Les épizooties posent la question de la résilience des élevages

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manifestation contre la DNC dans le Doubs
La gestion de la crise de la DNC a généré beaucoup d'incompréhensions. (©Confédération paysanne)

Un débat organisé au Sénat le 20 février illustre la diversité des points de vue sur la gestion de la DNC. Au-delà des questions sanitaires, c’est la vision du mode d’élevage qui diverge entre les intervenants.

Quel modèle d’élevage pour résister aux épizooties ? L’immunité n’est-elle pas le meilleur allié des éleveurs face aux maladies ? Les plans de lutte protègent-ils les animaux ou le commerce ? Autant de questions qui se posent à la suite de la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) en France. Pour en débattre, le Sénat a organisé un colloque, le 20 février, sous l’égide des écologistes.

L’abattage total, désormais renommé « dépeuplement », se trouve au cœur du sujet. Car, pour une partie des éleveurs comme pour les défenseurs du bien-être animal, tuer des animaux sains se justifie difficilement. Anatole Poinsot, juriste au sein de l’ONG The European Institut for Animal Law & Policy, s’est interrogé sur les fondements juridiques des abattages obligatoires. « Le système sanitaire a été harmonisé pour favoriser le commerce. Dès lors qu’un pays est reconnu indemne d’une maladie, le transport de ses animaux est facilité », explique-t-il. L’abattage sélectif couplé à la vaccination permet de retrouver le statut indemne de la DNC au bout de 26 mois, contre 14 avec l’abattage total. En attendant, la maladie circule à bas bruit, ce qui comporte des risques.

On voit les abattages, pas les foyers évités

De son côté, Pauline Ezanno, cheffe du département santé animale de l’Inrae, estime qu’« on peut survivre avec la DNC, mais pas dans un contexte de production. Il faut donc l’éradiquer ». Elle ajoute que la gravité de la maladie impose d’aller vite pour limiter la contagion. La réglementation européenne met un ensemble d’outils à disposition, de la surveillance à l’abattage en passant par la vaccination, pour gérer une épizootie. « Dans le cas de la DNC, l’abattage total déclenche un choc émotionnel bien visible, constate Xavier Bailly, ingénieur de recherche à l’unité d’épidémiologie de l’Inrae. En revanche, on ne voit pas les foyers évités grâce à ces abattages. » Ceci contribue à expliquer les différences de points de vue.

Mais l’abattage total empêche aussi de voir comment évoluent les animaux malades, et notamment s’ils développent une immunité, souligne Jocelyne Porcher, sociologue à l’Inrae.

Le rôle de l’intensification de l’élevage a lui aussi été débattu. Des animaux sélectionnés sur leurs performances manquent de robustesse, la diversité génétique s’appauvrit. Quand des bovins ne sortent plus au pâturage, leur immunité décroît. Les mesures de biosécurité mises en œuvre pour protéger les animaux ne suffisent pas à éviter les épizooties.

Accepter que les animaux produisent moins pour qu’ils résistent mieux

Directeur scientifique à l’Anses, Éric Cardinale constate que les risques anciens perdurent, la fièvre aphteuse par exemple, tandis que ceux liés aux maladies vectorielles explosent. « La clé est l’anticipation ce qui implique de travailler sur la robustesse des animaux, en acceptant qu’ils produisent un peu moins. La lutte contre les vecteurs doit évoluer pour ne pas détruire la biodiversité. »

Éleveur de vaches bretonnes pie noir en Ille-et-Vilaine et porte-parole de la Confédération paysanne, Stéphane Gallais dénonce la gestion de la crise de la DNC et met en cause la cogestion entre l’État et la FNSEA. « Les éleveurs doivent être acteurs des décisions, sinon, ça ne marche pas. » Il pointe la responsabilité des élevages industriels et des flux d’animaux qu’il génère entre différents pays dans le risque d’émergence de maladies.

Les intervenants s’entendent au moins sur un point : la menace ne vient pas que de l’extérieur et le modèle d’élevage intensif fragilise les animaux. La solution réside dans l’approche « Une seule santé » (One Health), selon laquelle la protection de la santé de l’homme passe par celle de l’animal et de leurs interactions avec l’environnement.

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