[Témoignage] Mon projet, mon avenirL'abattage à la ferme : un projet qui engage, des éleveurs aux consommateurs

| par | Terre-net Média

L'association AALVie (abattage des animaux sur le lieu de vie) a lancé, début juillet, un appel aux dons sur la plateforme Miimosa pour financer son projet d'abattage d'animaux à la ferme en Loire-Atlantique. L'objectif : collecter un million d'euros pour démarrer l'activité en septembre 2021.

eleveuse avec ses vaches et veauxEn deux mois, AALVie a déjà collecté 100 000 € sur la plateforme de crowdfunding Miimosa pour financer son projet d'abattoir mobile. (©AALVie)

La motivation est la même − respecter le bien-être des animaux jusqu'à leur mort −, mais les projets d'abattage à la ferme en France, impulsés par Émilie Jeannin, éleveuse de Charolaises en Côte-d'Or qui a fait des émules dans d'autres régions, ne sont pas tous identiques. Ainsi, via la filière Le Bœuf Éthique, la productrice allaitante veut mettre en place un camion-abattoir se déplaçant dans les exploitations pour abattre et mettre en carcasse les bovins, la découpe et la maturation de la viande ayant lieu dans une entreprise spécialisée dans cette activité.

Lire l'interview d'Émilie Jeannin sur son projet d'abattage à la ferme, parue sur Web-agri : « Le transport et l'abattage gâchent le travail de l'éleveur »

Tout comme Max Tortel, qui produit des porcs plein air près d'Aix-en-Provence − son Abat'Mobile Provence sera toutefois multi-espèces − ou Christophe Osmont, qui élève des vaches et des cochons dans la Manche, dont L'Abatt'Mobile sera réservé seulement aux porcins, ovins et caprins.

Deux unités fixes pour la mise en carcasse

Autre différence, outre le type de bêtes abattues : les deux premières initiatives sont fédérées au sein de l'association AALVie (abattage des animaux sur le lieu de vie), la troisième ayant la sienne, L'Abatt'Mobile, depuis juin dernier. AALVie a également lancé une démarche similaire en Loire-Atlantique et Vendée, néanmoins trois unités fixes, sans bouverie, faisant partie intégrante du projet, assureront la mise en carcasse et le stockage, à l'image de ce qui se pratique en Allemagne.

Quant au financement, c'est à chaque fois la principale difficulté. Max Tortel compte sur un partenariat avec une enseigne bio et l'association L'Abatt'Mobile a lancé un appel à adhésion et cotisation sur les réseaux sociaux. Émilie Jeannin et AALVie dans les Pays de la Loire (regroupant 150 éleveurs de Loire-Atlantique et Vendée), eux, se sont tournés vers le crowdfunding sur la plateforme Miimosa.

L'appel à l'adhésion de l'association L'Abatt'Mobile sur Facebook :

Des abattoirs « citoyens »

Voir aussi le sondage en ligne sur Web-agri en juillet : Plus de 100 km pour faire abattre ses animaux : problématique ou pas ?

Le 30 juillet dernier, la jeune femme a atteint son objectif : les 250 000 € collectés sous forme d'un prêt participatif lui permettront de financer une partie des équipements nécessaires (l'investissement total se monte à 1,8 M€) composés, entre autres, de trois camions : un modulable pour l'abattage, un réfrigéré et un servant de bureau et vestiaire. Son abattoir mobile, qu'elle qualifie donc « d'éco-citoyen », devrait voir le jour en septembre 2021. « C’est la plus belle des méthodes ! Toute leur vie, nous sommes attentifs au bien-être de nos animaux, c'est pourquoi nous voulons que leur fin de vie se déroule avec respect et calme. C’est aussi la garantie d’une meilleure rémunération des éleveurs et d’une qualité de viande incomparable, produite sans aucun stress », résume Émilie.

Plus de détails sur la démarche de la jeune éleveuse dans cette vidéo publiée sur Youtube :

Le même mois, alors que cette campagne de collecte se terminait, une autre commençait : celle de AALVie en Pays de la Loire qui se compose de plusieurs paliers, dont les études de mise en place, le plan sanitaire, la constitution de la société (voire le schéma ci-dessous), pour un montant d'un million d'euros sur un budget global de 7 millions.

paliers de financement participatif abattoir mobile de aalvie (©AALVie Pays de la Loire) 

se rapprocher des consommateurs

Grâce aux 100 000 € déjà récoltés depuis début juillet, les deux premières étapes peuvent être franchies : un chargé de projet pourra être embauché huit mois afin d'épauler les producteurs engagés dans la démarche, initiée il y a trois ans. Si elle continue à attirer les donateurs, elle devrait se concrétiser en même temps que celle d'Émilie Jeannin, en septembre 2021. « Un test d'abattage a déjà été réalisé et validé par les services de l'État en février dernier », précise l'association sur le site internet www.miimosa.com.

« Pour nous, éleveurs et éleveuses, accompagner nos animaux, en leur assurant de bonnes conditions de vie jusqu'au bout, redonne du sens à notre métier, insiste-t-elle. Les professionnels, qui interviennent au moment de la mort, peuvent construire un lien particulier sur un même lieu et au même moment avec l'animal et l'éleveur. » Un moyen aussi de « se rapprocher des consommateurs et de retrouver leur confiance », poursuit l'association (à savoir, selon un sondage Ifop pour 30 Millions d'Amis, plus de 4 Français sur 5 (82 %) souhaitent que les animaux d’élevage soient abattus à la ferme par des professionnels).

Notre parole et nos gestes en soutien, dans un environnement que nos bêtes connaissent, en hommage pour tout ce qu'elles nous ont donné.

Franck, éleveur de Vendée.

en complément et pas en opposition de l'abattage classique

Et de « redynamiser les territoires et l'économie locale » (cf. le visuel ci-après, plus parlant que les longs discours), la dizaine de camions d'abattage prévus n'intervenant que dans des exploitations situées à moins d'une heure de route des installations de mise en carcasse. Car il s'agit d'intervenir en complément des abattoirs de proximité ou de pallier leur fermeture, tout en proposant une approche différente aux éleveurs qui le souhaitent sans forcément supprimer le système classique. Les caissons mobiles sont « intégrés dans leur agrément sanitaire et fonctionnent comme s'ils étaient leur prolongement dans les fermes, peut-on lire sur le site web www.aalvie.com. Les producteurs restent propriétaires des carcasses et gardent toute liberté quant à leur destination ».

soutien economie locale abattage a la ferme (©AALVie Pays de la Loire) 

À terme, dans chaque unité de mise en carcasse, une quinzaine de personnes doivent être embauchées pour découper 1 500 t de viande/an, c'est-à-dire l'équivalent de 4 500 gros bovins (20/jour). Une filière locale, à l'image du Bœuf Éthique, est en cours d'élaboration avec les collectivités et les acteurs de l'amont et l'aval. Parmi ses missions : améliorer la valeur ajoutée des élevages sans surcoût pour les éleveurs par rapport à l'abattage classique, afin de pérenniser les exploitations et de pouvoir les transmettre plus facilement. 

Chaque mois, retrouvez « Mon projet mon avenir » #MPMA, un témoignage réalisé en partenariat avec MiiMOSA, le premier site de financement participatif exclusivement dédié à l’agriculture et à l’alimentation.

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DÉJÀ 1 RÉACTION


Gourmandine
Il y a 92 jours
Dégoûtée de la viande quand je vois certains élevages ,beaucoup d'abattoirs et les transports d'animaux sur la route ,je m'y remettrai volontiers quand sera créé un la bel de qualité garantissant non seulement un élevage respectant l'article L 214 -1 mais aussi une mise à mort sans stress et sans douleur....
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