoluer vers un système plus perenne.
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tell14
Il y a 80 jours
je pense que nous avons une nouvelle generation de "paysans" .
arriver a vivre avec 4 ou 5 ha de ble la ou nos amis cerealiers ni arrivent pas sans aides pac sur 200 ha interroge !bon nos jeunes paysans non pas non plus besoin
d'un fendt de 250 ch.
si jamais ce modele autonome viens a se developper dans l avenir je pense que nos grandes coops et nos gros prives pourraient avoir du mal a dormir....mais nous aurons toujours des agriculteurs qui preferent investir 1 million d euro dans des batiments ou du matos pour gagner 350 euro/mois et se plaindre .
bravo a ces jeunes de proposer un autre modele ..
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Marco
Il y a 81 jours
J’espere Pour eux qu’utile gagneront vite bien plus de 1350€ par mois.. j’ai qd même l’impression que la vente directe c’est bcp d’heures peu payées même si le résultat de la ferme peut être bon...
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Dominique Yves Ego via Linkedin
Il y a 76 jours
Une bonne réflexion et une belle aventure, l'élevage et la culture biologiques se démocratisent tout comme le circuit court. Des items sur lesquels les #eleveurs nous on demandé de travailler en amélioration de productivité et rentabilité par l'accompagnement en transition de conduites et pratiques.
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Claude FOULON via Linkedin
Il y a 76 jours
Exellente démarche, le monde change, alors changeons, félicitations !
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bzhgrassland
Il y a 81 jours
Top et inspirant !
bon courage à eux, je leur souhaite toute la réussite possible dans leur projet.
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