AustralieLa vente directe, une assurance revenu

| par | Terre-net Média

Pour échapper aux diktats de la mondialisation des marchés agricoles, de plus en plus d'agriculteurs optent pour les circuits courts. L'attractivité de ces modes de commercialisation rémunérateurs ne se dément pas. Elle s'étend à toutes les productions, à l'abri de la volatilité des prix.

Exploitation ovine en Australie Les éleveurs assurent la rentabilité de leur exploitation en produisant à la fois du lait, de la viande, de la laine et des peaux. La production de fromages est devenue leur principale source de revenu. (©Cindy Crozet) Australie  (©Terre-net Média)


En Australie

Production ovine

La vente directe, une assurance revenu

Une diversification par nécessité. Bruce et Elizabeth Cuming élèvent encore des ovins viande et produisent de la laine parce qu’ils ont su se diversifier. Dans les années 1990, ils se sont lancés dans la transformation fromagère après avoir été victimes de la crise lainière. 

Moins exposés aux caprices des marchés 

Résultats technico-économiques en 2012/2013 :

- Vente de produits laitiers : 120.000 $, soit 78.337 € (chiffre de juin 2014). Quelques exemples : 4,50 $ (2,94 €) le pot de yaourt de 300 g, 58 $/kg (37,86 €/kg) pour du pecorino pepato (fromage), 50 $/kg (32,64 €/kg) pour de la feta.
- Vente d’agneaux : 250.000 $ (163.202 €), soit 42 $/animal de 18 à 24 kg de carcasse.
- Vente de brebis de réforme : 6.000 $ (3.917 €).
- Vente de laine : 20.000 $ en 2012, soit 13.056 €. En 2014, la laine sera vendue aux enchères. 

La production de viande ovine est la principale source de revenus de l’exploitation, mais la vente directe des produits laitiers génère de la trésorerie tout au long de l’année.

Bruce et Elizabeth résident à Glenthompson (Victoria), un village situé à 50 km d’Hamilton. Comparée aux autres fermes australiennes, la leur est plutôt de taille modeste. Sur 400 ha, ils élèvent 2.700 moutons grâce à une production d’herbe relativement abondante.

Quelques temps après leur installation dans les années 1980, les cours de la laine, et dans une moindre mesure de la viande, se sont effondrés. Et l’exportation en France de peaux d’agneaux mort-nés destinées à l’industrie de la ganterie, aujourd’hui très prisées, n’était pas suffisamment rémunératrice. 

En 1996, pour conforter leur exploitation, les éleveurs décident de transformer le lait de leurs brebis en fromages, qui seront ensuite vendus en circuit court. Avec des produits à forte valeur ajoutée et des revenus plus réguliers, leur activité est moins exposée aux caprices des marchés mondiaux des commodités.

Comme l’agriculture australienne n’est ni soutenue par des fonds publics, ni encadrée par des organisations de producteurs, Bruce et Elisabeth ont dû trouver seuls une solution à leur manque de revenu. Aujourd’hui, c’est en combinant quatre productions ovines (laine, lait, viande et peau) qu’ils assurent la rentabilité de leur élevage.

Mieux maîtriser les circuits de distribution des produits

Lorsqu’ils ont démarré la production laitière il y a plus de 20 ans, Bruce et Elizabeth livraient leur lait à une entreprise de transformation située à Melbourne. Deux ans plus tard, les éleveurs ont construit un laboratoire pour fabriquer des fromages et des yaourts. L’objectif : mieux maîtriser les circuits de distribution de leurs produits. Un choix pertinent puisque la transformation fromagère est devenue leur principale activité et leur première source de revenu.

Elevage ovin en Australie Bruce et Elizabeth élèvent 2.700 moutons sur 400 ha grâce à une production d’herbe assez abondante. (©Cindy Crozet)

Le troupeau est scindé en deux lots. Le premier, composé de 2.500 brebis de races Suffolk blanc et Mérinos, est réservé à la production de viande et de laine. Le second, destiné à la production laitière, comprend 200 femelles Friesian de l’Est, pures ou croisées Suffolk. Afin de produire du lait toute l’année pour la transformation fromagère, ce second lot est divisé en quatre groupes de brebis désaisonnalisées. Ainsi, Bruce et Elisabeth traient 12 mois sur 12.

Une quasi-autonomie fourragère 

Les troupeaux de l’exploitation sont nourris grâce aux prairies. L’hiver, lorsque l’herbe est rase, Bruce et Elisabeth distribuent quelques balles de foin achetées à un voisin. La ration des brebis traites ou prêtes à agneler est complétée par de l’orge achetée à un tiers. La rotation s’effectue sur une vingtaine de parcelles. Les prairies ayant du mal à se régénérer sont laissées au repos un an sans être pâturées. De l’engrais est parfois épandu. Les bonnes années, Bruce produit du foin sur les meilleures parcelles, mais jamais en quantité suffisante pour couvrir les besoins en période sèche.

Les agnelages ont lieu sur quatre périodes : février-mars, juin-juillet, octobre, novembre-décembre. La plupart des agneaux mâles sont engraissés sur  l’exploitation et revendus à l’âge de cinq  mois. Quant aux femelles, elles sont toutes  élevées et intégrées au troupeau pour le  renouvellement. Durant l’été austral, les  éleveurs compensent la baisse de la production  laitière en trayant en plus des brebis  qui élèvent des agneaux aptes à supporter  l’absence de nourriture durant 24 h. 

Ces femelles sont isolées la veille dans  une parcelle proche de la salle de traite et  sont séparées de leurs agneaux à la tombée  de la nuit, 12 h minimum avant la traite.

Très peu de fermes  spécialisées en ovins lait

Le turn-over dans le troupeau laitier est  important. Après l’agnelage, les brebis qui  ne produisent plus assez de lait sont taries  et remplacées par d’autres, sélectionnées au  préalable par Bruce. Les éleveurs emploient  deux "Jackaroos", des jeunes venus se former  avant de reprendre une ferme.

A 70 ans, Bruce et Elizabeth souhaitent  prendre leur retraite mais envisagent de  céder l’exploitation à un membre de leur  famille. En Australie, il y a très peu de  fermes spécialisées en production d’ovins  lait. Dans le Victoria, Bruce et Elisabeth  n’ont qu’un concurrent. Ils ont dû faire  face à de nombreux préjugés. Faire  connaître et apprécier leurs produits n’a  pas non plus été chose facile.

Répartition et gestion des troupeaux d’ovins viande sur les 20 parcelles :

- 200 béliers Mérinos sont élevés sur une seule  parcelle pour la laine (pas de reproduction).

- 7 béliers Suffolk blancs, destinés à la reproduction  des brebis laitières, sont parqués avec  les femelles pendant cinq à six mois.

- 200 brebis Suffolk blanches sont réparties en 13 à 14 lots, dont 2 constitués uniquement de femelles pour le renouvellement.


En France

Circuits courts

Un exploitant sur cinq se lance

Privilégier la proximité avec le consommateur. C’est le choix de plus de 100.000 agriculteurs, selon une étude du service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture. Au total, un exploitant sur cinq opte pour les circuits courts. Depuis le lancement, il y a 25 ans, du réseau Bienvenue à la ferme, l’offre d’approvisionnement local proposée par les producteurs s’est considérablement développée. 

Structuration difficile de l’offre

En plus des 6.500 agriculteurs de ce réseau, dont bon nombre commercialisent une partie de leur production directement à la ferme, beaucoup de producteurs se sont lancés, individuellement ou collectivement, à l’assaut des débouchés locaux.

Guy Vasseur, président de l’Apca, l’a bien compris. Depuis sa première élection, en 2010, à la tête des Chambres d’agriculture, il a toujours considéré comme une priorité le développement de ces circuits directs de commercialisation vers les collectivités. Un essor qui se heurte à une structuration difficile de l’offre. 

300.000 repas par an

Circuits courtsUn exploitant sur cinq opte pour les circuits courts.
(©Terre-net Média)

Pour pallier cette difficulté, plusieurs Chambres d’agriculture départementales et régionales se sont engagées, avec une vingtaine de partenaires, dans le projet "Realisab" (Restauration et approvisionnement local, identifier des systèmes adaptés aux besoins). Celui-ci vise à proposer des outils de conseil et d’accompagnement aux agriculteurs désireux de conquérir le marché des collectivités locales. 

Autre initiative des Chambres d’agriculture, le logiciel "mes produits en ligne" permet aux agriculteurs de créer leur boutique sur internet. Grâce à cet outil, 30 sites web, dont quelques drives fermiers, ont vu le jour. Parmi les nouveaux débouchés locaux, la restauration collective est sans doute celui qui représente le meilleur potentiel pour les agriculteurs. Dans l’Ariège par exemple, une société coopérative d’intérêt collectif, portée par la Chambre d’agriculture, a été mise en place. Regroupant environ 70 producteurs, elle fournit quelque 300 produits différents à la restauration collective du département depuis 2011. 

Pour ces agriculteurs, la restauration collective constitue un débouché pour trois ans, avec une révision annuelle des prix. En 2013, 300.000 repas ont ainsi été livrés dont la moitié composés de produits bio, avec un potentiel estimé à 3 millions de repas par an. Toutefois, de nombreux freins subsistent. 

Momagri

N.B : Auteur : Cindy Crozet, élève ingénieur à Purpan. Rubrique réalisée par Frédéric Hénin.

Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

A lire également

   Rechercher plus d'article

Soyez le premier à commenter cet article