Veaux : de 0 à 2 mois, des fondamentaux à ne pas oublier

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Le concentré doit doser entre 0,95 et 1 UFL/kg MS, 18 à 20 % de MAT, plus de 12 % de cellulose et 18 à 20 % de NDF, avec 22 à 24 % d’amidon lent. Pour une ration complète d'un petit veau, il faut entre 0,95 et 1 UFL/kg MS, 15 à 17 % de MAT, 15 à 17 % de cellulose, plus de 30 % de NDF et un maximum de 28 % d’amidon. (© Cedric FAIMALI/GFA)

Que l’on soit dans une conduite en vêlage à 21 ou à 30 mois, le respect des fondamentaux au cours des premières semaines de vie doit permettre d’atteindre un objectif élevé de 1 000 grammes de GMQ.

Les réunions techniques hivernales, animées par Avenir Conseil élevage (ACE) dans les Hauts-de-France, sont cette année l’occasion de rappeler les fondamentaux de l’élevage des veaux. « Les vaches taries et les petites génisses sont les deux lots d’animaux d’importance prioritaire, rappelle Marie Delaporte, conseillère ACE. En effet, l’environnement et la conduite d’élevage, au cours du dernier mois de gestation et des premières semaines de vie du veau, auront un impact sur la carrière de l’animal, mais aussi sur l’expression du potentiel génétique de sa descendance, selon les règles de l’épigénétique. »

Viser 240 kg à 6 mois, plutôt que 200 kg

C’est entre 0 à 6 mois d’âge que se joue le développement des systèmes digestif, pulmonaire et reproductif. Dans le détail, la conseillère insiste sur l’importance de la période clé de 0 à 56 jours, au cours de laquelle se développent les glandes mammaires. « Tout retard de croissance impactera leur bon développement. » Le repère qui consiste à doubler le poids de naissance au sevrage doit être remis en cause. Pour un veau qui naît à 40 kg, voire moins, cela équivaut à seulement 80 kg au sevrage, avec un gain moyen quotidien (GMQ) de 715 g. « Il faut sevrer le veau en fonction de sa croissance et de son poids : au minimum 90 kg. D’où l’intérêt de peser à la naissance, puis à 1 mois, à 2 mois et à 3 mois. » L’objectif est de dépasser 120 kg à 3 mois pour atteindre 240 kg à 6 mois, plutôt que les 200 kg couramment admis. Dans tous les cas, un poids en deçà de 200 kg induit des pertes de production de lait à l’âge adulte. À partir des résultats de pesées d’une quinzaine d’éleveurs, ACE observe que le lait produit en moyenne lors des 60 premiers jours de lactation est de 26,8 kg/jour pour les veaux pesants entre 170 et 200 kg à 6 mois (38 % des effectifs) contre 28 kg/jour, pour ceux pesant entre 200 et 230 kg (42 % des effectifs).

(© NGPA)

L’apport de colostrum, en quantité et en qualité, reste la base d’une alimentation bien conduite. 80 % de l’immunité du veau en dépend. Il faut en effet garder à l’esprit que tout traitement antibiotique entre 0 et 56 jours aura un impact négatif sur le développement des glandes mammaires, associé à des pertes en lait estimées à 700 litres lors des deux premières lactations. « C’est pourquoi le veau doit recevoir au plus vite un minimum de 200 g d’immunoglobulines », ajoute la conseillère. La mesure de la qualité du colostrum est alors un moyen d’assurer le transfert d’anticorps. Le réfractomètre est un outil robuste et facile à utiliser, à condition de l’étalonner à l’eau oxygénée à chaque fois que les conditions de température changent.

Un sevrage progressif de trois semaines

À titre d’exemple, un colostrum dosant 20 % de Brix, correspond à une teneur de 25 à 50 g d’immunoglobuline/litre (voir tableau), soit un besoin de près de 5 litres dès la première buvée. Or, le volume de la caillette à la naissance est de 10 % du poids vif, soit une capacité de 4 litres pour un veau de 40 kg. Compte tenu de ce facteur limitant, il lui faudrait 4 litres d’un colostrum dosant au moins 25 % de Brix. D’où l’intérêt de congeler les surplus de très bonne qualité, à décongeler au bain-marie à 50 °C. La teneur MAT de la ration des vaches en préparation au vêlage est déterminante dans la teneur en immunoglobuline : viser 14 à 15 % (lire page 30). Idéalement, le colostrum est distribué dans les deux heures après la mise-bas, lorsque la perméabilité de l’intestin facilite le passage des anticorps dans le sang. Plus le délai s’allonge, plus la teneur en immunoglobuline diminue : au bout de douze heures elle est divisée par deux et quasi nulle après vingt-quatre heures. À noter qu’une tétine ou une sonde à drencher mal lavées peuvent annihiler ces immunoglobulines. Sur le volet alimentaire, ACE indique que 80 % des maladies sont liées à l’hygiène, la régularité du plan lacté, la température de distribution ou à la qualité des aliments. « Une diversité de plans lactés est pratiquée, sur le terrain. La règle : respecter une phase ascendante la plus rapide possible et un sevrage progressif d’au moins trois semaines. » Par temps froid, on n’hésitera pas à augmenter les volumes de buvée (+ 2 % en deçà de 10 °C).

Une ration dosant 16 % de MAT

Les résultats de pesées d’ACE ne révèlent pas de différence de croissance significative entre l’allaitement à la poudre ou au lait entier. Pour ce dernier, on préférera le lait de mélange et on ajustera la buvée en fonction de la MG, pour prévenir les diarrhées : entre 40 et 45 de TB, limiter le volume à 3,5 litres par repas, et à 3 litres entre 44 et 48 de TB. La conseillère rappelle aussi que « le lait à antibiotique est néfaste pour la flore digestive et donc propice aux diarrhées, tandis que le lait à cellules, moins riches en éléments nutritifs, n’apportera pas les calories suffisantes ».

Diluer la poudre à 45° minimum pour faire fondre les MG. Au-delà de 50°, il y a un risque de brûler les protéines. Prévoir un brassage manuel d’une dizaine de secondes. Gare au malaxage trop long dans les taxis lait qui agglomèrent les MG (barattage) : 2 à 3 minutes suffisent. (© Cedric FAIMALI/GFA)

Parallèlement, l’eau est aussi un aliment essentiel, sans lequel le veau ne peut pas manger de fibres, ni de concentré : de la première à la troisième semaine, ses besoins sont de l’ordre de 1 à 1,5 litre/jour ; de 4 à 7 litres à 2 mois et jusqu’à 17 litres à 6 mois. Grâce à des analyses deux fois par an, on s’assurera que l’eau des petits veaux répond aux normes de potabilité humaines, au risque de développer des diarrhées. L’abreuvoir, de préférence un bac à niveau constant, est positionné sur une zone stabilisée à 40-60 cm.

Concernant l’alimentation solide, qu’il s’agisse d’un mash ou de granulés, la règle est une mise à disposition tôt, avec une ration type dosant 16 % de MAT et 28 % d’amidon au maximum, « car, comme les laitières, les veaux sont concernés par l’acidose ». Jusqu’à 6 mois, quel que soit l’âge au vêlage, la conduite est la même et doit viser les 1 000 g de GMQ de moyenne, c’est-à-dire multiplier le poids de naissance par six. Au cours de cette période, les freins identifiés par ACE à la croissance sont un accès restreint à l’auge et à l’eau, ou une eau de mauvaise qualité, mais aussi le confort, c’est-à-dire le stress, l’ambiance du logement, la transpiration (intérêt de la tonte du dos) ou les parasites externes.

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