Chez Étienne, l’atelier d’engraissement de génisses tourne au quart de sa capacité

Etienne Pinta engraisseur dans le Noyonnais
Engraisseur dans le Noyonnais, Etienne Pinta recherche des opportunités pour l'engraissement de génisses grasses. (©Terre-net Média)

Engraisseur dans l’Aisne, Étienne Pinta subit les conséquences de la décapitalisation bovine. En première ligne : l’atelier de génisses grasses. Si les taurillons sont encore nombreux sur le marché, l’approvisionnement en génisses et vaches à finir devient complexe.

À quelques kilomètres de Soissons, Étienne Pinta continue à faire de l’Aisne une terre d’engraissement. Avec un atelier de 100 places en génisses bouchères et 240 places en taurillons, l’éleveur mise sur l’élevage pour compléter l’atelier grandes cultures de l’exploitation. Seulement depuis un an, le marché du maigre se tend, particulièrement sur le créneau des femelles.

Sur les 100 places destinées à l’engraissement des génisses, 25 sont prises. « Cela fait plusieurs mois que c’est comme ça. Je vais aller voir un lot d’animaux à l’ouest, il y aura sûrement des entrées dans les prochains jours, mais pas de là à remplir l’atelier. »

Traditionnellement, Étienne se fournit en vaches ou génisses de 30 mois chez des éleveurs du Centre ou de l’Aveyron, voire parfois dans le Grand Ouest. « Je ne suis pas très exigeant sur les races. Ce qui fait l’intérêt de l’engraissement de femelles, c’est surtout la sélection sur le potentiel des animaux », estime l’éleveur, qui valorise ses génisses sous la dénomination « La belle Noyantaise » auprès de bouchers et chevillards. Mais entre baisse du cheptel et contrecoup de la FCO, les animaux disponibles en ferme sont rares. « Il y a une tendance à la rétention de génisses pour compenser les réformes de l’épisode FCO. » Si bien que chez Étienne, la décapitalisation bovine n’est pas juste un concept, elle se constate au quotidien.

Bâtiment d'engraissement de génisses
Cette année, la place ne manque pas dans les enclos. Le bâtiment d'une capacité de 100 têtes compte actuellement autour de 25 animaux. (© Terre-net Média)
Je préfère ne pas remplir, plutôt que perdre de l’argent

Et l’essentiel n’est pas de trouver des animaux, mais d’avoir un potentiel de marge. « Je préfère ne pas faire de mise en place, plutôt que d’avoir des génisses qui me font perdre de l’argent », tranche Étienne. Avec des animaux achetés entre 3 000 et 5 000 € selon le potentiel, « la moindre erreur coûte très cher », poursuit l’agriculteur. « Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel » lance-t-il en évoquant les prix de la viande. « Les animaux restent longtemps sur la ferme, il faut avoir l’assurance de pouvoir faire une marge à la sortie. » Le segment des femelles finies est peu contractualisé. « C’est un créneau sur lequel on travaille à l’animal en essayant de faire quelque chose de qualitatif, mais il faut que cela reste aussi dans des gammes de prix que les bouchers peuvent acheter… »

Sur le plan technique, il vise de belles carcasses bien conformées, avec un poids moyen de sortie à 520 kg carcasse l’année dernière. Pour ce faire, Étienne mise sur un aliment du commerce. Après plusieurs années avec une ration maison, il trouvait que les femelles avaient un peu de mal à aller chercher les derniers kilos. « Les génisses ne se finissent pas comme les taurillons. Il me manquait toujours un peu de finition, et c’est elle qui paye », explique l’éleveur. Avec la nouvelle formule, le coût de ration est passé de 2,28 € par jour, à 3,19 € en début d’engraissement, et 3,90 € sur la phase de finition.

Mais pour Étienne, le jeu en vaut la chandelle. En 2022, le poids carcasse moyen était 90 kg plus bas qu’aujourd’hui. Le classement des animaux est aussi plus homogène. Difficile pour autant d’y voir l’impact seul de l’alimentation. « Les poids de sortie dépendent en partie du type d’animaux que l’on rentre. Ils sont beaucoup plus difficiles à interpréter en génisses qu’en taurillon », lance Étienne, lucide.

Le marché des taurillons plus standardisé

Du côté des taurillons, l’approvisionnement est plus fluide. Mais « on sent qu’il y a moins de marchandise », lance-t-il. « Avant, le marchand nous appelait pour savoir si l’on avait de la place. Aujourd’hui, c’est à nous de les appeler pour savoir s’il a des lots. » Le prix a doublé en quelques années, mais la marchandise reste présente. La filière est aussi plus sûre, avec un prix minimum garanti à la revente grâce à la contractualisation. « Je vise des taurillons de 450 kg finis. C’est une production qui est beaucoup plus standardisée. »

Bâtiment d'engraissement de taurillons
Etienne Pinta a investi dans un bâtiment d'engraissement de 240 places en 2017 pour les taurillons. Le bâtiment comprend 15 parcs en pente paillée, avec un large couloir central, et des tables d'alimentation suspendues. (© Terre-net Média)

425 € de marge brute par bovin

Reste ensuite à viser la marge sur coût alimentaire. Étienne revoit ses rations deux fois par an, pour saisir les opportunités de marché. « On fonctionne avec une ration unique à base d’ensilage de maïs, que l’on fait évoluer selon les poids. » En 2025, la structure affichait un coût alimentaire de 1,77 € par taurillon et par jour, pour un GMQ de 1,38 kg. « On est autour de 425 € de marge brute par JB. »

Si bien qu’à terme, l’éleveur réfléchit à mettre des taurillons dans le bâtiment des femelles. « Pour l’instant, j’espère encore trouver de l’approvisionnement en femelles parce que c’est ce qui m’intéresse le plus. Il y a tout un jeu autour de la sélection des animaux et des relations historiques avec nos clients que j’aimerais entretenir. Mais je ne vais pas pouvoir rester éternellement avec un bâtiment à moitié vide. »

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Vaches, charolaises, U= France 7,63 €/kg net +0,03
Vaches, charolaises, R= France 7,45 €/kg net +0,06

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