Le déréférencement des produits de Lactalis et d’autres transformateurs secouent les industriels privés. La Fnil lance un appel aux producteurs pour faire pression sur les GMS. Elle estime que les manifestations devant les laiteries se trompent de cible.
La Fédération nationale de l’industrie laitière (Fnil) n’y est pas allée par quatre chemins ce matin, 5 février, à l’occasion de sa conférence de presse habituelle de pré-salon de l’agriculture. « Les producteurs laitiers ne doivent pas se méprendre, prévient d’emblée François-Xavier Huard, son PDG. Les acteurs qui ne jouent pas le jeu ne sont pas les transformateurs mais les enseignes de distribution. » Dit autrement, ceux qui démarrent cette semaine des actions devant les grilles de Lactalis, Savencia ou Triballat se trompent de cible. Les industriels sont sous le choc des déréférencements par Everest des produits Lactalis mais aussi de Savencia, Danone et Bel dans les rayons français d’Intermarché, Auchan et Casino.
Les trois enseignes françaises ont rejoint la centrale d’achats européenne en septembre 2024. « Ces déréférencements sont totalement illégaux », affirme François-Xavier Huard. Il demande que les négociations tarifaires pour les produits laitiers vendus en France soient menées sur le territoire national et respectent « les lois de la République », c’est-à-dire la loi Egalim et la prise en compte des coûts des producteurs et des transformateurs qui vont avec.
Enquête en cours de l’Autorité de la concurrence
La Fnil n’envisage pas une action devant les tribunaux. Elle compte sur la pression des responsables politiques et des syndicats agricoles pour ramener les distributeurs dans le droit chemin, par exemple par des montants d’amende très dissuasifs. Un vœu qu’elle exprime déjà depuis plusieurs années mais que visiblement le gouvernement actuel (et les précédents) n’écoute pas. « Il est difficile de renverser le discours sur le pouvoir d’achat qui existe depuis des années en France. C’est un combat culturel. »
Peut-être que l’enquête en cours de l’Autorité de la concurrence sur Aura Retail (Intermarché, Auchan et Casino) et Concordis (Carrefour et Coopérative U) fera-t-elle bouger les pouvoirs publics ? Elle recueille actuellement les doléances des transformateurs. Un bilan sur Aura Retail pourrait être publié avant ou après les vacances d’été et l’an prochain, sur Concordis l’an prochain. « Il y a urgence car le phénomène de concentration s’accélère, lance le PDG de la Fnil. En 2014, le top 4 des centrales d’achats affichait 66 % des ventes des PGC laitiers français. En 2025, le top 3 en a réalisé 88 %. En Allemagne, c’est moins : 65 % à 70 %. »
Everest rencontre l’Unell
Les industriels privés font appel à la solidarité des producteurs pour défendre la filière française car ils sont convaincus de leur capacité à faire fléchir les GMS. Pour preuve : la récente rencontre entre Everest et l’association d’OP Unell, à l’initiative de Gianluigi Ferrari, le directeur de la centrale européenne. Elle a permis d’arrondir quelques angles au déréférencement des produits Lactalis. Ou encore les grandes coopératives qui, elles, continuent de négocier leurs tarifs en France. « Les distributeurs ne veulent pas courir le risque de voir les adhérents dans leurs magasins », estime le directeur de la Fnil.
Pas d’engagement pour un prix plancher à 400 €
En contrepartie, les transformateurs sont-ils prêts à s’engager à ne pas descendre le prix de base du lait sous les 400 €/1 000 1 ? « Nous constatons un écart de prix en notre défaveur avec nos voisins allemands en 2025 alors que les marchés étaient porteurs. Nous voulons un retour lorsqu’ils se dégradent », rappelait hier, mercredi 4 février, Jean-Baptiste Radigue de la FDSEA de l’Orne. François-Xavier Huard botte en touche. « L’écart de prix du lait entre la France et l’Allemagne s’explique majoritairement par le manque de valorisation dans les GMS françaises. » Il s’appuie sur une étude présentée le 4 février au conseil d’administration du Cniel (voir l'encadré ci-dessous).
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