Une « trahison inacceptable! » L'annonce de l'Union européenne d'appliquer provisoirement l'accord commercial avec le Mercosur a fait l'effet d'un « petit séisme » au Salon de l'agriculture, où les représentants agricoles ont crié à l'unanimité « au déni de démocratie ».
Les deux premiers syndicats, FNSEA et Coordination rurale (CR), en ont appelé au président Emmanuel Macron, qui a qualifié de « mauvaise surprise » et de « mauvaise manière » l'annonce, faite depuis Bruxelles par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
Le Parlement a saisi en janvier la justice de l'UE pour vérifier que l'accord avec l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay est conforme aux traités européens. Mais l'UE avait la possibilité juridique de l'appliquer temporairement dès qu'un premier pays le ratifiait, ce qui est désormais le cas avec Montevideo et Buenos Aires.
« C'est un déni de démocratie. La présidente de la Commission (européenne), Ursula von der Leyen, s'assoit sur le Parlement de manière très claire, et d'ailleurs aussi sur la Cour de justice de l'Union européenne », a réagi Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, qui s'entretenait avec Annie Genevard quand la nouvelle est tombée.
« J'appelle le président de la République à réagir fortement à cette décision qui vient d'être prise parce que l'idée que nous nous faisons à la FNSEA de la construction européenne est loin de ce qui est en train de se passer », a-t-il déclaré à la presse, estimant « même que la légitimité de Mme von der Leyen avec cette action est remise en cause ».
🚨La FNSEA dénonce avec la plus grande fermeté la mise en application provisoire de l’accord #MERCOSUR, malgré le rejet du Parlement européen.
— La FNSEA (@FNSEA) February 27, 2026
Passer en force, ignorer la saisine de la Cour de justice européenne, contourner les États membres et les parlementaires : c’est un… https://t.co/RRAXa861T6
Le principal lobby agricole européen, le Copa-Cogeca, se réunira dans les jours à venir pour décider quelle réponse apporter, mais « qu'elle (Mme Von der Leyen) se rassure, on continuera à être mobilisés parce que ni hier, ni aujourd'hui, ni demain, ce qui se passe en Europe n'est acceptable pour nous ».
Projet d'accord avec l'Australie
L'accord, qui ouvre d'innombrables perspectives », a dit Mme von der Leyen vendredi, doit permettre à l'UE d'exporter davantage de voitures, machines et vins, tout en facilitant l'entrée en Europe de viande bovine, sucre, miel et soja sud-américains via des droits de douane réduits.
La France, premier pays agricole de l'UE, est particulièrement remontée, au moment où son agriculture traverse une crise structurelle avec pour conséquence un fort repli de ses produits sur les marchés internationaux.
Pour Pierrick Horel, président des Jeunes agriculteurs (JA), c'est « un petit séisme en Europe », une « trahison inacceptable ». Cette annonce « là, en plein Salon de l'agriculture, qui se déroule sans bovins (à cause de la maladie de la dermatose DNC, NDLR), on ne pourrait pas faire affront plus brutal. On est particulièrement choqués et remontés, » dit-il.
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— La FNSEA (@FNSEA) February 27, 2026
Action symbolique de la FNSEA et des @JeunesAgri sur le stand de la @EU_Commission au @Salondelagri pour dénoncer la mise en application provisoire du #MERCOSUR.
Décision anti-démocratique.
Les agriculteurs français ne seront pas sacrifiés ! pic.twitter.com/LZ4j86dXZR
« Trump nous mène droit dans le mur, et on sent bien que l'Europe prend le même chemin, » a réagi la porte-parole de la Confédération paysanne, Fanny Métrat, dénonçant elle aussi un « déni de démocratie ».
💥🚨Accord UE-Mercosur : la Commission européenne piétine l'agriculture et la démocratie européennes ! En annonçant son application provisoire, @vonderleyen s'assoit sur le vote à venir du #Parlementeuropéen et sur la CJUE. #StopMercosur
— Conf' Paysanne (@ConfPaysanne) February 27, 2026
Notre réaction 👇https://t.co/beEQr9HtD9 pic.twitter.com/L8o0Ds4k0y
« Ce n'est pas une surprise », estime pour sa part le président de la CR Bertrand Venteau, qui dénonce « l'accumulation des traités ». Et maintenant ? « Rien n'est fermé » : la colère « peut repartir comme une étincelle, et si la DNC reprend, ça va mal finir ».
Les syndicats sont d'autant plus en alerte que se négocie un futur accord de libre-échange UE-Australie, leur faisant redouter un impact sur l'élevage.
Pour l'Association du bétail et des viandes (Interbev), le « passage en force » sur le Mercosur est « d'autant plus incompréhensible » qu'un nouvel audit européen, lancé après la mise au jour en 2024 de défaillances au Brésil dans la traçabilité d'hormones utilisées pour le bœuf (interdites en Europe), met encore en évidence des difficultés.
La recommandation visant « à s'assurer que les produits de génisses traitées à l'œstradiol ne sont pas exportés vers l'UE » n'a pas été « suivie », constate ce rapport de la direction de la Santé de l'UE, publié mardi et consulté par l'AFP.
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