Testé à la station expérimentale de Kerguéhennec, dans le Morbihan, un système ingénieux de porte-buses et d’écrou a montré son efficacité pour réduire les doses d’herbicide sur le maïs. Les travaux se poursuivent pour intégrer cet outil aux itinéraires techniques.
Quand on ne traite chimiquement le maïs que sur le rang, on diminue automatiquement la dose de moitié. Mais peut-on y parvenir avec un matériel classique et sans surcoût ? C’est la question à laquelle a voulu répondre l’équipe de la chambre d’agriculture de Bretagne qui mène des essais sur les cultures à la station expérimentale de Kerguéhennec (Morbihan). Ils ont testé en 2025 le système On’Row, développé par Syngenta et commercialisé par Solhead. « Il s’agit d’un écrou porte-buses qui peut être fixé aisément, sans perçage, sur n’importe quelle rampe de pulvérisateur », explique Pierre Gautier, technicien d’expérimentation à la station. Des pattes de fixation serrées sur la rampe permettent de positionner la buse. Elle est alimentée de façon classique via un tuyau. Avec ce système, le traitement localisé sur le rang devient possible puisque les buses peuvent être espacées de 75 cm, comme les lignes de semis. Elles sont disposées selon un angle précis de façon que le jet soit moins large et homogène sur le rang. En effet, la régularité est un frein au désherbage localisé. En plein, il y a un triple recouvrement. Chaque point traité est arrosé par trois buses afin que la dose soit la même partout.
Tests au semis et en post-levée
« Nous avons testé ce matériel dans le cadre d’un travail plus large concernant le désherbage de précision du maïs, détaille Gwenaël Morin, chargée d’études en agriculture de précision à la chambre d’agriculture de Bretagne. Nous voulions d’abord vérifier qu’il fonctionnait. » Les porte-buses ont été installés sur l’une des rampes du pulvérisateur rapidement et sans difficulté pour effectuer un traitement post-levée. Il s’agit d’un outil classique comme on en trouve dans toutes les exploitations, avec des rampes de 12 mètres. Une fois les porte-buses posés, la rampe se replie sans problème. Le surcoût est évalué à 2 €/ha. En complément, un passage de herse étrille a été effectué au semis et un binage au stade 5-6 feuilles. Le système a également été installé sur un semoir pour réaliser un traitement en prélevée. « Les molécules utilisées à ce stade sont dans le viseur en raison de leur impact sur la qualité de l’eau », précise Pierre Gautier. Là aussi, le matériel a bien fonctionné. Dans ce cas, la surface traitée est divisée par deux ou trois puisque le jet couvre de 15 à 40 cm. Un seul passage permet de réaliser deux actions. Un binage a été effectué ensuite au stade 5-6 feuilles. Cependant, le traitement au semis ne permet pas toujours de le pratiquer dans les conditions optimales, notamment en matière d’humidité du sol. Par ailleurs, le chantier est compliqué à organiser.

Les traitements sur le rang ont été appliqués en ligne droite uniquement. Le semis a été effectué avec et sans autoguidage et le traitement sans. Techniquement, les porte-buses ont fait leurs preuves. Très simples à utiliser, comme à monter ou démonter, ils peuvent être prêtés facilement.
Le semis doit être régulier
L’efficacité est liée, d’une part, à la régularité du semis. Mieux vaut utiliser un système de guidage pour éviter les coups de volant et s’assurer que le traitement se fasse précisément sur le rang. Les systèmes RTK se démocratisent, leur prix ayant été divisé par deux en quelques années. D’autre part, la rampe doit être stable pour maintenir une distance constante entre les buses et le sol. Là aussi, les équipements couramment utilisés sont performants sur ce critère.
Le matériel étant validé sur le plan pratique, il reste à l’intégrer dans une stratégie globale de désherbage. L’option du désherbage mécanique sur l’inter-rang ne fait pas débat. Mais il faut définir l’itinéraire technique et choisir le meilleur calendrier pour les interventions. Il faut aussi tester le matériel dans les courbes et sur des terrains en pente. « Sachant qu’il faut seulement quinze minutes pour ôter le système On’Row, peut-être est-il judicieux de traiter en plein dans les courbes », suggère Pierre Gautier.

D’autres systèmes de désherbage localisé ont été testés en 2025. Après deux passages de herse étrille ou rotative, un désherbage post-précoce ciblé a été effectué, suivi d’un rattrapage ciblé sur les vivaces un peu plus tard. Pour le premier traitement, les adventices sont repérées par des caméras puis traitées (pulvérisateur ARA, Ecorobotix). Cette pratique n’est envisageable qu’en cas de flore adventice peu développée et présente de façon limitée. La dose d’herbicide appliquée se trouve effectivement réduite, mais il est difficile de savoir quelle quantité de bouillie préparer. En outre, le débit de chantier est faible, de l’ordre de 3 à 4 hectares de l’heure en instantané. Le traitement de rattrapage sur les vivaces a été réalisé après une cartographie de leur présence effectuée par un drone. Cette technique trouve son intérêt en cas de salissement modéré. Elle implique de faire appel à un prestataire équipé d’un drone pour un coût de l’ordre de 30 à 70 €/ha. S’y rajoute l’utilisation d’un pulvérisateur buse à buse dont le prix se situe entre 70 000 et 80 000 €.
Les traitements ciblés peu rentables
Ces options de traitements ciblés semblent plus coûteuses et moins pratiques que le traitement localisé sur le rang. Elles sont difficiles à rentabiliser sur une culture comme le maïs. Le désherbage sur le rang s’affranchit de la technologie, n’entraîne pas de surcoût, et il est facile de prévoir la quantité de bouillie nécessaire. Mais un binage est indispensable. L’économie de produit atteint facilement 50 % d’où un bénéfice immédiat pour l’environnement et pour l’agriculteur. Cette solution peut aussi trouver son intérêt en rattrapage chez ceux qui rencontrent des échecs en visant un désherbage 100 % mécanique. Les prochains tests vont durer au moins deux ans afin de mieux évaluer les avantages et inconvénients des différentes techniques.

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