Comme chez l’humain, le manque de repos chez la vache a un impact physique et physiologique. Ces dernières changent de comportement amenant des boiteries, parfois chroniques, en plus de changements hormonaux. À la fin, la productivité est affectée et la carrière de la vache se réduit.
«Quand les vaches ne dorment pas, elles changent de comportement ainsi que de physiologie », a alerté le vétérinaire américain Nigel B. Cook de l’université du Wisconsin-Madison lors de son intervention aux Rencontres innovation performance en élevage laitier (Ripel), le 11 décembre, à Pacé (35). « Cela entraîne des problèmes inflammatoires qui peuvent devenir hors de contrôle (boiteries, mammites, etc.). Les vaches hautes productrices mangent plus et ont donc besoin de dormir davantage » Nigel B. Cook s’est penché sur la question de la longévité des vaches en l’abordant par la qualité des temps de repos. « Entre 2012 et 2022, certains indicateurs se sont beaucoup améliorés sur le troupeau laitier américain comme le pourcentage de gras (+ 0,4 pt), de protéine (+ 0,1 pt) dans le lait, l’âge au premier vêlage (-1 mois) ou le pourcentage de vaches pleines (+ 9 %), mais un critère n’a pas bougé en dix ans : celui du renouvellement », explique le vétérinaire. Pour lui, il devrait être de 20 %, soit l’équivalent de cinq lactations par vache, alors qu’il peut monter à 44 %.
L’arrivée de boiteries
Nigel B. Cook rappelle que la « longévité des vaches est déterminée par les décisions de reproduction et le choix de semences, alors que l’on devrait regarder la longévité individuelle des vaches. Nous devrions nous concentrer sur la qualité des animaux plutôt que sur la quantité ». Il évoque la question des boiteries : « Une boiterie non prise à temps entraîne des pertes de production mais surtout amène aussi à une boiterie chronique. La vache peut perdre jusqu’à deux heures de repos par jour à cause d’une boiterie.
Quand la vache a mal au pied, elle passe son temps à passer d’un pied sur l’autre et ne se repose pas. D’autres vaches vont se coucher et ne se relèveront pas car cela sera trop douloureux. Elles passent alors seize à dix-huit heures couchées et elles ne produisent pas le lait qu’elles pourraient produire. » Lorsque la vache ne peut pas se coucher correctement et que le temps de repos n’est pas suffisant, des signes de mal-être vont apparaître comme « le piétinement, le transfert de poids d’une partie du corps sur une autre, le balancement de la tête, le maintien d’une station debout sans rumination. Ces modifications comportementales sont à l’origine de boiteries et le cercle vicieux s’installe, avec, à la clef, une modification de l’os. Des changements physiologiques aussi vont se faire sentir comme la diminution des taux d’hormone de croissance, l’augmentation des cytokines pro-inflammatoires, la modification de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et l’élévation de taux de l’hormone adrénocorticotrope (ACTH). [Cette hormone va influer directement sur le système immunitaire et la réponse au stress, NDLR]. Et lorsque les vaches peuvent récupérer, elles privilégient la récupération du temps de repos perdu à l’alimentation », souligne le vétérinaire.
Un repos de qualité
Il ne définit pas un temps de repos idéal pour une vache. « Il n’existe pas une norme de repos. Le plus n’est pas forcément le mieux, comme le montre un temps de repos trop important en cas de boiterie. Quand on parle repos, la vache doit pouvoir se coucher quand elle le souhaite et aussi longtemps qu’elle le souhaite, insiste-t-il. Et pour se coucher, le sol doit être confortable. Elle ne doit pas être sous stress thermique non plus. La surdensité dans un bâtiment entraîne une compétition pour les places de couchage. Plus il y a de compétition, moins la vache se repose. Le temps de traite a aussi un impact important. Si le temps de traite augmente, celui de repos diminue : avec une traite durant trois à cinq heures dans certaines situations, cela représente trois à cinq heures de moins de temps disponible pour la vache. Quelque part, on leur vole du temps en rallongeant la durée de traite ! »
Si Nigel B. Cook sensibilise et alerte les éleveurs, il arrive aussi avec des réflexions sur des solutions possibles. Il recommande avant tout de bien établir une litière confortable et profonde. Il a d’ailleurs comparé trois types de litière, comme le sable, le lisier solide (séché) et le matelas : « Le sable, peu utilisé en France, est la meilleure litière. La majorité des boiteries ont été observées avec des matelas à eau. L’eau disparaît sous l’appui et il n’y a plus de soutien au moment de l’ancrage du pied dans le sol pour se relever. S’il y a des logettes avec du sable et des logettes avec des matelas à eau refroidissant et qu’il fait chaud, les vaches iront se coucher sur le sable. Et la santé mammaire est meilleure sur le sable également. Cette litière permet une amélioration de la production laitière moyenne de 1 000 kg par lactation. Le lisier est aussi confortable mais à une condition qu’il soit bien séché, sinon il favorise le développement des bactéries (50 % de MS). »
Des formes de logettes inadaptées
Un autre élément sur lequel le vétérinaire souhaite attirer l’attention est la forme des logettes. « La vache se couche en diagonal. Les barres de logettes peuvent créer des pressions et des blessures sur le dos. Il lui faut de la place pour allonger son cou et sa tête devant afin de se relever. Lorsqu’elle se lève, la vache bascule naturellement son poids sur l’avant-main. Il y a aussi un mouvement d’oscillation de la tête avec la nécessité d’un bon appui d’un antérieur au sol. Si le devant de la logette est obstrué (barre, fils, arrêtoir), ce mouvement n’est pas possible, la vache est bloquée pour se relever de manière naturelle. Elle se relève dans la douleur et peut se mettre à appréhender ce mouvement. Et bien sûr une vache plus grosse a besoin d’une logette plus grande ! » Sur le terrain, le vétérinaire a observé des logettes trop étroites, des barres au garrot trop basses, un diamètre intérieur de la tubulure de séparation inadéquat, des angles de la tubulure inférieure trop courts. « Pourquoi avoir recours à des arrondis de tubulure de séparation souples ? Il suffit de positionner la tubulure de séparation en métal au bon endroit ! » lance-t-il.
Les vaches restent debout en cas de stress thermique
Pour finir, le vétérinaire évoque le stress thermique. « Même dans des étables très bien équipées pour limiter le stress thermique, on constate que les vaches réduisent leur temps de repos. Lorsque les vaches sont couchées, leur température augmente de 0,5 °C/heure. Plus la vache se repose, plus sa température augmente. Donc, lorsqu’il fait chaud, les vaches ne se couchent plus, car debout elles se rafraîchissent davantage. » Selon Nigel B. Cook, « la ventilation naturelle reste une bonne option dans de nombreuses situations et constitue un choix économique viable dans des conditions climatiques variables. C’est à mon sens, la solution la moins coûteuse en Europe. Aux États-Unis, les bâtiments sont très souvent équipés d’une ventilation dynamique à ambiance contrôlée. Si le système est deux ou trois fois plus cher qu’un système naturel, il faut quand même se poser la question de l’investissement. Si le choix se pose sur des ventilateurs, il faut rester vigilant quant à l’inclinaison et à l’orientation de l’air. Si vous voyez, en pleine chaleur, des vaches agglutinées au même endroit, c’est qu’il y a un problème. » Une étude a permis de montrer que « la vitesse de l’air à hauteur de couchage des vaches a influé sur leur temps de couchage quotidien, leur température vaginale et leur production laitière en situation de stress thermique. Et ces résultats révèlent l’importance de maintenir une vitesse minimale de refroidissement de l’air dans le micro-environnement de repos des vaches, à hauteur de 1 à 2 m/s à 0,5 m au-dessus de la logette. En multipliant presque par deux la vitesse du ventilateur (de 60 à 100 %), la consommation d’électricité a plus que doublé, mais l’amélioration des performances des vaches a été minime ! »
Pour résumer son intervention, Nigel B. Cook a finalement délivré son mantra : « Laissez-les se reposer. Gardez les propres et sèches. Gardez-les au frais. »

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