L’agrandissement du troupeau a conduit Yves Rivière à intensifier sa surface fourragère par la monoculture du maïs sur certaines parcelles, parfois au détriment de la structure du sol. Il tente de reconquérir l’une d’entre elles grâce aux couverts fourragers.
Près de Bayeux, dans le Calvados, dans le Bessin réputé pour ses terres limoneuses profondes, Yves Rivière est un habitué des prairies multi-espèces et des intercultures fourragères entre deux maïs.
Avec la chambre d’agriculture de Normandie et le groupe d’éleveurs Sol- Phytos de Danone, il a constitué, depuis cinq ans, des mélanges productifs. « L’augmentation progressive de mon troupeau de 30 vaches depuis la fin des quotas laitiers mais sur la même surface, 78 hectares de SAU, m’a obligé à recourir à la monoculture du maïs, entrecoupée d’un couvert en dérobée », présente-t-il. Grâce aux résultats d’essais et à l’expérience des membres du groupe Sol-Phytos et la sienne, il sème désormais en routine à l’automne sur ses terres limoneuses humides 45 kg/ha d’un mélange composé, d’un côté, de seigle forestier et de ray-grass d’Italie (15 kg chacun) et, de l’autre, de vesce commune (15 kg), de trèfles incarnat (7,5 kg), d’Alexandrie (7,5 kg) et de squarrosum (15 kg).
Vérifier l’état du sol
Cette association est un subtil équilibre pour limiter l’agressivité des graminées au détriment des légumineuses, sans pour autant contenir trop de ces dernières à l’ensilage au printemps. « Le mélange commercial que j’achetais était trop riche en légumineuses, avec un excès d’urée dans le lait et des mortalités embryonnaires. Celui-ci a résolu le problème », explique Yves Rivière.

Les terres peuvent être sensibles au tassement et au lissage des horizons inférieurs occasionné par les socs de la charrue. C’est ce qui est arrivé à une parcelle de 6,5 ha qui a été cultivée en « maïs-dérobée-maïs » durant douze ans. « Après onze années de labour à 30 cm de profondeur, j’ai essayé, en mai 2024, la conduite simplifiée par un passage de chisel pour réduire sa fréquence et pour lutter contre les adventices graminées de printemps. Les rendements de maïs-ensilage ont chuté d’un tiers. La TCS [technique culturale simplifiée] n’était pas en cause. Elle a révélé un sol devenu très compact », raconte Yves.
Deux couverts sur un an
La semelle de labour formée à 27 cm a empêché l’écoulement de l’eau vers l’horizon inférieur, tout comme la présence des vers de terre et une activité racinaire. C’est ce que met en évidence le test au pénétromètre (photos) – qui mesure la résistance du sol – fait en octobre 2024, après le chantier d’ensilage. Il est confirmé par un profil cultural en 3D (voir l’infographie ci-dessus) réalisé au printemps 2025. Maintenir la culture du maïs sur ces 6,5 ha en l’état n’était pas envisageable. L’éleveur courait le risque d’accentuer la dégradation du sol. Malgré tout, il a besoin en 2024 de la totalité des 78 ha pour produire des fourrages, qu’ils soient ensilés ou pâturés.

23 mai 2025 : premier mélange semé. En concertation avec Clément Chevalier, ingénieur en agronomie et cultures à la chambre d’agriculture de Normandie, le travail de restructuration du sol commence par une première association (29,5 kg/ha de semences). Le RGI est conservé (10 kg). Son agressivité est contenue par le trèfle d’Alexandrie (15 kg). Le colza fourrager, intéressant pour son pivot racinaire qui se ramifie, les complète (4,5 kg). En amont, le travail du sol est pris à bras-le-corps. Yves emprunte le décompacteur Cracker de la Cuma équipé de 7 dents sur 3 m de large et de deux rouleaux émietteurs derrière. « Il est conseillé de descendre 5 cm sous la semelle de labour, ce qui nécessite de la puissance. Les 150 ch de mon tracteur étaient à peine suffisants. J’y ai passé la journée », souligne Yves Rivière. Il se félicite d’avoir patienté jusqu’au 23 mai avant de semer le nouveau mélange. « Le printemps 2025 a été sec. J’ai attendu les premières pluies, ce qui a permis une levée rapide et une abondante biomasse. » Fauchée les 10 juillet et 16 août, elle totalise 7,5 t/ha de matière sèche à 16 % de matière azotée totale et 0,9 UFL/kg de MS. L’autre solution était de semer une prairie, mais elle aurait favorisé le retour des adventices de printemps. Les chénopodes sont en particulier bien présents dans la parcelle.
9 octobre 2025 : second mélange semé. Après la culture fourragère de printemps, le projet initial était de semer une prairie à l’automne 2025 à base de ray-grass anglais et hybride, de fétuque élevée pour les graminées et de trèfles violet (pivot racinaire puissant) et blanc géant pour les légumineuses. « L’objectif était une action de restructuration racinaire du sol sur la durée », précise Clément Chevalier. Mais, entre-temps, l’exploitation a évolué. Son volume laitier contractuel a été réduit de 20 %, Yves ayant décidé de ne pas faire appel auprès de Danone et de l’OP de ses deux années consécutives de sous- réalisations. « J’ai diminué mon troupeau de 13 vaches pour respecter ma nouvelle référence de 401 000 litres, ce qui libère une quinzaine d’hectares de maïs-ensilage au profit du blé. » L’éleveur intégrera les 6,5 ha dans cette nouvelle configuration pour la campagne culturale 2026-2027.
À la place de la prairie a donc été emblavé un second couvert fourrager (30 kg/ha) le 9 octobre dernier. On y retrouve bien sûr le RGI (5 kg dont 50 % diploïde et 50 % tétraploïde), complété de vesces velue et commune (12 kg) et de trèfles de Micheli (3 kg), incarnat (5 kg) et squarrosum (5 kg). Ce mélange est le fruit des essais menés avec le groupe Sol-Phytos de Danone. Là aussi, le semis est précédé d’un passage de décompacteur Cracker à 35 cm de profondeur, sous la semelle de labour. « Ce travail du sol a été plus facile car il a bénéficié du premier décompactage, du travail racinaire réalisé par le couvert précédent et de l’ensilage du mois d’août fait dans de bonnes conditions de portance du sol. Le tracteur utilisé était également un peu plus puissant : 160 ch. »
Premiers résultats encourageants
Lorsque ce dernier couvert aura effectué le cycle des six mois prévus, la parcelle aura bénéficié d’un an de cultures fourragères conçues pour reconquérir la structure du sol. Les premiers résultats sont encourageants. Fin novembre, le pénétromètre et un trou à la bêche montrent une résistance du sol à 35 cm de profondeur, et non plus à 27 cm (voir l’infographie). « Nous avons gagné 8 cm, se réjouit Clément Chevalier. De plus, sa pointe traverse la partie encore compacte beaucoup plus aisément qu’avant. C’est important. »
Peut-on espérer une disparition totale de la zone compactée ? « Ce sera difficile car le maïs revient au printemps avec de nouveau un risque de tassement. Néanmoins, l’intégration du blé dans la succession culturale, suivi d’un couvert agronomique le limitera. » Yves Rivière n’exclut pas en effet un mélange de radis fourrager, phacélie et trèfle d’Alexandrie restitué au sol si celui-ci ne s’est pas complètement rétabli. Le profil cultural en 3D qu’il prévoit de réaliser au printemps le lui indiquera. Si les racines atteignent l’horizon inférieur, le pari sera gagné. En attendant, il reste vigilant sur ses autres parcelles de maïs. Il choisit des variétés précoces pour ensiler au plus tard fin septembre et ainsi éviter d’éventuels tassements du sol durant les chantiers à cause d’un temps plus humide en octobre. « Et, si le temps est trop pluvieux en septembre, je n’hésite pas à décaler la venue de l’ETA. »

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