« De multiples opportunités existent » pour s’installer en élevage laitier

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"De multiples opportunités existent pour s'installer en élevage bovin laitier, avec des exploitations de moindre taille, des systèmes plus économes et/ou avec valeur ajoutée (signes de qualité ou circuit court) à condition de bien calculer le coût de reprise", explique Christophe Perrot, chargé de mission économie et territoire à l'Idele. (©E. Durand)

Christophe Perrot, chargé de mission économie et territoire à l’Institut de l’élevage, explique les limites mais surtout les possibilités de s’installer, demain, en élevage laitier pour « être son propre patron ».

L'Éleveur laitier : Y a-t-il des départements avec des dynamiques d’installation différentes en élevage laitier ?

Christophe Perrot : Oui. Les dynamiques d’installation laitière sont très différentes sur le territoire et les contrastes s’accroissent. La réussite des filières fromagères sous AOP maintient le taux de remplacement des départs à un niveau élevé dans les montagnes de Franche-Comté, soit un taux de 77 % contre 43 % en moyenne en France. C’est un peu moins dans les Alpes du Nord et trois fois moins dans les zones de plaine et coteaux du Sud-Ouest défavorisées par les évolutions climatiques et la faible densité de production qui engendre des surcoûts. Les autres bassins sont entre les deux. Mais les taux de remplacement ont baissé dans l’Ouest (33 %,-8 points en cinq ans) et surtout en Normandie (40 %, -15 points) où la dynamique de robotisation et de croissance du salariat est très forte (28 % de salariés en 2023, une valeur qui s’approche des secteurs porcs et volailles) avec des croissances de taille d’exploitation et une intensification de la production par vache. Le secteur laitier recrute des salariés qui pourront devenir chef d’exploitation ou co-exploitant par la suite. C’est une vraie spécificité de l’élevage de ruminants.

EL : Quel est le principal frein que vous voyez dans les installations en élevage laitier ?

C.P. : On pourrait en citer deux : l’accès à l’outil de production, au capital et au financement et surtout les spécificités en matière de qualité de vie et conditions de travail (QVCT). Pour gérer l’astreinte et la pénibilité, les éleveurs laitiers ont réinvesti les hausses de prix du lait perçues depuis 2021 dans l’embauche de salariés, avec une évolution de 15 à 21 % de main-d’œuvre salariée sur les fermes, et dans l’achat de robots de traite, avec de 13 à 24 % d’exploitations équipées. Des variations importantes subsistent cependant suivant les zones. Mais à zone égale, les exploitations intégrant au moins un co-exploitant de moins de 40 ans ont un taux de robotisation multiplié par 1,5. Preuve en est de la forte sensibilité des jeunes éleveurs à l’amélioration des conditions de travail. Et cette amélioration semble davantage passer aujourd’hui par la substitution capital-travail (robotisation) et l’embauche de salariés que par le remplacement d’associés.

EL : Y a-t-il beaucoup de personnes non issues du milieu agricole (NIMA) qui s’installent en élevage laitier ? Et quel est, dans ce cas, le type d’installation choisie ?

C.P. : Les statistiques agricoles, dont le recensement agricole notamment, ne distinguent que les installations hors cadre familial (HCF) car la définition des personnes non issues du milieu agricole (Nima) est moins précisément normée. Le lien entre les deux est majoritaire. Néanmoins, d’après la chambre d’agriculture de Bretagne, 32 % des installés HCF sont issus du milieu agricole, tandis que 22 % des Nima s’installent dans un cadre familial, sur l’exploitation de leur conjoint notamment.

Le secteur bovin laitier est le secteur dans lequel la part d’hommes installés HCF est au plus bas (24 %, à égalité avec les bovins viande). Pour les femmes c’est 26 %, un peu mieux qu’en bovins viande ou grandes cultures (20 %). Pour mémoire, toutes productions confondues, 37 % des installations sont HCF. Avec des valeurs supérieures à cette moyenne en volailles ou dans le secteur caprin.

Christophe Perrot, chargé de mission économie et territoire Idele. (© E. Durand)

En élevage bovin laitier, les Nima, qui cherchent classiquement à être « leur propre patron », s’installent davantage en individuelle (36 % en zoomant sur les moins de 40 ans) qu’en Gaec (23 %) bien que 70 % des installations laitières soient des Gaec. Une partie significative des installations laitières en individuel se sont faites avec un seul actif permanent, le chef d’exploitation. Les Gaec entre tiers correspondent à une forme d’organisation des plus fragiles. Une statistique un peu ancienne montrait qu’un sur trois n’existait plus sous cette forme trois ans après, souvent avec un maintien du lait mais avec une organisation différente. C’est typiquement la cible du nouveau « droit à l’essai ». Pratiqués depuis trente-cinq ans à titre dérogatoire en Haute-Savoie, un tiers de ces « essais » de co-exploitation en Gaec ne se traduisent finalement pas par une association. Néanmoins le secteur bovin laitier enregistre un des plus faibles taux d’arrêts précoces, peu de temps après l’installation, environ 5 % à 7 ans, soit deux fois moins que dans le secteur caprin fromager. C’est quelque part, pour ce secteur, un peu la rançon du succès en termes d’attractivité et d’accessibilité.

EL : Quels seront les enjeux de l’installation demain en lait ?

C.P. : 42 % des vaches, donc plus de 50 % du lait, sont respectivement élevées et produit par des exploitations de plus de 100 vaches laitières. Mais elles ne représentent que 22 % des exploitations. S’y installer va demander des compétences spécifiques, de management avec le développement du salariat, et de gestion pour financer des équipements afin d’augmenter la productivité et la rentabilité sur la période récente, avec l’aide de partenaires : financiers ou coopératives plutôt que co-actionnaires privés comme au Danemark.

Les taux de reprise des exploitations de taille inférieure à la moyenne sont faibles. Notamment en plaine, du fait d’un manque de projection persistant des cédants qui se traduit par un manque d’investissements dans la dernière partie de carrière pouvant rendre une reprise pénible, voire finalement coûteuse. De plus, la facilité de valoriser les actifs de la ferme en la découpant par rapport aux risques et incertitudes inhérents à la transmission à un tiers n’aide pas non plus dans le cadre d’une reprise. Néanmoins de multiples opportunités existent avec des exploitations de moindre taille, des systèmes plus économes et/ou avec valeur ajoutée (signes de qualité ou circuit court) à condition de bien calculer le coût de reprise, notamment en intégrant les investissements ultérieurs, et de bien préparer la future qualité de vie au travail.

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