Trafic de chevauxLa filière exige des sanctions exemplaires

| Afp

PARIS, 05 sept 2013 (AFP) - De l'éleveur aux bouchers, les opérateurs de la filière viande de cheval ont exigé jeudi des « sanctions exemplaires » à l'encontre de fraudeurs impliqués dans le trafic d'animaux abattus à l'insu de leur propriétaire.

« On attend qu'une chose, c'est la dénonciation des coupables et des sanctions exemplaires : deux crises en quelques mois c'est insupportable », a dénoncé devant la presse Marianne Dutoit, présidente de la Fédération nationale du cheval (FNC), affiliée à la FNSEA, le principal syndicat agricole.

Pour Eric Vigoureux, président de la fédération hippophagique et représentant de la filière équine d'Interbev, « il est intolérable que tous les trois mois on ait un nouveau scandale qui entache une filière plus que fragile ». Dans ce type d'affaire, « chaque fois c'est le maillon le plus faible qui paye la note », a insisté Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA, qui organisait cette conférence de presse.

Les professionnels, qui écartent à ce stade l'adoption d'un logo spécifique, font valoir les efforts portés sur la traçabilité depuis une dizaine d'années, avec la pose obligatoire de puces, des transpondeurs, sur l'encolure de chaque cheval dans les semaines qui suivent sa naissance, ainsi que les contrôles sanitaires et vétérinaires réguliers qui accompagnent cet élevage, « le plus naturel » qui soit comparé à certains élevages industriels.

Une enquête judiciaire est en cours concernant l'abattage frauduleux de chevaux pour leur viande, dans plusieurs abattoirs français, alors que leurs propriétaires pensaient qu'ils finissaient leur vie au pré. Ce trafic, qui intervient huit mois après celui des lasagnes au cheval, passerait par des complicités en Belgique et aux Pays-Bas et concernerait quelque 3.000 chevaux, chiffre qui étonne les professionnels.

« Je suis personnellement très sceptique et très surpris par un tel chiffre : j'attends avec impatience de connaître les résultats de l'enquête », a relevé Yves Berger, directeur général d'Interbev, alors que la France abat quelque 16.000 chevaux par an (soit 5.000 tonnes équivalent carcasses).

Le surprenant regain d'appétit pour la viande de cheval

Pour Eric Vigoureux, « il est impossible que 3.000 chevaux soient ainsi passés en fraude dans la chaîne alimentaire, et surtout, s'ils y sont passés, c'est qu'ils étaient propres à la consommation ». La Direction générale de l'alimentation a d'ailleurs affirmé que viande ne posait aucun problème sanitaire, à ce stade de l'enquête.

L'exigence de sanctions sévères pour les tricheurs s'inscrit dans les suites du scandale des lasagnes et plats frauduleusement annoncés "au bœuf" et préparés avec de la viande de cheval, pour lequel l'enquête judiciaire est toujours en cours. Si l'entreprise Spanghero, désignée coupable, a déjà payé un lourd tribut avec liquidation judiciaire et licenciement des deux tiers des salariés, aucune mise en examen n'a été prononcée à ce stade relevaient jeudi les professionnels en se désolant du « discrédit » jeté sur leurs pratiques. Pour faire face, ils ont indiqué « réfléchir à une signalétique » qui rassure le consommateur à la manière de celle sur l'origine de la viande de cheval.

Mais l'adoption d'un logo spécifique n'est pas à l'ordre du jour : « Des travaux sont en cours pour valoriser la viande de cheval française, mais faire un logo, si la viande ne se vend pas, cela ne sert à rien », a estimé Marianne Dutoit.

Paradoxalement, la consommation de viande de cheval a connu un réel rebond après le scandale des lasagnes cet hiver, « de + 15 à 22 % » selon les régions et exclusivement dans les boucheries spécialisées, en raison d'un regain de publicité médiatique, selon Eric Vigoureux. « Aujourd'hui, le rebond se maintient à + 15 % », a-t-il ajouté.

Mais simultanément, le nombre d'abattage de chevaux de trait a baissé de 20 % alors qu'ils sont élevés spécifiquement pour leur viande (15.000 environ en France) a relevé Marianne Dutoit. La raison avancée est la faible valorisation pour les éleveurs et la difficulté à trouver des abattoirs agréés, alors que de grands groupes ont préféré se désengager de la viande de cheval depuis l'hiver dernier.


Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

A lire également

   Rechercher plus d'article

Soyez le premier à commenter cet article