Un éleveur ardennais a été condamné jeudi à 1 500 euros d'amende avec sursis et à la confiscation de son troupeau, après la saisie de dizaines de bovins dénutris ou morts dans sa ferme, la défense soulignant la « détresse » d'un agriculteur dépassé.
Le tribunal correctionnel de Charleville-Mézières a condamné l'éleveur quadragénaire pour « détention de cadavres » et « non signalement de perte » de boucles d'identification (repères apposés aux oreilles permettant la traçabilité des animaux ndlr), mais l'a toutefois relaxé du chef de « mauvais traitements » pour lequel il était poursuivi, la cour relevant l'absence d'intentionnalité.
Le 8 mars, les services vétérinaires avaient découvert, dans son exploitation à Mouzon, 13 cadavres d'animaux dont certains en décomposition depuis plusieurs mois, 176 vaches dénutries et 21 bêtes dénuées de boucles d'identification et devant être euthanasiées. L'agriculteur, en grande difficulté, était suivi par les services de l'État depuis 2016 et avait déjà reçu deux mises en demeure. « Je n'ai jamais vu autant d'animaux avec une masse corporelle aussi réduite (...) 94 % étaient en mauvais état » a témoigné à la barre une inspectrice. Le substitut du procureur Alban Gesbert a lui évoqué des « bêtes moribondes », qui « pataugeaient dans leurs excréments » dans « des lieux encombrés de ferraille ».
« Il y a tout un contexte », s'est défendu l'éleveur, mettant en avant les lourdes difficultés de la filière bovine et notamment l'accumulation, depuis 2016, de périodes de sécheresse ayant réduit la production de fourrage. Il a aussi évoqué de « gros problèmes » familiaux : le suicide de son père en 1998 puis de sa sœur en 2016. Certains jours, « cela affecte la capacité de travail », a-t-il expliqué, les yeux embués de larmes. « Il s'occupait seul du troupeau (...) Sa journée, c'est travail, travail. Il a fait ce qu'il pouvait », a plaidé son avocat, Me Quentin Mayolet. « Il y a une vraie remise en cause (...) Je voudrais continuer l'élevage mais avec moins d'animaux », a soufflé l'éleveur, demandant le retour de ses « vieilles vaches » et racontant comment certains veaux « nourris au biberon » le suivaient « comme un chien ». « Lui supprimer son cheptel, c'est supprimer tout le travail mené depuis 17 ans (...) C'est retirer l'actif de son exploitation » a plaidé son avocat. « Les victimes, ce sont les animaux, pas » le prévenu, s'est insurgée Me Olivia Symniacos, avocate de l'Œuvre d'aide aux bêtes d'abattoir (OABA), portée partie civile. L'association s'est finalement vu confier la gestion du troupeau saisi.
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