Attaques anti-élevage, sécheresse, loupsL'élevage français se sent « en péril »

| AFP

Entre les « attaques incessantes » dont les filières animales font l'objet, la chute des prix de vente de la viande bovine, les déficits fourragers dus à la sécheresse et la prédation du loup, l'élevage est un secteur « en péril » en France, se sont alarmées mercredi plusieurs organisations agricoles.

Fustigeant aussi bien la publication de vidéos par l'association L214 que diverses manifestations opposées aux OGM ou aux pesticides, le président du SNIA François Cholat a estimé que les premiers secteurs d'élevage en danger en France sont ceux « de la volaille et du porc ». « Puis viennent les ruminants », a-t-il dit à l'AFP en marge d'une conférence de presse. « Ces attaques sont inadmissibles, on détruit des bâtiments, des collaborateurs sont menacés par téléphone, nous avons même eu un cas d'appel au suicide pour lequel une plainte a été déposée » a ajouté François Cholat.

« Le discrédit jeté sur l'élevage donne le champ libre aux importations et met en danger notre souveraineté alimentaire et la qualité sanitaire de notre alimentation », a expliqué le SNIA dans un communiqué diffusé parallèlement à la conférence de presse. Selon lui, le danger est d'autant plus grand de voir des jeunes abandonner ce métier qu'il est peu rémunérateur et très contraignant pour la vie privée. « De plus, nous travaillons sans cesse à améliorer l'impact environnemental de nos activités » a insisté François Cholat, regrettant que les facteurs positifs pour l'environnement de l'élevage soient « méconnus du grand public » : « entretien des paysages, maintien de la biodiversité, et stockage du carbone », a-t-il énuméré.

Depuis 2016, les entreprises de nutrition animale ont en particulier créé la plate-forme Duralim où sont représentés aussi bien les gros traders internationaux et fournisseurs de grains, comme les américains Cargill ou Bunge, que les supermarchés, dernier maillon de la chaîne agroalimentaire, pour parler de l'amélioration environnementale de la nutrition animale et de l'amélioration du bien-être animal.

Le sujet des importations de soja OGM du Brésil ou des Etats-Unis, auxquelles les fabricants d'aliments pour bétail font largement appel, y est notamment régulièrement débattu, avec un objectif « zéro deforestation » à l'horizon 2025, a indiqué le SNIA. « L'exposition aux antibiotiques des animaux d'élevage a par ailleurs baissé de 34 % en quatre ans » a ajouté l'organisation.

ÉLEVEURS BOVINS « DÉCIMÉS »

Selon François Cholat, les élevages français, soumis à une pression sociétale et environnementale forte qui renchérit leurs coûts d'exploitation, ont perdu 5 % de parts de marché depuis le début de l'année dans la volaille, face à la Pologne notamment. Pour le porc, « c'est plus diffus, mais les élevages français perdent entre 1 % et 2 % de marché par an surtout par rapport à la concurrence espagnole ».

Dans un communiqué publié mercredi également, la Confédération paysanne a particulièrement insisté sur le secteur bovin, affirmant que les paysans y étaient « décimés ». « Des prix de vente qui s'effondrent, des déficits fourragers très importants et de grandes difficultés à s'en procurer, des accords de libre-échange menaçants qui leur pendent au nez ou encore un gouvernement qui refuse d'agir pour une répartition de valeur plus équitable », les éleveurs de viande bovine sont « plus que jamais en crise » souligne le syndicat agricole.

La Confédération fustige particulièrement « l'irresponsabilité de certains acteurs majeurs », accusant au passage les abattoirs SVA Jean-Rozé qui travaillent pour Intermarché « d'importer de la viande bovine d'Irlande et de la revendre sous étiquette viande bovine française ».

Le syndicat Jeunes agriculteurs, proche de la FNSEA, est aussi monté au créneau en défense des éleveurs face à la prédation du loup, saluant les mobilisations en cours à Gap « pour défendre la survie de l'élevage et du pastoralisme » face à une « pression inhumaine sur les éleveurs ». « Nous comptons pas moins de 12 000 pertes d'animaux (essentiellement des ovins) en 2018, et 700 dans le seul département des Hautes-Alpes depuis le 1er janvier 2019 », a relevé le syndicat.

Des représentants de la FNSEA et des JA se sont rassemblés mardi devant la préfecture de Gap pour obtenir des arrêtés les autorisant à des tirs de défense, et la mobilisation des chasseurs pour prélever plus de loups.


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