EXCLUSIF. Prix du lait 2025 : une nouvelle année record

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Le marché n'absorbe plus l'explosion de la collecte en France et partout dans le monde depuis l'été dernier. Les stocks de poudre, de beurre et de fromage s'accumulent. Les prix de base du premier trimestre 2026 en sont affectés, mais moins qu'ailleurs en Europe. (© Cédric Faimali/GFA)

En 2025, le prix moyen du lait des 55 laiteries et OP de notre observatoire s’élève à près de 502 €/1 000 l, en hausse de 23,36 € par rapport à 2024. Les marchés internationaux dopent le prix des grands groupes. Les PME restent en bonne à très bonne position.

L’année 2025 surpasse 2024 et 2023, qui affichaient pourtant les meilleurs prix du lait de ces 25 dernières années. Les prix du lait 2025 sont biberonnés au beurre, dont les cotations étaient au plus haut entre les étés 2024 et 2025. Pendant cette période, elles n’ont pas quitté la tranche des 7 000 € à 8 000 € la tonne, les irriguant tout au long de l’année. Via la valorisation beurre-poudre et le prix allemand, l’évolution des cours des produits est en effet prise en compte dans les prix français avec un décalage de deux à trois mois.

Ce n’est que maintenant que les prix de base commencent à subir le contrecoup des marchés mondiaux. Ceux du dernier trimestre 2025 sont encore marqués par le dynamisme international. En parallèle, le marché des PGC français ne démérite pas. Côté prix, l’indice de prix de vente industriel des produits laitiers augmente de 2,2 % en 2025 selon l’Insee, pour une inflation à + 0,8 %. Côté consommation, hormis le lait UHT et le beurre qui décroissent en GMS, la crème, les fromages et l’ultrafrais progressent de 1,5 % à 2,1 %. « Les industriels doivent aujourd’hui surmonter les stocks de beurre, de poudre et de fromages de garde qu’ils constituent depuis l’an passé, analyse Christine Goscianski, de l’Institut de l’élevage. Les exportations françaises ont baissé de 5,5 % entre janvier-novembre 2024 et 2025, tandis que les importations ont progressé de 3,8 %. Les fromages italiens et le cheddar ont le vent en poupe. »

Ce contexte 2025 favorable se traduit dans l’observatoire de L’Éleveur laitier par une hausse moyenne de 23,36 €/1 000 l (qualité 42/33). Il conduit le prix des 55 laiteries et OP en filières conventionnelle et non OGM à 501,80 €/1 000 l (moyenne arithmétique). Si l’on zoome sur les prix conventionnels, leur augmentation est supérieure de 1,88 € (+ 25,24 €) pour un prix moyen à 497,50 €.

+ 31 € à + 33 € pour les grands groupes

Sans surprise, ce sont les grands groupes laitiers qui dopent les hausses. Portés par leur mix-produit contenant 30 % de beurre-poudre, Lactalis, Laïta (Terrena), Savencia seul ou via les coopératives de collecte Terra Lacta, Bressor et Eurial-Agrial (plus de la moitié de ses volumes à Savencia), affichent entre + 28,13 € (Bressor) et + 43,84 € (Savencia FMB Sud-Ouest). Cet écart d’un peu plus de 15 € masque un tir groupé autour des + 30 € à + 33 € de Lactalis, Eurial et Laïta (voir le tableau ci-dessous). En Bretagne-Pays de la Loire, où ils sont tous les trois présents, ils n’atteignent pourtant pas les 500 €. Poursuivant la convergence de ses prix bretons (et haut-normands) avec ceux de Basse-Normandie, Eurial-Agrial s’en approche à 496,57 €. Lactalis, avec ses quelque 490 €, est avant-dernier du classement régional, devant la Sill. Notons aussi que le Lavallois cumule deux années de revalorisation (+ 5 € en 2024).

(© NGPA)

Savencia : 3 OP au-dessus des 500 €

Les augmentations plus étalées de Savencia traduisent son histoire compliquée avec les OP. Trois des cinq présentes dans notre observatoire réussissent à passer la barre des 500 € et sont dans le top 10 des prix du lait français : Les 3 Rivières (Bretagne-Pays de la Loire), l’APL Bongrain-Gérard (Grand Est) et FMB Sud-Ouest. La première tire son épingle du jeu grâce à sa stratégie de complément de prix – qui augmente de 2,50 € en 2025 à 10,05 € – et un prix de base légèrement supérieur à ses cousines FMB Grand Ouest et Ouest’Lait (respectivement de + 0,66 € et + 2,34 €). Celles-ci ne reçoivent pas de bonus entreprise et Ouest’Lait, ancienne adhérente de Sunlait, ne négocie toujours pas son prix de base depuis la non-reconduction de son contrat-cadre par l’industriel il y a deux ans. Savencia continue d’appliquer l’avis du médiateur, à savoir un prix de base établi sur la moyenne des autres prix versés. Le prix moyen 2025 des 2 OP flirte avec les 492 € et 494 €, tandis que Les 3 Rivières atteint 504,32 €.

À l’instar de l’OP ligérienne, FMB Sud-Ouest, dont la région est connue pour sa déprise laitière, conjugue prix de base élevé (480,84 €) et bonus entreprise bien négocié (+ 3 €). Quant à l’APL Bongrain-Gérard, une autre ex-Sunlait, elle bénéficie d’un prix de base moyen de 482,58 € (+ 36,30 €) sous l’impulsion du Comité des règlements des différends commerciaux agricoles (CRDCA) dont la décision sur le calcul du prix s’appliquait jusqu’au 31 décembre 2025.

Sodiaal : un mix-produit moins international

Le leader coopératif Sodiaal a un peu moins augmenté son prix : + 25 €/1 000 l. Ce qui est logique. Son mix-produit est moins en prise avec le marché des commodités que ses concurrents nationaux (16 % de produits industriels). Cela n’empêche pas le groupe de rester dans la course (494,35 € en Bretagne-Pays de la Loire), aidé par l’avance prise les années passées. En moyenne sur quatre ans, il est 4 € devant Lactalis (467 €, contre 463 €) mais derrière Eurial (469 €) grâce à la convergence bretonno-normande de ce dernier. La stratégie des produits industriels de la Prospérité fermière est payante, quant à elle. Le prix 2025 de la coopérative du Pas-de-Calais se refait une santé à 502,18 € (+ 37,64 €). Jusqu’en novembre, elle était juste derrière le leader régional GIE Avesnois Lait mais celui-ci décroche en décembre. Dans le giron du belge Solarec (Laiterie des Ardennes), les adhérents ont perçu un prix de base de 345 € portant le prix 2025 à 492 €.

Les PME s’accrochent

Les PME spécialisées dans les PGC n’ont pas fourni de telles progressions. En lait conventionnel, les leurs oscillent entre + 1,75 € (Triballat-Rians) et + 10 € (Milleret). Malgré le relèvement modéré de leurs tarifs (lire en début d’article), ces entreprises sont obligées de coller au marché pour préserver la relation avec leurs livreurs. « Les négociations avec les enseignes de distribution ont été particulièrement compliquées l’an passé », rappelle Thierry Martin, directeur général de la fromagerie haut-saônoise Milleret (69 Ml collectés). « Les hausses tarifaires obtenues n’absorbent pas l’accroissement de nos charges industrielles. De plus, quand le prix des commodités augmente, ceux en GMS n’évoluent pas. » Début 2025, la fromagerie avait établi un prix prévisionnel à 485 €/1 000 l. Elle est allée au-delà en versant 490,52 €, selon notre observatoire. « Nous avons pris sur nos réserves pour financer la différence. En 2026, l’objectif est au moins de maintenir ce niveau. Nous sommes conscients que les charges des producteurs continuent d’augmenter. » Les hausses des PME compensent en partie ou totalement leur recul de 2024. Ainsi, H. Triballat-Rians (Centre), bien connue des tops de L’éleveur laitier, affiche un - 3,72 € sur deux ans. Même si le prix de base moyen du quatrième trimestre a reculé à 446 € et provoqué des remous auprès des producteurs, cette relative stabilité permet à la laiterie de figurer parmi les leaders français des prix conventionnels (voir le top 5 ci-dessous).

(© NGPA)

Le coup d’éclat de Mont-Blanc

La surprise vient en fait de Mont-Blanc (31 Ml), qui fabrique les crèmes desserts du même nom. Grâce à son bond de presque 42 € en 2025, entièrement dus à l’augmentation du prix de base, la filiale de Bel devient numéro 1 à 514,23 € (en volume A). « L’OP a renégocié il y a un an le calcul du prix du lait. Le travail et les charges de structure, c’est-à-dire hors indice Ipampa, sont revalorisés dans le calcul des coûts de production. à cela s’ajoute une marge de durabilité de 15 € », indique Romain Lallemand, président de l’OP.

Autre fait marquant : l’entrée de Novandie dans l’observatoire. Et elle fait sensation. La filiale du groupe Andros (300 Ml transformés) 100 % en produits frais, qui a choisi l’APL pour le Bien Collectif comme partenaire producteurs, s’est convertie il y a trois ans aux contrats tripartites, traduits par un prix de base moyen 2025 de 483,25 € (prix moyen à 506,15 €).

De quoi faire grincer des dents les livreurs de l’autre entreprise à 100 % en ultrafrais : Danone (600 Ml collectés). Leur prix de base annuel ne dépasse pas les 455 €/1 000 l, heureusement rattrapés par les primes. Selon les OP, les prix 2025 du géant mondial oscillent entre 482,04 € en Nord-Picardie et 501,07 € en Basse-Normandie, ce dernier cas étant soutenu par la prime régularité. Danone figurait dans le top 5 des prix conventionnels en 2024. Il ne l’est plus.

Alsace Lait réédite son exploit

La spécialiste alsacienne des produits frais fait également rêver. Pour la troisième année consécutive, Alsace Lait (230 Ml transformés) est le leader incontesté des 55 laiteries et OP de notre observatoire, en filières conventionnelle et non OGM. La coopérative évolue dans cette dernière. Son prix du lait – reconduit à l’identique entre 2024 et 2025 – dynamise sa stratégie de développement régional. Les 538,47 € donnent envie à ses adhérents de produire plus… Et à des producteurs de la rejoindre. « Nous collectons 18 nouvelles exploitations depuis le 1er janvier, qui livraient jusque-là Sodiaal ou Lactalis, par exemple », détaille Philippe Bernhard, le président. « Nous avons reconduit en janvier les 480 € de prix de base de décembre [février a été fixé après notre bouclage, NDLR]. Les prix des prochains mois sont conditionnés aux résultats des négociations avec la GMS et la restauration hors foyer. » Face à l’actuelle abondance de lait, Philippe Bernhard se dit inquiet pour les produits sous marque de distributeurs et destinés à la RHD, moins pour ceux sous marque Alsace Lait.

Premier trimestre 2026 entre 410 € et 455 €, pour l’instant

Le retournement des marchés qui a débuté cet été est une douche froide pour les producteurs français et européens. L’effondrement des cours du beurre et le trop-plein de lait depuis le second semestre effritent les prix de base. Au moment de notre bouclage fin janvier, les leaders n’avaient annoncé que celui de janvier (420,91 € pour Lactalis-Unell, 430 € pour Eurial et 450 € pour Sodiaal). Lactalis donnait néanmoins un aperçu de février via la Bretonne OPLB : 409 €. Seul Savencia apporte un peu de visibilité trimestrielle. L’industriel s’est accordé avec l’OP Les 3 Rivières sur 431,60 € en janvier, 420 € en février et 410 € en mars. Terra Lacta a annoncé 420 € en janvier et 410 € en février. Des laiteries en PGC France s’engagent aussi. Isigny-Sainte-Mère reconduit son prix de janvier en février : 445 €. Milleret mouille la chemise : 455 € en janvier et février, 450 € en mars, avril et mai. Quant au groupe Danone, en janvier, il apporte un complément sur la partie France de la formule de calcul de toutes les OP pour verser 435 €. Les industriels veulent envoyer un signal long-termiste aux GMS avec qui ils sont en négociation : malgré le retournement des marchés, il faut soutenir les éleveurs pour sécuriser l’approvisionnement en lait des prochaines années. Ils savent aussi qu’ils déclencheront les foudres des producteurs s’ils descendent sous les 400 €. Ces derniers ont accepté bon gré mal gré un écart de prix en leur défaveur de 41,72 € en 38/32 avec l’Allemagne.

Pour un atelier de 800 000 litres, cela représente un manque à gagner de 33 400 €. Ils attendent le renvoi d’ascenseur.

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Bons plans
Aperçu des marchés
Vaches, charolaises, U= France 7,63 €/kg net +0,03
Vaches, charolaises, R= France 7,45 €/kg net +0,06

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