Depuis que les premières décisions des autorités françaises liées à la propagation du coronavirus ont engendré la fermeture, un jour plus tôt, du Salon de l’agriculture, la profession agricole commence à estimer les conséquences du Covid-19 sur les filières d'élevage.
Pour les filières françaises, notamment laitière et porcine, qui avaient prévu une augmentation des exportations vers la Chine en 2020, les effets du coronavirus se sont fait sentir dès la fin du mois de janvier. Mi-février, Nate Donnay, directeur du marché des produits laitiers chez INTL FCStone, évoquait déjà l'impact potentiel du coronavirus sur la filière laitière.
« Début 2020, tous les voyants étaient au vert, avec une augmentation de la valorisation du beurre et de la poudre », expliquait Thierry Roquefeuil, président de la FNPL et de l’interprofession laitière, au Salon de l’agriculture. Malheureusement, l’épidémie de coronavirus risque de mettre un coup de frein à cette dynamique, regrettait-il. Depuis la fin du mois de janvier, les cours de la poudre de lait ont ainsi chuté de 7 %. Le lait est le troisième poste de la balance commerciale française de l'agriculture, derrière les vins-spiritueux et les céréales, avec 7 milliards d'euros exportés en 2018. Suite au ralentissement économique en Chine, les industriels comme le géant Lactalis devront faire face à une absence de commandes dans les prochaines semaines voire les prochains mois.
Par ailleurs, le commerce des broutards vers l’Italie, premier client de la France et premier pays européen impacté par le coronavirus, pourrait également pâtir de la situation et de la limitation des déplacements dans certaines zones. Depuis le week-end dernier, les autorités italiennes avaient décrété un confinement de l'ensemble du Nord du pays, imposant des restrictions strictes de déplacement pour 15 millions de personnes. Depuis ce lundi soir, les mesures de confinement ont été étendues à l'ensemble du pays. Elles sont valables jusqu'au 3 avril.
Pour l'heure, ce confinement ne semble pas impacter les expéditions de broutards français. Mais de nombreux opérateurs et éleveurs craignent une fermeture de la frontière italienne, qui viendrait stopper net les flux d'animaux. Chez nos confrères de France Bleu, Ludovic Dutheil, le directeur de l'exploitation de la coopérative CCBE (Creuse Corrèze Berry Elevage) craint « de réels problèmes d'enlèvement des animaux ».
L’Empire du milieu est aussi un grand importateur de viande porcine, surtout depuis que la peste porcine a décimé près de la moitié de son cheptel porcin, ce qui a profité jusque-là aux éleveurs français. Mais avec le confinement des salariés dans les ports maritimes et celui des chauffeurs de poids-lourds, la dynamique a été stoppée net. Seulement 7 000 tonnes de porc français ont été exportées en janvier, contre 22 000 tonnes en novembre,
indique la direction d’Inaporc.
Par ailleurs, les nombreuses restrictions de transports à travers le monde réduisent aussi les possibilités d’échanges. La crise perturbe les flux logistiques à destination et à l’intérieur de la Chine. Beaucoup de villes sont confinées et bon nombre de routes fermées. L’activité portuaire et ferroviaire est également affectée, ce qui bouleverse encore plus les échanges internationaux. Compte tenu de l’importance des importations chinoises, l’impact du virus sur les prix des commodités agricoles est forcément de grande ampleur.
Propagation du virus en France : vers un ralentissement de la production agricole ?
« Maintenant que l’épidémie touche beaucoup plus de pays, l’impact du coronavirus sur la croissance française sera beaucoup plus significatif », a ainsi reconnu le ministre de l’économie, Bruno Le Maire.
Si des mesures de confinement sont étendues, comme dans certaines régions chinoises, aux chauffeurs de poids lourds, les conséquences seraient importantes sur certaines productions, comme pour le lait qui ne pourrait plus être collecté, ou pour la filière bovine, qui verrait les expéditions de broutards perturbées.
De manière générale, la situation pourrait désormais s'étendre à l'ensemble des exportations agricoles, en lien avec la limitation des échanges et le ralentissement de la consommation dans les pays les plus touchés, comme en Italie, premier acheteur de viande bovine française.
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