Dans les Savoies, les éleveurs et leurs partenaires estiment avoir surmonté la crise grâce à l’esprit collectif et au respect de la parole scientifique.
L’émotion est encore palpable dans la voix des éleveurs savoyards et haut-savoyards évoquant le douloureux été 2025. Alors que les cheptels sont presque reconstitués et les tanks de nouveau pleins, ils sont convaincus d’avoir fait les bons choix. Lors du congrès de la FDSEA des Savoies le 6 février à Faverges (74), où éclatèrent de nombreux foyers, ils sont revenus sur les clefs de ce succès collectif.
« L’arrivée de cette maladie exotique en France a été un choc, confie Nicolas Berthollet, délégué du groupement technique vétérinaire de Savoie. Il a fallu se former et se convaincre ensemble de la nécessité de ce protocole pour éradiquer la maladie, afin d’accompagner les éleveurs. » Un rôle pas facile, comportant « des actes potentiellement dangereux effectués dans un contexte où la charge mentale et l’ambiance générale étaient lourdes ».
Accepter le protocole n’a été évident pour personne. « J’ai tout de suite expliqué qu’il faudrait faire confiance aux vétérinaires, que ce serait eux qui géreraient l’épizootie, indique Hervé Garioud, président du GDS. Dans les Savoies, leur parole a été écoutée et respectée. Cette coopération entre nos professions a été la pierre angulaire de la lutte. »
Un protocole difficile à accepter
« La science n’est pas une opinion, martèle Cédric Laboret, président de la chambre d’agriculture, qui s’est immédiatement rangée derrière le consensus scientifique. Si on ne prenait pas vite nos responsabilités, la maladie allait s’étendre. » Il regrette que les experts français et européens de la maladie aient tardé à parler publiquement, laissant les responsables locaux subir les critiques et l’incompréhension des éleveurs et de la société.
Une fois le protocole accepté, la priorité des organisations professionnelles agricoles a été d’accompagner les éleveurs touchés. « Nous avons formé en urgence de nouvelles sentinelles du réseau Réagir et proposé nos outils comme l’aide au répit, l’aide administrative ainsi que le suivi psychologique qui a été largement sollicité », abonde René Féchoz-Christophe, président de la MSA Alpes du Nord.
Nombreux sont les éleveurs évoquant la présence aidante et réconfortante de collègues et voisins qui se sont rendus chez eux lors des moments douloureux – pour les annonces officielles et la gestion des dépeuplements. « Même si ce n’est pas nos vaches, c’est difficile d’assister à cela, témoigne Guillaume Léger, président des JA 74. Mais quand on a compris que le protocole était le bon, on a voulu être là pour accompagner. » Il confie que son syndicat s’est longuement interrogé avant de soutenir la stratégie gouvernementale au vu du consensus scientifique.
« Contrairement à ce qui a parfois été dit, personne ne nous a mis le couteau sous la gorge : chacun a eu le temps de réfléchir et d’accepter les abattages en son âme et conscience, corrige aussi Nicolas Prudhomme, qui a vu abattre ses laitières. Et on s’est tous serré les coudes. » À Faverges en particulier, la solidarité a été totale, faisant fi des étiquettes syndicales.
Vaccination : l’étendre ou pas
« Outre l’impact économique sur les animaux exportés, l’extension de la vaccination à la France entière n’est pas souhaitable car la vaccination n’est efficace que si elle couvre la totalité du cheptel, pose le vétérinaire Nicolas Berthollet. Vacciner la moitié des bovins dans tout le pays serait plus dangereux que de ne pas vacciner. Or même dans les zones réglementées il y a eu des éleveurs réticents : on n’obtiendra jamais l’adhésion de tous les éleveurs bovins français. » Dans les Savoies, où la couverture vaccinale est de 100 % dans les anciennes zones réglementées, quelques rappels à l’ordre ont eu lieu mais la plupart des retards ont été dus à des difficultés logistiques. Un seul cas a donné lieu à une mise en demeure se soldant par un chantier de vaccination organisé par l’administration aux frais de l’éleveur. « Il faudrait aussi obtenir rapidement 16 millions de doses et être en capacité de surveiller la survenue de réactions vaccinales pour les distinguer de la maladie », rappelle aussi la FDSEA.
Les syndicats agricoles des Savoies attendent cependant une extension de la vaccination à la totalité des deux départements, dont quelques cantons épargnés par la DNC sont restés exclus. « Beaucoup d’éleveurs de ces zones avaient des lots de bovins dans les secteurs réglementés : ils se retrouvent avec un quart ou un tiers de leur cheptel vacciné », explique la Confédération paysanne.
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