Arvalis a cherché à déterminer la meilleure association céréales-légumineuses pour une dérobée d’hiver, en prenant comme référence le traditionnel ray-grass italien. Plusieurs essais menés au préalable sur un large panel d’espèces ont conditionné le choix du seigle fourrager et de diverses légumineuses.
« L’objectif de nos expérimentations, dans le cadre du projet Cap Protéines et de différents essais, a été de sélectionner les différentes légumineuses qui présentent un réel intérêt pour une conduite en dérobée d’hiver, entre une céréale et un maïs fourrage par exemple », expliquait Mickaël Venot, ingénieur agronomie-productions fourragères chez Arvalis, lors du Sommet de l’élevage. Il y a donc eu un screening des différentes légumineuses possibles, une évaluation de leur capacité d’association avec certaines graminées et une étude de la cinétique d’évolution de leur valeur alimentaire. « Trois graminées de niveau d’agressivité différent ont été travaillées : la fétuque élevée, le seigle fourrager (SF) et le ray-grass italien (RGI), continue Mickaël Venot.
Dans la liste des légumineuses possibles, des choix ont été rapidement réalisés. Par exemple, peu de semences pour la vesce de Pannonie sont disponibles sur le marché, elle a donc été exclue. La vesce de Narbonne présente une grande sensibilité au gel, donc elle n’était pas pertinente en conduite hivernale. Les trèfles vésiculé et hybride ont une valeur azotée correcte, mais ils ne sont pas assez productifs et ne sont pas suffisamment agressifs pour s’associer avec des graminées fourragères. La vesce velue d’hiver est quant à elle très intéressante car elle est riche de 20 à 25 % de MAT. Le pois fourrager et la féverole sont eux aussi des espèces pertinentes pour cet usage avec certaines difficultés de conduite qui leur sont propres. »
Entre 2022 et 2024, des essais ont été réalisés sur les stations expérimentales Arvalis de La Jaillière (Loire-Atlantique) et de Saint-Hilaire-en-Woëvre (Meuse). Dans ces dispositifs, c’est le seigle fourrager qui a été choisi en association avec différentes légumineuses. L’intérêt de l’association céréale-légumineuses réside dans l’absence de fertilisation azotée, la diversification des espèces présentes et la bonne valeur alimentaire du fourrage. Un RGI peut aussi être installé en pur. Très agressive, la plante s’implante bien avec une bonne production de matière, mais elle présente un coût en fertilisation azotée non négligeable (de 80 à 100 unités d’azote [uN] par hectare). En comparant les résultats en matière de rendement, le RGI l’emporte sur les associations non fertilisées en azote. Pour autant, dans le cas d’une coupe précoce de RGI (épis 15-20 cm), certaines associations seigle fourrager-légumineuses peuvent largement rivaliser avec cette graminée (SF-trèfle incarnat, SF-trèfle squarrosum, SF-féverole, trèfle incarnat, vesce velue, SF-trèfle de Micheli).
Rendement, MAT et coût des pratiques
Par ailleurs, ils auront une meilleure valeur alimentaire, surtout pour la teneur en MAT. « Nous n’avons pas constaté d’effet significatif de la date de semis sur la production des différentes dérobées », fait observer Mickaël. Il rappelle que « le RGI perd trois points de MAT en trois semaines et la portance des sols ne permet pas toujours d’aller le récolter au bon stade ». Autre constat de terrain : la féverole a gelé dans certaines parcelles et le trèfle de Perse a disparu en sortie d’hiver. « Les associations à base de vesce (vesce velue d’hiver et vesce commune d’hiver) produisent une biomasse identique à un RGI précoce », fait aussi remarquer l’ingénieur.
Côté MAT ramenée à l’hectare, les mélanges seigle fourrager-légumineuses ne se démarquent pas vis-à-vis du RGI classique qui produit jusqu’à 1 tonne de protéines/ha. Mais le RGI a besoin d’azote. Avec une rapide simulation de coûts pour 90 unités d’azote/ha (ammonitrate 33,5 % à 1,12 €/uN, 20 €/h de main-d’œuvre, 2 €/ha de tracteur 100 ch 4 roues motrices, 1,90 €/ha d’épandeur à engrais 24 m classique), la culture de RGI en dérobée se monte à 107 €/ha, contre 0 € pour les cultures en association. Il faut également prendre en compte « le coût des semences et les mélanges sont parfois coûteux, rappelle Mickaël Venot. En mélangeant des légumineuses, il faut compter en moyenne 150 €/ha et autour de 60 €/ha pour du RGI.
Mais, attention, certaines légumineuses sont plus coûteuses et peuvent vite faire monter le coût total du mélange. Si l’on combine le bilan économique avec le bilan alimentaire, on peut effectivement affirmer qu’il existe des alternatives au RGI intéressantes avec des associations céréale-légumineuses. Par contre, il est essentiel de bien choisir les espèces en fonction des objectifs de production et éventuellement de les associer entre elles. »
À l’avenir les travaux porteront sur le seigle forestier et l’avoine d’hiver. « Les seigles sont sensibles au piétin-échaudage. De fait, ils maintiennent une pression sur la parcelle avec ce champignon. De même, il faut rester vigilant à la date de coupe, sinon le seigle fourrager perd rapidement en valeur alimentaire. Le seigle forestier et l’avoine d’hiver sont plus tardifs et l’avoine moins sensible au piétin », analyse l’ingénieur. Qui s’interroge aussi sur la réserve hydrique du sol, après un mélange et avant un maïs fourrage, par exemple, ou encore sur la dose d’azote à apporter pour maintenir certaines légumineuses en association avec la céréale dans la parcelle tout en optimisant le rendement de ces dérobées. Des travaux à explorer dans les années à venir pour le Cap Protéines + 2024-2026.
Votre email professionnel est utilisé par les sociétés du groupe NGPA pour vous adresser ses newsletters
et les communications de ses partenaires commerciaux. Vous pouvez vous opposer à cette communication pour nos partenaires en cliquant ici.
Consultez notre politique de confidentialité
pour en savoir plus sur la gestion de vos données et vos droits.
Notre service client est à votre disposition par mail : serviceclients@ngpa.fr.
Stéphane Ferret : « J’exploite désormais l’herbe de façon optimale »
La Charolaise « Surmesure » sera bien au Salon de l’agriculture… mais en photo
Veaux : de 0 à 2 mois, des fondamentaux à ne pas oublier
De 600 000 à 2,3 millions de litres de lait livrés : le Gaec des Bohons mise sur la robotisation
Lely dépasse le milliard d’euros de chiffre d’affaires pour la première fois
Quand déclencher le premier apport d’azote sur prairie ?
Chez Matthieu Carpentier, le silo libre-service va fêter ses 50 ans
Les industriels privés demandent l’aide des producteurs
Déclin agricole français : analyser les causes... pour préparer le rebond ?
Les seuils de déclaration environnementale relevés pour les élevages bovins